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À La Une - Syrie

Nuits fiévreuses à Damas gagnée par les troubles

La situation socio-économique devient de plus en plus alarmante pour les habitants de la capitale, qui commence à être le théâtre de troubles.

Manifestation anti-Assad à Zabadani, près de Damas, le 4 mai 2012. REUTERS/Shaam News Network/Handout

À la nuit tombante, les rues de Damas se vident peu à peu de toute forme humaine avant le déclenchement d’explosions et le crépitement des balles qui caractérisent désormais le quotidien des Damascènes, prémices de longues nuits blanches.


Les troubles qui ont secoué la Syrie l’an dernier pendant des mois ont pourtant longtemps épargné la capitale, y compris lorsque les manifestations populaires ont dégénéré en affrontements armés. Aujourd’hui, la vie des Damascènes a bel et bien changé : la fièvre des combats gagne les foyers et le malaise est plus que jamais tangible. De fréquentes explosions ébranlent désormais la ville, des attentats les plus graves, comme celui qui a fait neuf morts il y a dix jours dans le quartier de Midan, aux plus légères explosions nocturnes.
Les rebelles tiennent les forces de sécurité de Bachar el-Assad pour responsables. Ils les accusent de tout mettre en œuvre pour aggraver l’insécurité en voulant faire passer le soulèvement populaire pour une campagne violente dirigée par l’étranger. Selon ces militants, les soldats et la police ont procédé à des vagues d’arrestations au sein de la capitale afin d’éteindre la révolte pacifique, ouvrant le feu sur les manifestants et bombardant les banlieues pendant des semaines pour déloger les rebelles. « Toutes ces explosions nocturnes viennent de bombes assourdissantes. Le régime veut effrayer les gens. Il gouverne par la terreur », affirme par exemple Omar, activiste antigouvernemental habitant de Damas.


Dans la ville même, des murs encerclent à présent plusieurs bâtiments gouvernementaux et certaines rues sont bloquées le vendredi, jour de prière et de manifestation. « La sécurité n’est pas encore trop mauvaise à Damas, mais pour combien de temps ? Nous sentons que ça se rapproche », témoigne Mirvat, 33 ans, dont le mari vend des vêtements à Damas. « Toutes ces fusillades nocturnes terrifient les enfants. Il y a trois jours, des combats ont eu lieu dans ma rue. » Les habitants évoquent aussi des assassinats d’officiers, d’enseignants et d’autres personnes considérées comme liées aux autorités.

« Des hommes armés à ma porte »
Comme les habitants d’autres villes syriennes, les Damascènes font de plus en plus l’expérience de la peur panique. « Je sens qu’une nuit, je me réveillerai avec des hommes armés sur le pas de ma porte », a ainsi déclaré un commerçant. « Je ne veux pas savoir qui est responsable, aujourd’hui ça m’est égal. Nos vies sont fichues. Nous voulons que ça se termine. Nous voulons vivre en paix », témoigne-t-il. Un chauffeur de taxi s’est pour sa part retrouvé bloqué une nuit pendant des heures à cause de combats entre militants rebelles et soldats de l’armée. « J’ai appelé ma femme et ma mère, et je leur ai demandé pardon parce que j’étais persuadé de vivre mes dernières heures », explique-t-il.


D’autres habitants font état d’une recrudescence des vols de voitures, alors que le taux de criminalité était quasiment nul il y a un an à Damas. Ils mettent en cause à la fois les partisans du gouvernement et les rebelles, qui selon eux dérobent les voitures particulières pour perpétrer leurs attaques.

Guerre financière
Outre l’aggravation de la situation sécuritaire, la crise économique fait encore plus de ravages dans la vie quotidienne des Damascènes. « Le travail de mon mari s’est réduit considérablement ces derniers mois », a dit Mirvat. « Cela fait deux mois que nous vivons sur nos économies. Je veux quitter le pays jusqu’à ce que la situation s’améliore, mais mon mari dit que c’est son pays et qu’il ne partira pas. »


De plus, la Syrie n’a plus publié de statistiques économiques depuis un an, rendant plus difficile l’évaluation de l’état de son économie. Mais l’arrêt des exportations de pétrole vers l’Europe équivaut à une perte nette de 3 milliards de dollars, selon les estimations de la Syrie. Les recettes générées par le tourisme se sont effondrées et le commerce, l’industrie et le système financier ont également beaucoup souffert. « L’économie est au plus bas et la société est cassée », constate Louay Hussein, activiste de l’opposition. « Le chômage est aujourd’hui très haut. Je pense qu’il atteint les 80 %. Il n’y a pas de travail, pas de commerce. Rien ne fonctionne. » « Certains n’ont plus d’argent pour acheter les produits de consommation courante et sont obligés de se faire aider par des proches. » Les prix ont plus que doublé et certains habitants avouent aussi faire des provisions pour plus d’un mois.

À la nuit tombante, les rues de Damas se vident peu à peu de toute forme humaine avant le déclenchement d’explosions et le crépitement des balles qui caractérisent désormais le quotidien des Damascènes, prémices de longues nuits blanches.
Les troubles qui ont secoué la Syrie l’an dernier pendant des mois ont pourtant longtemps épargné la capitale, y compris lorsque les manifestations populaires ont dégénéré en affrontements armés. Aujourd’hui, la vie des Damascènes a bel et bien changé : la fièvre des combats gagne les foyers et le malaise est plus que jamais tangible. De fréquentes explosions ébranlent désormais la ville, des attentats les plus graves, comme celui qui a fait neuf morts il y a dix jours dans le quartier de Midan, aux plus légères explosions nocturnes.Les rebelles tiennent les forces de...
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