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Quand l’austérité ne paie plus

Après la crise qui a coûté le mois dernier son poste au Premier ministre néerlandais Mark Rutte, après la France et la Grèce le 6 mai, c’était en fin de semaine le tour de l’Allemagne : le parti d’Angela Merkel a subi un désaveu cinglant face aux sociaux-démocrates, grands vainqueurs du scrutin régional avec 38,2 pour cent des suffrages. En sept ans, la cote de popularité de l’Union chrétienne-démocrate connaît une érosion d’une inquiétante régularité : 45 pour cent en 2005, 35 pour cent en 2010, 25,7 pour cent cette année. Grande gagnante, l’opposition SPD-Verts, avec respectivement 39 pour cent et 12,1 pour cent, pourrait former seule le gouvernement de coalition, un exemple que seraient tentés de suivre les autres lander lors des législatives générales appelées à se dérouler dans dix-huit mois, tant, dans le paysage politique allemand, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie fait figure de porte-fanion avec ses 18 millions d’habitants – dont 13,2 millions d’électeurs – et une économie florissante en apparence, égale à celle de la Turquie.


Certes, la chancelière continue personnellement de jouir d’une popularité inégalée depuis des décennies, mais la consultation avait valeur de référendum s’agissant de la région la plus endettée du pays, abritant le plus grand nombre d’usines high-tech mais aussi les villes les plus pauvres ; certes aussi nombreux sont les experts qui jugent inutile le maintien de l’actuel régime draconien imposé à la population ; certes enfin, le test qui vient de se tenir ne saurait bouleverser la répartition de l’équilibre présent. Il n’en reste pas moins, lancinant souvenir en ces heures de bilan préliminaire, que c’est la perte en 2005 de ce même État qui avait coûté son poste au social-démocrate Gerhard Schroeder, tenu alors d’organiser des élections qu’il avait perdues au profit de... Merkel. Il serait inutilement cruel de rappeler encore qu’il y a une semaine, les électeurs du Schleswig-Holstein avaient renvoyé le tandem CDU- Parti libéral-démocrate en le priant de revoir sa copie.


Il est clair, semble-t-il, que l’organisme européen s’obstine à refuser un régime d’austérité qui le menace d’une grave anorexie sans pour autant opter pour un substitut. Et ce n’est pas la rencontre, tant attendue, dans les heures à venir, entre Mme Merkel et François Hollande qui pourrait modifier sensiblement la donne, appelée qu’elle est, selon toute vraisemblance, à accoucher de quelques retouches de pure forme au pacte budgétaire, les Allemands étant à une nette majorité (59 pour cent) hostiles à des mesures destinées à soutenir la croissance et qui déboucheraient immanquablement sur de nouvelles dettes.


L’alternative, sous forme d’une double gageure, est donc celle-ci : une illusoire relance génératrice d’un déséquilibre qui pourrait s’avérer mortel pour l’économie ou la persistance de la présente politique désavouée par la majeure partie des pays européens, et la perspective d’un gonflement de la dette. Avec un score de 8,6 pour cent des voix, les libéraux-démocrates (« le parti de l’argent ») ont peut-être sauvé provisoirement l’alliance en place au niveau fédéral. Mais pour combien de temps. De plus, ils sont talonnés par les Pirates de Jens Seipenbusch, qui font leur entrée dans un Parlement régional (après ceux du Schleswig-Holstein et de Berlin) avec 7,8 pour cent des suffrages contre une chétive moyenne de 2,5 pour cent ces dernières années.


Curieuse figure que celle de ce Piratenpartei, avec ses partisans très éloignés des personnages guindés qui représentent l’essentiel des autres dirigeants politiques. Ils pratiquent une démocratie « liquide » basée sur des propositions avancées sur le web, reprises dans des échanges entre cybernautes avant d’émerger sous la forme d’idées concrètes. Leur langage est vulgaire, jusqu’à l’extrême parfois, et leur but, disent-ils, est de s’emparer du pouvoir pour le confier au peuple. Avec des idées aussi farfelues, ils peuvent prétendre ces temps-ci déterminer le climat politique à Berlin. Que l’on ne s’y trompe pas : avec l’effondrement du tandem en place, la chancelière pourrait requérir demain leurs services dont on saura alors s’ils sont bons et loyaux. Leur performance reflète le désarroi d’un électorat partagé entre la nécessité de combattre les déficits et le besoin d’injecter des crédits dans les divers segments de l’économie pour relancer la machine.


À cet égard, la rencontre dans les heures à venir Merkel-Hollande, sans devoir être déterminante, donnera une indication sur le virage appelé à intervenir dans la zone euro. Avec un nouvel attelage Merkhollande succédant au duumvir Merkozy.

Après la crise qui a coûté le mois dernier son poste au Premier ministre néerlandais Mark Rutte, après la France et la Grèce le 6 mai, c’était en fin de semaine le tour de l’Allemagne : le parti d’Angela Merkel a subi un désaveu cinglant face aux sociaux-démocrates, grands vainqueurs du scrutin régional avec 38,2 pour cent des suffrages. En sept ans, la cote de popularité de l’Union chrétienne-démocrate connaît une érosion d’une inquiétante régularité : 45 pour cent en 2005, 35 pour cent en 2010, 25,7 pour cent cette année. Grande gagnante, l’opposition SPD-Verts, avec respectivement 39 pour cent et 12,1 pour cent, pourrait former seule le gouvernement de coalition, un exemple que seraient tentés de suivre les autres lander lors des législatives générales appelées à se dérouler dans dix-huit mois,...
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