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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Au festival des urnes

Au hasard des échéances constitutionnelles, c’est à une singulière brochette d’expériences démocratiques, et plus précisément électorales, que vient de donner à voir, en divers points de la planète, la toute récente actualité.

 

Du lot émerge aisément la présidentielle française. D’un côté comme de l’autre, on s’était férocement battu certes ; une fois rendu le verdict populaire pourtant, c’est sans le moindre accroc qu’a eu lieu la passation des pouvoirs entre Nicolas Sarkozy et François Hollande que l’on a même pu voir se côtoyer le plus civilement du monde, amicalement presque, sur la tombe du Soldat inconnu. Exemplaire par son déroulement, ce scrutin est appelé en outre à faire des vagues sur un continent européen en proie à une grave crise économique et où se trouve de plus en plus contestée la règle de la rigueur budgétaire.


Or les vagues sont souvent fauteuses d’accidents. Entrés en insurrection contre les mesures d’austérité, les électeurs grecs ont bien étrillé leurs méchants tourmenteurs, mais se sont dotés en revanche d’une assemblée des plus bigarrées rendant fort difficile la formation d’un gouvernement durable, à moins pour les partis en présence de recourir aux plus invraisemblables des alliances. Plus alarmante encore, au demeurant, est la montée en puissance d’un néonazisme agressif et même menaçant.


C’est à l’ombre d’un autre nazisme, non moins odieux et baassiste celui-là, que se sont déroulées de prétendues élections législatives dans une Syrie en proie, pourtant, à ce qui est bel et bien, et même chaque jour un peu plus, une effroyable guerre civile. Effroyable en effet est la cruauté de la répression, effroyable est de même l’irruption dans ce conflit, au départ inégal, d’un terrorisme recourant aux attentats à la bombe ; le plus effroyable étant cependant l’autisme d’un pouvoir qui croit pouvoir faire accréditer l’illusion d’une libre consultation organisée dans un climat de cauchemar.


Le fait est que ce même pouvoir a de qui tenir, porté à bout de bras qu’il est par ces trois parangons de la démocratie que sont, comme tout le monde sait, la théocratie iranienne minée par les dissensions, la vertueuse dictature chinoise éclaboussée par les scandales et la nomenklatura mafieuse de Russie : cette dernière offrant sans le moindre complexe au monde le spectacle tragi-comique d’une alternance à répétition entre les deux compères Poutine et Medvedev s’appliquant à tour de rôle, du mieux de leurs augustes séants, à garder bien au chaud le trône du Kremlin...


Il faut reconnaître qu’un tel sens du copinage serait évidemment impensable dans notre région, où les gouvernants font systématiquement place autour d’eux ; où ils ne quittent leurs palais que pour la tombe ou alors la prison, où trop souvent les exaltantes promesses du printemps arabe peuvent dégénérer en déferlantes d’extrémismes religieux. Reste enfin le cas proprement unique d’un Liban politique peuplé de fortes têtes, mais qui ne sait toujours pas sur quel pied – proportionnelle ou majoritaire – il va devoir voter dans un an.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Au hasard des échéances constitutionnelles, c’est à une singulière brochette d’expériences démocratiques, et plus précisément électorales, que vient de donner à voir, en divers points de la planète, la toute récente actualité.
 
Du lot émerge aisément la présidentielle française. D’un côté comme de l’autre, on s’était férocement battu certes ; une fois rendu le verdict populaire pourtant, c’est sans le moindre accroc qu’a eu lieu la passation des pouvoirs entre Nicolas Sarkozy et François Hollande que l’on a même pu voir se côtoyer le plus civilement du monde, amicalement presque, sur la tombe du Soldat inconnu. Exemplaire par son déroulement, ce scrutin est appelé en outre à faire des vagues sur un continent européen en proie à une grave crise économique et où se trouve de plus en plus...
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