Michel Eddé élevé du rang de commandeur à la dignité de grand officier de la Légion d’honneur pour sa contribution au renforcement des relations libano-françaises, c’est bien davantage là qu’une rosette de plus à la boutonnière de l’ancien ministre et président du conseil d’administration de L’Orient-Le Jour. Comme le soulignait très bien hier en effet le président du club des légionnaires libanais cheikh Michel el-Khoury, cette haute distinction (décernée seulement à 250 élus de par le monde) est aussi un hommage aux valeurs, aux principes et à l’éthique pour lesquels n’a cessé, ne cesse d’œuvrer inlassablement Michel Eddé.
Le secret de cette exceptionnelle figure, c’est son extraordinaire maîtrise de ce que j’appellerais la fougue contrôlée : l’humour, cette denrée devenue bien trop rare dans la vie publique, venant fort agréablement épicer la grave stature de l’homme d’État. Débordant d’enthousiasme, Michel Eddé échappe cependant au piège de la démesure, de l’impulsivité, de l’outrance. Ardent patriote, il répudie néanmoins tout chauvinisme, pénétré qu’il est du rôle singulier naturellement imparti au Liban dans le concert des nations arabes. Chrétien convaincu, littéralement obsédé par la préservation de cette composante maronite sans laquelle il n’existerait pas de Liban, il prêche la primauté absolue de la concorde intercommunautaire. Farouche antisioniste, vedette toute désignée des forums sur la question de Palestine, Michel Eddé est tout le contraire toutefois d’un antisémite, lui qui ne fait guère secret, et tire même fierté, de ses nombreuses et prestigieuses amitiés juives.
Pour ne pas heurter sa modestie, on passera très vite sur les préoccupations socio-humanitaires d’un infatigable battant comblé par les dieux de la réussite et dont les bienfaits, prodigués dans une totale, une quasi maladive discrétion, ne se comptent plus : souci de la confidentialité qu’il n’a pas manqué de transmettre d’ailleurs à sa descendance. On ne saurait avoir trop de mots en revanche pour évoquer l’opiniâtre combat que mène depuis des décennies Michel Eddé, à la barre de L’Orient-Le Jour, pour la sauvegarde et le développement de nos relations non point avec la seule France, cette fois, mais avec cette francophonie si indissociable du caractère pluriculturel, ouvert sur l’extérieur, du Liban. Son immense mérite n’est pas seulement d’avoir, avec les autres actionnaires, assuré sans compter, tout au long des années de guerre, la survie financière du quotidien ; c’est le respect qu’il a manifesté, en toute circonstance, à l’indépendance et à la dignité des journalistes qui y travaillent, c’est le fraternel intérêt qu’il a toujours porté à leurs doléances et aspirations.
Il y a déjà longtemps qu’à sa boutonnière, le fringant gentilhomme arbore, parmi maintes autres, une distinction dont nous sommes sûrs qu’elle lui est particulièrement chère : la sincère admiration, l’affectueuse loyauté de sa légion à lui, des hommes et des femmes qui font ce journal.
Issa GORAIEB
À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb
Homme de légion
OLJ / le 06 mai 2012 à 01h07


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