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À La Une - Syrie

L’université d’Alep en rouge sang

Le nombre d’observateurs passe à 50 ; 25 morts hier.

Le général Robert Mood (2e à dr.) et son adjoint le colonel marocain Ahmad Himmiche ont rencontré le commandant Abou Koutaiba de l’Armée syrienne libre (ASL) hier à Homs. Joseph Eid/AFP

Les forces du régime syrien de Bachar el-Assad ont tué hier quatre étudiants à l’université d’Alep, faisant fi de la présence des observateurs internationaux de l’ONU et du cessez-le-feu instauré il y a près de trois semaines.

Ces étudiants ont été tués lorsque les forces de sécurité ont fait irruption « en grand nombre » et ont ouvert le feu sur une manifestation antirégime de quelque 800 étudiants, a affirmé Mohammad el-Halabi, militant sur place. Vingt-huit étudiants ont également été blessés, dont trois grièvement, et 200 autres ont été arrêtés, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). M. Halabi a ensuite rapporté que « les forces de sécurité ont pénétré dans les dortoirs dans la matinée, expulsé les étudiants et jeté leurs affaires, mettant le feu à certaines chambres ».

 

Selon de nombreux témoignages, la panique a gagné les dortoirs lorsque « 13 bus et huit pick-up ont débarqué et les forces de l’ordre ont commencé à tirer sur le bâtiment ». Certains étudiants se sont alors jetés par les fenêtres, se cassant un ou plusieurs membres, et d’autres ont été rattrapés, insultés et tabassés. D’après Abou Omar, un porte-parole des « étudiants-militants » sur place, le pire était à venir. « Ils nous ont fait descendre devant le dortoir des filles et nous ont obligés à nous déshabiller et à nous mettre à plat ventre », puis « ils se sont mis à marcher sur nous en proférant des insultes », se rappelle-t-il.

 

Après une nuit et une matinée de manifestations violemment réprimées par les forces du régime, l’Université a annoncé sur son site Internet une suspension des cours jusqu’au 13 mai. Une mesure dictée par le fait que « ni la direction ni les forces de sécurité ne semblent en mesure de contrôler la situation » dans une université qui s’est fortement mobilisée contre le régime ces derniers mois, estime le chef de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Selon lui, les hommes de la sécurité sont « entrés en force car la mobilisation s’est intensifiée ces derniers temps au sein et à l’extérieur des campus ». Il ajoute que si « Alep ne s’est pas encore révoltée contre le régime, l’importance de ces événements va pousser les habitants à se solidariser avec les étudiants ».

 

Le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, a pour sa part appelé dans un communiqué tous les étudiants syriens à se mettre en grève en solidarité avec leurs camarades d’Alep. Des défilés ont aussi eu lieu dans plusieurs villes du pays notamment à Damas, à Deraa, berceau de la contestation dans le Sud, et à Deir ez-Zor, selon des militants. Des avocats ont également manifesté à Alep même, selon une vidéo mise en ligne par des militants.

 

Sara, Haïdar et Moussa

Sept civils, dont une femme et un enfant, ont été par ailleurs tués par les troupes dans la province d’Idleb, selon l’OSDH, tandis qu’un civil, un soldat et un militaire dissident ont péri dans celle de Homs. Toutefois, les militants des comités locaux de coordination (LCC) faisaient état sur la chaine al-Jazira hier de 25 tués.

Ces nouvelles violences se sont ajoutées à l’arrestation de militants, notamment celle de deux fils de l’éminent opposant Fayez Sara, et à l’assassinat par des inconnus du fils de Ali Haidar, chef alaouite (confession du clan Assad au pouvoir) d’un parti prorégime, et d’un de ses amis. Selon des militants toutefois, le fils de M. Haïdar était, lui, un partisan de la contestation.

 

L’OSDH a également exprimé sa préoccupation concernant la santé de l’opposant Mahmoud Issa, un ancien détenu politique leader du Parti du travail (Parti communiste, banni en Syrie), emprisonné depuis un mois.

Toujours sur le terrain, le général norvégien Robert Mood, chef des observateurs déployés depuis le 16 avril, aurait annoncé hier que le nombre des observateurs présents en Syrie était passé à 50, déployés à Damas, Homs, Alep, Hama, Idleb et Deraa. Le général Mood a aussi estimé hier que c’était à l’armée syrienne de faire le premier pas pour arrêter les violences. « Quand deux individus utilisent toutes sortes d’armements, quel est le premier qui doit retirer son doigt de la gâchette ? Qui doit faire le premier pas ? Mon idée, c’est que c’est le plus fort qui doit le faire », a-t-il dit.

 

Lors d’une conférence de presse à Homs, il a en outre indiqué que les membres de sa mission n’ont subi aucune entrave dans leurs déplacements de la part des autorités de Damas. « Dans certains endroits spécifiques, nous avons constaté plus d’efforts de la part des forces gouvernementales syriennes. Nous avons donc vu des signes positifs sur le terrain », a-t-il ajouté. Le général Mood, qui s’est rendu hier à Hama et Homs, deux points chauds de la contestation, où il a rencontré les gouverneurs et des combattants de l’opposition, a rappelé que les deux objectifs de sa mission étaient de surveiller la cessation de la violence et la mise en application du plan en six points de l’émissaire international Kofi Annan.

 

Nouvel avertissement US

Sur le plan humanitaire, la France a décidé d’envoyer en Turquie, à la suite d’une demande d’aide de ce pays, « un lot important de grandes tentes familiales, de couvertures et de matériel humanitaire » destinés à des réfugiés syriens, a annoncé hier le ministère français des Affaires étrangères. La France juge « la situation humanitaire en Syrie extrêmement préoccupante », selon un porte-parole du ministère, en citant « plus de 230 000 personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie » et le chiffre de « 200 000 Syriens » ayant fui leur pays pour se réfugier dans les pays voisins, Turquie, Jordanie et Liban. Dans ce contexte, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan se rendra dimanche à la frontière syrienne pour visiter le camp de réfugiés de Kilis, dans la province de Gaziantep, abritant des Syriens ayant fui le conflit dans leur pays, a annoncé hier son service de presse.

 

Et au niveau diplomatique, les États-Unis ont de nouveau mis en garde le régime de Damas. Si le président Bachar el-Assad ne renonce pas à son attitude intransigeante, la communauté internationale devra admettre l’échec du plan de paix de l’émissaire international Kofi Annan et adopter une nouvelle approche sur le dossier syrien, a ainsi déclaré hier la Maison-Blanche.

 

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