À quelques pas de l’« Easy Going » à Maastricht, une centaine de personnes s’étaient rassemblées pour protester contre la « carte cannabis ». Marcel Van Hoorn/AFP
« Venez, vous pouvez rentrer sans “carte cannabis”, nous sommes ouverts à tout le monde », lance Marc Josemans, propriétaire de l’« Easy Going », un des 14 coffee shops de Maastricht, à une vingtaine de personnes rassemblées mardi matin devant son établissement, proche du centre de la ville. Quelques minutes plus tard, deux Belges de 25 ans ressortent de l’« Easy Going » avec cinq grammes de cannabis chacune, la limite tolérée depuis 1976 aux Pays-Bas pour la vente au détail et la consommation. Les deux jeunes femmes de 25 ans font partie des 1,4 million de touristes de la drogue, principalement des Belges, des Allemands et des Français, qui se rendent chaque année à Maastricht. Quant aux autres coffee shops de la ville, ils ont décidé de rester fermés jusqu’à nouvel ordre pour protester contre la nouvelle législation qui doit faire des 670 coffee shops néerlandais des « clubs fermés » comptant au maximum 2 000 membres domiciliés aux Pays-Bas et âgés de plus de 18 ans. À quelques pas de là, sur la place principale de la ville, une centaine de personnes s’étaient rassemblées pour protester contre la « carte cannabis ».
Craignant un important manque à gagner, M. Josemans, selon lequel 440 personnes travaillent dans les coffee shops de la ville, soutient que la « carte cannabis » obligera les propriétaires des coffee shops à se séparer d’une partie importante de leur personnel. Sous les huées des clients présents, Marc Josemans a reçu des mains de policiers un avertissement écrit lui demandant de se conformer à la nouvelle législation dans les 24 heures. « Évidemment, je ne vais pas le faire », a rétorqué M. Josemans, également président de l’Association des coffee shops de Maastricht, au risque de voir son établissement fermé temporairement par les autorités municipales. M. Josemans compte saisir la justice une fois son établissement fermé afin de contester la nouvelle législation.
Jugée « discriminatoire », la « carte cannabis » ne va pas résoudre le problème des nuisances, soutient Marc Josemans selon lequel le nombre de vendeurs de rue va augmenter dans les prochaines semaines. Les deux jeunes Belges de 25 ans donnent raison à M. Josemans : elles assurent qu’elles continueront de fumer et auront recours aux dealers de rue si besoin.
Souhaitant lutter contre les nuisances – embouteillages, tapage nocturne et prolifération de vendeurs de drogue dans les rues – provoquées par l’afflux de millions d’étrangers venant s’approvisionner en cannabis aux Pays-Bas, le gouvernement a mis en place la « carte cannabis ». Elle est entrée en vigueur mardi dans les provinces du sud des Pays-Bas (Limbourg, Zélande, Brabant-Nord) et doit être appliquée en 2013 dans le reste du territoire.
Mais si certains coffee shops ont décidé de braver la loi à Maastricht et à Tilburg, où un propriétaire a lui aussi reçu un avertissement écrit, d’autres préfèrent s’y conformer. « Beaucoup de Belges, d’Allemands, de Polonais et quelques Français sont venus mais, malheureusement, j’ai dû leur montrer la sortie », explique Jasper Rutten, gérant d’un coffee shop à Tilburg. Et à Eindhoven et Helmond, les contrôles policiers devaient débuter hier, a rapporté l’agence ANP. Dans des villes comme Den Bosch, Oss et Uden, moins proches de la frontière belge, les contrôles « ne sont pas une priorité » car les nuisances liées au tourisme de la drogue y sont « réduites », a expliqué Henri van Pinxteren, un porte-parole de la police locale.
La ministre belge de l’Intérieur Joëlle Milquet a pour sa part annoncé mardi un renforcement de la coopération policière avec les Pays-Bas. « Cette nouvelle politique des Pays-Bas pourrait avoir des effets secondaires en Belgique, comme l’augmentation des plantations de cannabis et le déplacement des ventes illégales », a déclaré la ministre, citée dans un communiqué.
(Source : AFP)


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