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Pilotage à distance

Le Liban vit sur un volcan, s’alarmait, hier, le Premier ministre. Angoisse d’autant plus sincère que son fief électoral de Tripoli se trouve précisément être le volcan dans le volcan. Angoisse d’autant plus tardive, cependant, que depuis des années déjà cette ville est le théâtre d’affrontements sporadiques opposant les quartiers sunnite et alaouite de Tebbaneh et Jabal Mohsen, ironiquement séparés par une rue de Syrie.

 

Angoisse d’autant plus stérile enfin qu’il était facile de prévoir que les esprits iraient s’échauffant au rythme de la sanglante crise syrienne, que les expédients de routine n’étaient plus de mise et que de sérieuses, c’est-à-dire de durables, mesures de prévention s’imposaient avec la plus grande urgence.


Dès lors, une apparence de sagesse ne saurait faire écran au laxisme. Nul ne reprochera ainsi à l’armée d’avoir attendu plus de 48 heures pour se déployer hier dans Tripoli, le temps pour les miliciens des deux bords d’évacuer leurs positions ; mais pourquoi donc la troupe ne campait-elle pas en permanence aux abords immédiats d’un aussi turbulent cratère? Cette interrogation n’est pas la plus troublante d’ailleurs.


Alors que des individus faisant l’objet de gravissimes accusations du Tribunal spécial pour le Liban se promènent en toute impunité dans la nature, c’est en effet l’arrestation par la Sûreté générale d’un jeune islamiste suspecté d’appartenir à une organisation terroriste qui a embrasé la rue sunnite de Tripoli : opération d’ailleurs dénoncée par le chef du gouvernement et son allié le ministre Safadi car elle était entachée de maints vices de procédure. Or ce n’est pas hélas en volant au secours des inspecteurs trop zélés, en lançant (mais seulement après coup) un mandat en règle contre le prévenu, que le département de la justice a réussi à sauver les formes. De l’activiste Chadi Mawlaoui on a seulement fait un héros, un martyr à qui l’on dédie d’impressionnants sit-in ; et dans la foulée, on s’est soi-même interdit toute mesure d’apaisement, laquelle aurait tout l’air désormais d’une soumission de l’autorité étatique à la pression de la rue.


Une aussi désastreuse gestion du cas de Tripoli ne devrait guère surprendre de la part d’un gouvernement qui, face à une multitude de dossiers brûlants, a fait de l’inaction... sa règle d’action. Le Liban officiel se dit à l’écart des événements de Syrie : doctrine qui a toutes les apparences de la sagesse, encore elle, dans un pays où la crise syrienne suscite les plus vives passions. Le problème toutefois est que le Liban officiel triche : non content d’apporter au régime de Damas un clair soutien diplomatique, il lui est arrivé plus d’une fois de traquer des opposants syriens et il ferme honteusement les yeux sur les insolentes incursions militaires syriennes dans le territoire national.


Reste à dire que si le gouvernement ne se tient pas exactement à l’écart de la question syrienne, il a en revanche pris carrément ses distances de ces dossiers (le budget, la loi électorale, la sécurité routière et la sécurité tout court, les scandales, le malaise social, et l’on en passe) que traîne notre pays telles de repoussantes casseroles.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Le Liban vit sur un volcan, s’alarmait, hier, le Premier ministre. Angoisse d’autant plus sincère que son fief électoral de Tripoli se trouve précisément être le volcan dans le volcan. Angoisse d’autant plus tardive, cependant, que depuis des années déjà cette ville est le théâtre d’affrontements sporadiques opposant les quartiers sunnite et alaouite de Tebbaneh et Jabal Mohsen, ironiquement séparés par une rue de Syrie.
 
Angoisse d’autant plus stérile enfin qu’il était facile de prévoir que les esprits iraient s’échauffant au rythme de la sanglante crise syrienne, que les expédients de routine n’étaient plus de mise et que de sérieuses, c’est-à-dire de durables, mesures de prévention s’imposaient avec la plus grande urgence.
Dès lors, une apparence de sagesse ne saurait faire écran au...