Au sortir de la Première Guerre mondiale, de nombreux pays européens ont sombré dans des régimes populo-totalitaires – pour ne citer que les plus connus : le fascisme, le nazisme et le franquisme.
Cette dérive qui ne ressemble en rien à l’héritage humaniste des pays de Dante, Kant et Unamuno est principalement attribuée à une perte de repères après une sortie houleuse et souvent anarchique de systèmes monarchiques absolus et pluricentenaires.
La peur d’un chaos généralisé et la mainmise d’un clergé politique ont conduit les votes et les mouvements de masse vers l’avènement des seuls partis structurés et disposant d’une image forte projetant un semblant d’ordre et formant un rempart au mal absolu pour les nantis qu’était l’émergence d’une gauche socialo-communiste.
L’humanisme devenait, à tort, l’exclusivité de la gauche et l’ordre, béni, par le clergé, l’apanage d’une (pseudo) droite dirigiste, antimarxiste et antisémite.
Le péril rouge et le risque d’anarchie devenaient l’excuse à tous les excès et la justification des épurations, pogroms, holocauste et autres atrocités commises par des régimes souvent élus et encensés par les masses.
Dans le Moyen-Orient et le Maghreb d’aujourd’hui, les partis populo-islamistes sont le pendant des extrémismes européens des années 1920-30 en ce sens qu’ils se posent comme seule alternative structurée aux précédents régimes dictatoriaux qu’ils n’ont nullement contribué à faire chuter.
L’alternative séculariste issue des sociétés civiles (véritables acteurs du printemps arabe) est aujourd’hui possible. Or elle se trouve injustement associée à l’antique péril rouge et au risque d’anarchie dans des sociétés jugées faussement immatures et instables car manquant cruellement de la sophistication humaniste qui leur a fait défaut depuis leur accès aux simulacres d’indépendance.
Des pseudo-indépendances consenties par les ex-puissances coloniales qui se sont largement compensées par des accords inéquitables mais garantis par la mise en place de régimes fantoches manipulés à distance par leurs services et garantis par des clergés corrompus et assoiffés d’un pouvoir que leurs dogmes ne justifient en rien.
Le chah d’Iran, Gamal Abdel Naser, le roi Fayçal d’Arabie, Moussa el-Sadr, Rafic Hariri et bien d’autres ont payé de leur vie le rôle grandissant d’alternative moderne à l’ostracisme nécessaire qu’il convenait de poursuivre dans une partie du monde victime de richesses qu’elle n’a pas le droit de développer de manière autonome.
Chacun de ces martyrs a été condamné par une ou plusieurs puissances commanditaires lorsqu’il devenait gênant pour un ordre établi et régi, directement ou indirectement, par l’entremise d’un clergé rétrograde et tout-puissant, souvent et cyniquement financé par ceux qui le condamnent.
Toutes les conditions sont actuellement réunies pour offrir, sur un plateau d’argent, le sang des martyrs tunisiens, égyptiens, yéménites et syriens, et tant d’autres, aux affres de l’islamisme politique. Et ce à défaut d’avoir encouragé une alternative moderne et constructive basée sur des sociétés civiles inspirées des droits de l’homme et séparant nécessairement la religion et l’État. Deux notions qui se corrompent l’une l’autre quand elles sont réunies au sommet du pouvoir. À l’instar du sel et du sucre, les mélanger revient à les altérer.
Adib Malek BASBOUS


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