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À La Une - Présidentielle Française

Sarkozy et Hollande chassent sans complexe les voix du FN

La question du ou des débats continue de faire rage ; « on va être odieux » contre le candidat PS, assure un conseiller du président sortant.

Les affiches de campagne de Nicolas Sarkozy et Françoise Hollande collées l'une sur l'autre et déchirées, dans une rue de Paris, le 24 avril 2012. AFP PHOTO / JOEL SAGET

Le favori de la présidentielle en France, le socialiste François Hollande, et le président sortant Nicolas Sarkozy intensifient ouvertement leur chasse aux 6,4 millions d’électeurs de l’extrême droite, qui feront la décision au second tour le 6 mai.


La stratégie diffère, mais pour les deux finalistes, l’objectif est sans ambiguïté : récupérer au maximum les voix de ces jeunes, de ces non-diplômés, de ces ouvriers, employés, ruraux inquiets du déclassement social et de la mondialisation qui ont massivement voté pour la candidate du Front national, Marine Le Pen (près de 18 % des suffrages). « À moi de convaincre les électeurs du Front national (FN) », annonçait hier dans le quotidien Libération François Hollande, bien placé avec ses 28,6 % pour le second tour, mais pas complètement assuré de l’emporter. Dans ce but, il s’est rendu hier dans l’Aisne, un département rural du nord de la France où Marine Le Pen est arrivée deuxième au premier tour. « Pour ces catégories qui souffrent, les ouvriers, les employés, les retraités, tous ceux qui sont dans l’inquiétude, (...) les jeunes, je veux dire à tous ceux-là que tout ce que je déciderai sera juste et qu’ils ont un espoir à avoir », a-t-il lancé. En revanche, François Hollande a parallèlement confirmé son intention d’accorder le droit de vote aux étrangers aux élections locales, une mesure très critiquée par la droite.


Pour Nicolas Sarkozy (27,2 %), l’enjeu est d’attirer « les petits » et « les sans-grade » qui en 2007 avaient contribué à le faire élire avant de retrouver le giron du FN parce que selon lui il faut faire plus pour lutter pour la sécurité et contre l’immigration. Il faut « prendre des engagements suffisamment précis pour que les électeurs (du Front national) sachent qu’on a compris leur message », a-t-il martelé au cours d’un meeting à Longjumeau, près de Paris. Reprenant ses thèmes de prédilection, il a rappelé qu’il ne voulait pas en France de « l’excision », de « l’enfermement des femmes derrière une prison de tissu », d’une « immigration incontrôlée » ou du « vote communautaire ». De même, le chef de l’État français a annoncé vouloir presser demain ses partenaires de l’UE d’accepter la fermeture des frontières nationales en cas de forte pression migratoire, mais cette requête suscite beaucoup de réserves. « Les Français ne veulent plus d’une Europe passoire. C’est le message que j’ai entendu », a-t-il ainsi affirmé. De plus, à la différence de la gauche qui, selon lui, « se bouche le nez » en s’adressant à l’électorat de Marine Le Pen, le sortant n’entend pas faire de distinction entre bons et mauvais électeurs du FN. « Ce vote n’est pas répréhensible » et Mme Le Pen est « compatible avec la République puisqu’elle a été candidate », a-t-il répété, tout en dénonçant « la grave erreur » de la CGT qui a appelé à le « battre » le 6 mai, assurant que cet appel était « le contraire du syndicalisme ».
Pour sa part, le PM François Fillon a mis en garde contre les appels de personnalités de la majorité à voter pour le PS plutôt que pour le FN en l’absence d’alternative aux législatives de juin. Une telle initiative est « stupide » et ces propos sont « contre-productifs », a déclaré le Premier ministre lors d’une rencontre avec des parlementaires de l’UMP, réagissant ainsi notamment aux propos de Chantal Jouanno, ancienne ministre des Sports et actuelle sénatrice de Paris. Mme Jouanno avait en effet écrit sur son compte Twitter : « Mes principes sont clairs : aux législatives, si pas d’autre alternative entre le FN et le PS, ma responsabilité serait de voter PS. »

Refus de débattre
Dans ce contexte, François Hollande a refusé hier le débat proposé aux deux finalistes de la présidentielle française par quatre grandes radios généralistes, Europe 1, France Inter, RMC et RTL. Il avait déjà refusé la proposition de M. Sarkozy d’organiser trois débats télévisuels d’ici au 6 mai, rappelant la tradition républicaine d’un seul débat entre finalistes, cette année le 2 mai, entre les deux tours. Demain toutefois, les deux adversaires se succéderont pour un duel à distance sur le plateau de l’émission politique « Des paroles et des actes », sur la chaîne France 2.


Il semble évident qu’au-delà de l’affrontement des idées, Sarkozy mène une stratégie de déstabilisation personnelle de son adversaire socialiste, François Hollande, qu’il accuse de « fuir » les débats après avoir dit, avant le 1er tour de la présidentielle, qu’il allait « l’exploser ». Le quotidien conservateur Le Figaro citait d’ailleurs hier un conseiller de Sarkozy qui assurait : « On va être odieux. » Et se référant à l’entourage du président-candidat, le journal affirme que d’ici au second tour de l’élection française, le 6 mai, « tous les coups seront permis ». Nicolas Sarkozy entend jouer de l’inexpérience de son adversaire, qui a eu de nombreux mandats électifs, a dirigé le Parti socialiste pendant 11 ans, mais n’a jamais occupé la moindre fonction ministérielle. Mais depuis le début de la campagne électorale, le candidat socialiste ne s’est pas départi de son calme face aux attaques de la droite, qui joue sur sa réputation également véhiculée par ses camarades socialistes d’homme mou, souvent flou et imprécis dans ses prises de position.

Toulouse
Dans la bousculade de l’entre-deux tours, François Hollande tiendra son dernier grand meeting à Toulouse jeudi 3 mai, place du Capitole, a indiqué hier la fédération socialiste de la Haute-Garonne. Un grand meeting aura lieu ce dimanche à Paris-Bercy, a en outre annoncé hier Vincent Feltesse, responsable de sa web campagne. Toulouse sera décidément très tendance cette semaine puisque Nicolas Sarkozy devrait lui aussi haranguer la foule dimanche après-midi au Parc des expositions de la ville rose. En attendant, il a rencontré hier après-midi quelque 200 députés et sénateurs du parti majoritaire, leur martelant que « chaque vote va compter ». Lors de cette réunion, il a assuré qu’il n’était pas question de « modifier la stratégie entre les deux tours, contrairement à 1988 où l’on avait donné l’impression de changer dans la précipitation », selon des participants à la rencontre.


Le Front de gauche tiendra quant à lui son dernier meeting de campagne le 4 mai, à deux jours du second tour du scrutin présidentiel, pour appeler à voter François Hollande, a annoncé hier Jean-Luc Mélenchon. « On fera notre boulot, on doit le faire, ce n’est pas une figure de style de dire qu’on veut virer Sarkozy », a-t-il dit dans une interview au siège du Parti de gauche, exhortant le candidat PS à « ne pas tomber dans le piège » de la chasse à l’électeur frontiste.


En attendant, Nicolas Sarkozy et François Hollande n’entendent ni l’un ni l’autre céder un pouce sur le vote arménien : ils ont tour à tour, mais sans se croiser, célébré mardi à Paris l’anniversaire du génocide arménien de 1915. Ils ont tenu, par leur présence à une cérémonie célébrant le 97e anniversaire du génocide arménien, à confirmer leur engagement mutuel à faire adopter rapidement un texte de loi réprimant la négation du génocide arménien de 1915.

Le franc soutien vert
Ce sera largement différent avec les Verts : ces derniers appuieront activement la campagne de François Hollande pour le second tour de l’élection présidentielle et certains d’entre eux évoquent déjà clairement une éventuelle participation à un gouvernement de gauche. La candidate d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Éva Joly, qui a recueilli 2,31 % des voix au premier tour, a d’ailleurs appelé à voter pour le finaliste socialiste dès le premier tour. Les deux partis ont déjà conclu dans la douleur un accord pour les législatives qui prévoit de réserver certaines circonscriptions à des candidats écologistes. « Il faut apaiser ce pays, arrêter de mettre du feu sur les plaies et de pouvoir travailler à apporter des solutions concrètes », estime en tout cas Cécile Duflot, secrétaire nationale d’EELV. « Le deuxième objectif est de continuer de faire vivre une écologie politique. »

3e tour judiciaire pour Sarkozy ?
Par ailleurs, l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine, depuis des mois au cœur du volet financier de l’affaire Karachi, a été mis en examen une troisième fois dans ce dossier hier, cette fois pour blanchiment de fonds liés à des contrats d’armement. Déjà mis en examen en 2011 pour complicité et recel d’abus de biens sociaux et faux témoignage, M. Takieddine a dénoncé « un acharnement ridicule » de la justice, estimant suspecte une mise en examen « entre les deux tours de la présidentielle ». Depuis plusieurs jours déjà, M. Takieddine ne cache plus sa détermination à vouloir tout dire et tout faire contre le président sortant, qui risque de se retrouver en bien mauvaise posture vis-à-vis de la justice au lendemain du 6 mai.

Le favori de la présidentielle en France, le socialiste François Hollande, et le président sortant Nicolas Sarkozy intensifient ouvertement leur chasse aux 6,4 millions d’électeurs de l’extrême droite, qui feront la décision au second tour le 6 mai.
La stratégie diffère, mais pour les deux finalistes, l’objectif est sans ambiguïté : récupérer au maximum les voix de ces jeunes, de ces non-diplômés, de ces ouvriers, employés, ruraux inquiets du déclassement social et de la mondialisation qui ont massivement voté pour la candidate du Front national, Marine Le Pen (près de 18 % des suffrages). « À moi de convaincre les électeurs du Front national (FN) », annonçait hier dans le quotidien Libération François Hollande, bien placé avec ses 28,6 % pour le second tour, mais pas complètement assuré de...
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