Le secrétaire général de l’ONU a également demandé hier au gouvernement syrien d’accorder une « totale liberté de mouvement » aux observateurs de l’ONU. De même, il a jugé la situation humanitaire « inacceptable », avec près d’un million de personnes ayant besoin de secours. « Je demande au gouvernement syrien de permettre aux agences de l’ONU et aux organisations de secours internationales d’organiser une opération humanitaire de grande ampleur pour aider les personnes qui en ont besoin ». Cette opération, a-t-il précisé, sera discutée lors d’une réunion aujourd’hui à Genève du Forum humanitaire pour la Syrie.
Après avoir tergiversé, Damas a fini par signer hier le protocole organisant le travail, et en particulier la liberté de mouvement comme exigé précédemment par M. Ban, de ces observateurs, condition sine qua non de la poursuite de leur mission dans le cadre du plan de l’émissaire international Kofi Annan. Ahmad Fawzi, un porte-parole de M. Annan à Genève, a confirmé la signature de cet accord, faisant également état de discussions en cours avec des membres de l’opposition syrienne pour son application.
De son côté, la Chine a déclaré hier « étudier » l’envoi d’observateurs du cessez-le-feu en Syrie, selon le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Liu Weimin. La déclaration chinoise intervient après une visite de deux jours en Chine du ministre syrien des Affaires étrangères Wallid Moallem.
« Ne vous y trompez pas... »
Toujours sur le plan diplomatique, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a fait part hier de son « profond scepticisme » sur l’attitude du régime en Syrie, arguant de la « longue suite d’actions trompeuses » de Bachar el-Assad, lors d’une audition devant la commission de la Défense de la Chambre des représentants. Rappelant l’opposition américaine à toute intervention militaire unilatérale, Leon Panetta a souligné qu’il n’y avait « pas de remède miracle » en Syrie où la situation est « énormément complexe ». « Ne vous y trompez pas, d’une façon ou d’une autre, ce régime finira par tomber », a affirmé le secrétaire à la Défense, rappelant dans la foulée que les États-Unis fournissent des équipements médicaux et de communication à l’opposition et ont promis 25 millions de dollars d’aide humanitaire.
Dans ce contexte, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a appelé hier la communauté internationale à « tout faire » pour assurer le succès du plan pour la Syrie présenté par Kofi Annan. « Aujourd’hui, j’ai encouragé mes collègues à abandonner la rhétorique prophétisant l’échec du plan Annan », a déclaré M. Lavrov après avoir rencontré ses collègues des 28 pays membres de l’OTAN à Bruxelles. M. Lavrov a aussi estimé que la Russie faisait « honnêtement » sa part du travail. Le ministre russe a de nouveau appelé « les dirigeants syriens », « principaux responsables de la situation en Syrie », à « garantir les droits de l’homme, la sécurité de leurs citoyens et la souveraineté de l’État ».
La déclaration de Moscou intervient alors que le président français Nicolas Sarkozy a affirmé que selon lui, la position de la Russie et de la Chine, qui ont soutenu jusqu’à présent le régime syrien, « ne durera pas » face à l’entente entre Occidentaux et pays arabes. « La solution, c’est l’établissement de couloirs humanitaires pour qu’une opposition puisse exister en Syrie », a ajouté M. Sarkozy, se disant « convaincu que le régime de Bachar el-Assad est condamné ». « Bachar el-Assad ment de façon éhontée, il veut rayer de la carte Homs comme Kadhafi voulait rayer de la carte Benghazi », a-t-il accusé.
Au moins 21 morts
Sur le terrain, les violences se sont poursuivies et au moins 21 civils ont été tués par les forces syriennes, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), portant à 130 le nombre de civils tués depuis l’entrée en vigueur officielle de la trêve le 12 avril.
Selon l’OSDH, des combats opposaient également soldats et rebelles dans plusieurs régions, en dépit de la présence des observateurs de l’ONU, et des tirs nourris ont fait un mort à l’issue de leur visite à Herak, dans la province de Deraa. Des vidéos mises en ligne par des militants ont d’ailleurs montré le colonel Ahmad Himmiche, chef de la délégation, discutant avec des habitants. « Notre mission est d’établir des contacts avec toutes les parties (...). Notre travail maintenant consiste à prendre des noms de militants avec lesquels on peut parler pour préparer l’arrivée de la mission des observateurs » en cas de vote à l’ONU, a déclaré M. Himmiche hier soir à la presse. Et selon M. Ban, les observateurs n’ont pour le moment pas été autorisés à se rendre à Homs, surnommée la « capitale de la révolution », les autorités avançant des « raisons de sécurité », alors que les militants ont encore fait état de bombardements hier sur la ville.
(Sources : agences et rédaction)

