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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Observations

De toutes les malédictions qui se sont abattues ces derniers temps sur le peuple de Syrie, la plus improbable, la plus paradoxale est bien celle de la mission des observateurs de l’ONU.

Non point bien sûr que ces pauvres bougres que l’on a parachutés au compte-gouttes, sans armes, sur un véritable volcan en éruption soient d’une quelconque manière acquis à la cause de l’oppresseur. Ce qui pose problème, c’est l’énormité de la tâche qui leur est confiée en regard des moyens dont ils disposent, tels que définis par le pâle consensus intervenu aux Nations unies, et dont l’inconsistance même a permis de parer à tout veto russe ou chinois. Placés sous la protection, c’est-à-dire sous l’étroite surveillance des forces gouvernementales, les Bérets bleus ne peuvent observer que ce que leurs cerbères leur laissent observer, et seulement au moment de leur choix. Dans ces conditions, ils ne font en réalité que couvrir, encore que bien mal, la vaste supercherie à laquelle se livre le régime baassiste en souscrivant au plan de Kofi Annan sans mettre fin pour autant au bombardement des populations et aux arrestations massives.

Or, de seulement hypothétique qu’elle était d’emblée, cette mission menace de tourner carrément à la nuisance et même à la calamité, du moment que le régime s’en sert vicieusement maintenant pour piéger littéralement les citoyens. Qu’en effet des citoyens entourent les observateurs en tournée, qu’ils les inondent de plaintes, qu’ils les supplient même de demeurer sur place, et les représailles s’abattent impitoyablement sur eux sitôt les onusiens repartis. Il n’est guère surprenant, dès lors, que les appels à l’intervention extérieure se multiplient au sein d’une opposition syrienne qui ne brille pas pourtant par sa cohésion.

Sur ce chapitre précis, ce ne sont pas les Libanais hélas qui pourraient leur en remontrer. Sans même parler des graves fractures nationales, cohésion gouvernementale et solidarité ministérielle sont, depuis des années, des notions obsolètes, complètement oubliées même, dans notre exercice très particulier de la démocratie. Après les ministres opposants qui ont fait les beaux jours des cabinets de fausse unité nationale, voici venu maintenant le temps des gouvernements du même bord, mais invariablement en proie aux tiraillements.

Dans un pays où affaires et politique ont toujours fait bon ménage – là est notre malédiction –, a souvent flotté sur ces empoignades une persistante odeur d’argent, lequel pourtant passe pour ne pas avoir d’odeur. On s’est férocement colleté ainsi sur l’importation de carburants, comme sur les adjudications relatives à l’achat de courant. Et par déformation professionnelle sans doute, c’est à propos des dépenses étatiques que l’on se saute à la gorge aujourd’hui. En revanche, c’est sans le moindre état d’âme que le gouvernement, confronté à la menace d’une grève des boulangers, vient de procéder à l’indigne tour de passe-passe qui consistait à maintenir inchangé le prix du paquet de pain, à ce détail près qu’il renfermera désormais une miche de moins. Et voilà le travail, il suffisait d’y penser...

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

De toutes les malédictions qui se sont abattues ces derniers temps sur le peuple de Syrie, la plus improbable, la plus paradoxale est bien celle de la mission des observateurs de l’ONU.Non point bien sûr que ces pauvres bougres que l’on a parachutés au compte-gouttes, sans armes, sur un véritable volcan en éruption soient d’une quelconque manière acquis à la cause de l’oppresseur. Ce qui pose problème, c’est l’énormité de la tâche qui leur est confiée en regard des moyens dont ils disposent, tels que définis par le pâle consensus intervenu aux Nations unies, et dont l’inconsistance même a permis de parer à tout veto russe ou chinois. Placés sous la protection, c’est-à-dire sous l’étroite surveillance des forces gouvernementales, les Bérets bleus ne peuvent observer que ce que leurs cerbères leur...
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