Or une société peut-elle souffrir d’un mal pareil? Ce malaise touche surtout des pères et mères de famille, ayant vécu une guerre civile de quinze ans et survécu à une double occupation du pays par la Syrie et Israël de durée équivalente, et qui n’ont plus le courage d’affronter un avenir incertain. Des besoins économiques se confondent donc avec des besoins de sécurité, de prospérité et de respect. La société libanaise, en beaucoup de ses aspects, ressemble à la société française postrévolution : une société désintégrée, démembrée, désorientée, disloquée et sans repères. Une fureur de divertissement s’était emparée de la société du Directoire. La Terreur terminée, la jouissance est à l’ordre du jour. En 1795 à Paris, les jolies femmes cèdent à la mode de l’antiquomanie: robes à la Diane ou à la Flore, tuniques couleur chair largement ouvertes sur le flanc et au décolleté généreux. On se vêt, ou plutôt on se dévêt de tulle, de gaze ou de linon transparent qui ne cache rien des formes. Le grand luxe de ces Merveilleuses, c’est la perruque. Les cavaliers de ces dames sont nommés les Incroyables, ou plutôt les Incoyables, car ils jugent élégant de supprimer les r. Ils arborent des accoutrements excentriques. Leurs parfums à base de musc leur valent aussi le surnom de «muscadins».
Il est certain que le Libanais a perdu presque tous ses repères et qu’il ne croit plus ni en la pérennité de l’État puisqu’il brigue sans cesse une seconde nationalité, ni en la pérennité de ses institutions puisqu’il pratique le système D à tous les niveaux, sécuritaires, justice, éducation, services, etc, ni en la pérennité de la cellule familiale avec le pourcentage croissant des cas de divorce. En 2012 la proportion de familles libanaises ou d’individus qui ont pris le large, qui attendent un visa ou qui envisagent la possibilité de faire leur vie ailleurs dépasse les 40%. Le cumul des déceptions conjugué au manque d’alternatives caractérise la spécificité de ce phénomène.
La criminalité est en plein essor, surtout avec le problème de la drogue. Le nombre des personnes arrêtées pour abus de drogue par année depuis 2000 est en croissance et plafonne depuis 2009. Le pourcentage des drogués de moins de trente ans est environ de 84%. En plus de l’utilisation majorée de cannabis, il y a aussi un pourcentage alarmant d’utilisateurs de cocaïne et d’héroïne. Un fait qui ne va pas réduire les actes de violences. L’apparition de nouveaux crimes dits de masse comme ceux de la caisse des enseignants, Ketermeya, Ras el-Nabeh et bien d’autres ainsi que les tueurs en série, voire l’affaire des chauffeurs de taxi, demeure un phénomène inédit des plus alarmants. En plus de cette criminalité dite vulgaire, le pays du Cèdre subit depuis 1969 et jusqu’à nos jours le problème de l’incapacité de l’État à centraliser et monopoliser le pouvoir de coercition. S’ajoute à cette carence un manque de confiance généralisé dans la justice en particulier et dans l’administration en général. Dans le Liban d’aujourd’hui, la cellule familiale n’est plus ce qu’elle était il y a trois décennies. Le nombre de divorces connaît une croissance constante. Il est estimé annuellement à cinq mille cas, sans compter les séparations de fait. Le problème du concubinage est d’autant plus grave que, sur le plan juridique, ce sont les enfants qui paient pour les égarements de leurs parents. Ils subissent le «vice de leur naissance» et cela sur plus d’un plan. En matière successorale, à titre d’exemple, l’enfant d’un couple non musulman hérite du quart de la part qu’il aurait eue s’il était légitime. Et si l’un des géniteurs est déjà marié, l’enfant ne recueille rien, puisqu’il est considéré comme adultérin. Dans les communautés musulmanes, l’enfant naturel n’a droit à aucun héritage.
La crispation identitaire d’une large partie de la société libanaise se mesure également au poids pris par les religions dans la vie sociale. Résignés face à l’inaction politique, la population se retourne vers ses églises et ses mosquées, en raison notamment d’un effet de proximité. La coexistence pacifique entre les religions au pays du Cèdre faisait partie de la mythologie associée à ce pays avant la guerre civile. Au terme de celle-ci, le fait religieux n’a plus le même sens et incarne plus une valeur de refuge que d’ouverture à l’autre. Le cas de la reconstruction du centre-ville de Beyrouth, détruit pendant la guerre, est assez symptomatique. Près de vingt-deux ans après la fin du conflit, seuls quelques quartiers ont pu être restaurés. Le reste de la population se réfugie en tribus confessionnelles dans les banlieues de la capitale. Comment restructurer cette société en crise? La réponse à cette question est ouverte à discussion.
Peter GERMANOS


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Ceci est le resultat naturel de toute guerre. M. Germanos donne en example la revolution Francaise et ses resultats, mais la France en tant que Nation n'a trouve de repos qu'apres la seconde guerre mondiale. Entre temps, il y a eu Napoleon, Louis XVIII, la revolution industrielle et ses problemes sociaux, Napoleon III, la premiere guerre mondiale et la seconde. Nous sommes aussi en pleine mutation et notre repos nous l'aurons aussi un jour inshalllah!
08 h 14, le 26 avril 2012