Le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, accueillant son homologue américaine, Hillary Clinton, hier à Paris, pour une nouvelle réunion des "Amis de la Syrie". REUTERS/Benoit Tessier (FRANCE - Tags: POLITICS)
De la réunion ministérielle sur la Syrie (les Amis de la Syrie, qui a regroupé 14 ministres des AE) tenue hier après-midi au Quai d’Orsay à l’initiative de la France, on retiendra surtout une phrase du ministre des Affaires étrangères Alain Juppé lors de la conférence de presse finale. Une phrase confirmant une déclaration de la secrétaire d’État Hillary Clinton (qui venait de quitter la réunion) sur un possible recours au fameux chapitre VII de l’ONU pour intervenir en Syrie, sachant que les États-Unis plaident en faveur de « mesures plus sévères » contre le régime de Bachar el-Assad pour obtenir le respect du plan de Kofi Annan, selon Mme Clinton. « Nous devons nous orienter vigoureusement vers le Conseil de sécurité en vue d’une résolution sous le chapitre VII prévoyant des sanctions, une interdiction de voyage, des sanctions financières, un embargo sur les armes », avait dit la secrétaire d’État américaine. Rappelons que le chapitre VII de la Charte de l’ONU permet au Conseil de sécurité d’imposer des mesures à un pays, « en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d’acte d’agression ».
En réponse donc à la question d’un journaliste sur les propos de la secrétaire d’État US, le chef de la diplomatie française, qui présidait la conférence de presse entouré d’une dizaine de ses homologues, a affirmé que, dans une première phase, il faudra réussir le déploiement des observateurs onusiens sur le terrain, conformément au plan de M. Annan. Si cela ne marche pas, a poursuivi M. Juppé, nous reviendrons au Conseil de sécurité « dans l’esprit de ce que vient de déclarer Mme Clinton »... Comprendre qu’il faudra éventuellement et très probablement recourir au chapitre VII pour sévir contre le régime de Damas accusé par tous les participants à la réunion de poursuivre sa sanglante répression sur le terrain bien après la proclamation du cessez-le-feu.
M. Juppé avait d’ailleurs été mandaté par ses pairs pour répondre à toutes les questions. Seul le chef de la diplomatie saoudienne, l’émir Saoud el-Fayçal, a tenu à exprimer sa vive réprobation, déplorant que « l’on tolère les livraisons d’armes au régime syrien tout en refusant d’armer l’opposition syrienne pour qu’elle défende un peuple qui se révolte ». « Je m’étonne que le régime qui opprime ait la possibilité de continuer à s’armer alors que les victimes innocentes n’ont pas les moyens de se défendre », a-t-il déclaré à la presse.
Le locataire du Quai d’Orsay avait également mis en garde contre le risque d’un conflit étendu en Syrie en cas d’échec du plan Annan. « Le plan Annan, c’est l’assurance de la paix et de la liberté. Son échec, c’est le chemin vers la guerre civile, voire régionale », a-t-il insisté. « Nous ne pouvons pas attendre, le temps est compté. Il faut que les observateurs soient vite déployés et puissent agir sans entrave », a-t-il ajouté. « Si ce n’était pas le cas, nous devrions examiner quelles autres options s’ouvrent au Conseil de sécurité (de l’ONU) et à la communauté internationale ».
Les pays réunis à Paris ont en effet constaté que la mission Annan traverse « une phase critique du fait du refus de Damas d’appliquer ses engagements », selon M. Juppé. Ils « exigent des autorités syriennes qu’elles mettent immédiatement fin à la violence armée sous toutes ses formes », a-t-il ajouté.
En attendant, la France et ses partenaires vont prochainement déposer un projet de résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour mettre en place en Syrie une mission d’observation « aussi robuste que possible ». Il faudra « que les observateurs soient dotés de tous les moyens nécessaires à l’accomplissement de leur mandat en disposant des matériels modernes destinés à assurer une surveillance efficace », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, la secrétaire d’État américaine a indiqué que la Turquie envisageait d’invoquer la Charte de l’OTAN concernant les bombardements sur sa frontière avec la Syrie et de l’afflux de réfugiés syriens sur son territoire. « La Turquie envisage d’invoquer formellement l’article 4 du Traité de l’Atlantique Nord, qui déclenche des consultations à l’OTAN si l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité d’une des parties est menacée », selon Mme Clinton.

