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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

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Je vous écris hier, quand était-ce déjà ? Pour tous, hier est déjà bien loin, enfoui dans une nébuleuse temporelle truffée de parasites sonores, d’informations en cascades, de flux d’images, de mots en rafales, de titres, de néons, de rythmes, de jingles, de courriels, de SMS, d’appels de phares, de sollicitations diverses. On croit qu’on perd la mémoire, on s’inquiète d’avoir des « trous ». Partout le spectre de l’Alzheimer se profile dans des cerveaux qui se croient malades. Ils sont juste saturés.
Hier, de nouveaux massacres en Syrie, une photo du cerisier, là-haut, en feuilles mais pas encore en fleurs, reçue d’un inconnu, l’ultime débat Hollande/Sarkozy, Le Caire qui sombre à nouveau dans la violence, Ayman Baalbaki signe un album, l’Amérique célèbre la première année d’Oussama Ben Laden au fond de la mer, Lanvin lance un nouveau parfum, la petite voisine qui fête son anniversaire, l’insupportable incertitude des écoliers dans la perspective d’une journée de congé si (faites que) la grève se confirme. Tout ce qu’on a lu, vu, entendu, goûté, senti, se confond dans une pelote inextricable dont seuls se dégagent quelques fils tissés par chance de rares instants de tendresse et de tranquillité.
Le processus s’est déclenché à la fin du siècle dernier, avec la première guerre du Golfe, retransmise en direct par CNN. Des paraboles, étrange végétation blanche et spontanée, ont surgi en une nuit dans le désert. « Mauvaises nouvelles des étoiles. » Ni Paul Klee ni Gainsbourg après lui ne pouvaient mieux dire. C’est par les astres que nous étaient annoncés les désastres. Pour la première fois, on touchait du doigt et des yeux l’importance d’un satellite dans la sphère domestique. Pour la première fois, l’immédiat entrait dans nos vies pour ne plus jamais en sortir. L’information serait « directe » ou ne serait plus. Et ce n’est pas l’arrivée de l’Internet quelques années plus tard qui nous aurait ramenés à la réalité antérieure. Il y a moins de vingt ans, il était d’usage dans les journaux de constituer des « frigos » où l’on rangeait pour plus tard les papiers plus ou moins intemporels. L’intemporel appartient déjà au passé.
Cette culture de l’instant qui est désormais la nôtre, ce sont encore une fois les artistes qui nous en font prendre conscience. Condamnés à produire des effets de plus en plus puissants, abusant des extrêmes, du plus spectaculaire au plus banal – au plus choquant par banalité, ils s’évertuent, pour exister au cœur même d’un monde de plus en plus virtuel, à échafauder des chimères qui veulent faire sens mais ne font que sensation. Encaissant le coup sur-le-champ, nous les rétribuons en enthousiasmes éphémères. À ce rythme, maintenant, à peine éclos, a déjà rejoint hier. On est loin des petites fleurs japonaises dont parle Proust, qui, plongées dans l’eau « s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des maisons, des personnages reconnaissables ». Nous n’avons plus le temps de laisser éclore.
Je vous écris hier, quand était-ce déjà ? Pour tous, hier est déjà bien loin, enfoui dans une nébuleuse temporelle truffée de parasites sonores, d’informations en cascades, de flux d’images, de mots en rafales, de titres, de néons, de rythmes, de jingles, de courriels, de SMS, d’appels de phares, de sollicitations diverses. On croit qu’on perd la mémoire, on s’inquiète d’avoir des « trous ». Partout le spectre de l’Alzheimer se profile dans des cerveaux qui se croient malades. Ils sont juste saturés.Hier, de nouveaux massacres en Syrie, une photo du cerisier, là-haut, en feuilles mais pas encore en fleurs, reçue d’un inconnu, l’ultime débat Hollande/Sarkozy, Le Caire qui sombre à nouveau dans la violence, Ayman Baalbaki signe un album, l’Amérique célèbre la première année d’Oussama Ben Laden...
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