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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Ont voté

Dimanche était jour d’élections au Liban. L’enjeu était de taille puisqu’il s’agissait de l’avenir de... la France. Chacun avait épluché les programmes des différents candidats, bien réfléchi aux faisabilités, examiné de près avantages et inconvénients pour le binational qu’il est, surtout s’il y a risque pour lui de devoir un jour payer des impôts dans son pays B. Auquel cas, ce serait une fissure dans le béton du plan B que représente pour lui cette double appartenance. Mais nous n’en sommes pas là. Comment la civilisation vient aux Libanais dès lors qu’ils sont engagés dans un projet exogène, telle est la question et tel est le mystère. Car, contrairement à la tradition des scrutins locaux, on aura assisté, au seuil des isoloirs libanais de la présidentielle française, à une discipline sans faille, un respect religieux de l’opinion d’autrui, un culte éminent de la démocratie avec, cerise sur le gâteau, une courtoisie venue sans transition et comme par réminiscence de la Belle Époque. Nombre de nos propres élus n’étaient pas en reste, que l’on a vu exercer leur devoir de citoyen non résident en toute simplicité. Non que la chose soit répréhensible, elle est même parfaitement légale et tout le monde sait que les Libanais sont prêts à tous les sacrifices pour un passeport étranger, ne serait-ce que pour pouvoir voyager avec leurs familles sans subir la corvée des visas, le rallye des documents et les caprices des consulats face au viatique frappé du cèdre. C’est juste un peu curieux de voir des représentants de la nation afficher leur double appartenance comme une bouée de sauvetage sur un navire qu’ils contribuent à couler, sinon par action, du moins par inertie.
En passant à pied près du monument aux Martyrs, malgré la circulation folle du centre-ville et l’absence de trottoirs à ce niveau, on est pris en cette saison de sève par un parfum entêtant de figue, de sauge et d’herbe fraîche. Enjamber le petit parapet, se pencher sur le gouffre déjà envahi par la végétation résiduelle de la ville. À ce niveau-là, on est littéralement happé par plusieurs siècles d’histoire. À cet endroit, les travaux d’infrastructure ont mis au jour un fragment du Beyrouth antique. Il n’y a pas grand-chose à voir, quelques arcades émergeant d’une friche dans une invasion de pâquerettes bientôt fanées. Sans doute la dernière strate de la ville avant son entrée dans l’ère moderne, puisqu’elle affleure directement sous l’asphalte. Quelques vieilles pierres, mais enfoncées par tant de générations de négociants, d’artisans, de prêtres, de pêcheurs, de marins, de gens ordinaires. Entre les guerres, les invasions et l’appel du large, comment ne pas penser, tandis que le parfum poudré du figuier vous transporte vers des Méditerranées plus clémentes, qu’être Libanais, c’est toujours appartenir ailleurs.
Dimanche était jour d’élections au Liban. L’enjeu était de taille puisqu’il s’agissait de l’avenir de... la France. Chacun avait épluché les programmes des différents candidats, bien réfléchi aux faisabilités, examiné de près avantages et inconvénients pour le binational qu’il est, surtout s’il y a risque pour lui de devoir un jour payer des impôts dans son pays B. Auquel cas, ce serait une fissure dans le béton du plan B que représente pour lui cette double appartenance. Mais nous n’en sommes pas là. Comment la civilisation vient aux Libanais dès lors qu’ils sont engagés dans un projet exogène, telle est la question et tel est le mystère. Car, contrairement à la tradition des scrutins locaux, on aura assisté, au seuil des isoloirs libanais de la présidentielle française, à une discipline sans...
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