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À La Une - Parlement

Liban : Place de l’Étoile, duels verbaux et « danger sioniste »

La majorité tente de contourner les dossiers ministériels, en ramenant au cœur du débat la question « du danger que représente l’ennemi sioniste » ainsi que la question des armes et le refus d’en discuter.

Le Premier ministre entouré de Marwan Charbel (à gauche) et de Nicolas Nahas (à droite) : écoute faussement paisible des diatribes lancées par les parlementaires. Photo Sami Ayad

Des tensions sous-jacentes, qui se manifestent avec plus ou moins de vigueur, c’est ce qu’auront révélé jusque-là les séances de débat de politique générale, qui se terminent en principe aujourd’hui. Dix députés se sont exprimés hier lors de la séance matinale. Les députés de la majorité, dont Nawaf Moussaoui, Ali Fayad et Abdel Majid Saleh du bloc du Hezbollah, ont placé au cœur du débat la question des armes, du moins pour souligner l’impossibilité de la remettre en cause, et « le danger de l’ennemi sioniste », qui se répercuterait en Syrie. Au point que le député du bloc du Futur Mouïn Meraabi s’est demandé si « nous nous trouvons au sein du Parlement turc ou syrien ». Mais aviver la théorie du complot régional sied parfaitement au gouvernement, puisque ça lui fournit le moyen de contourner les dossiers socio-économiques litigieux, de justifier sa politique de distanciation et d’anoblir la raison d’être affichée du Hezbollah, à savoir la résistance. « Comment protéger la souveraineté sans une résistance qui assiste l’État ? » s’est demandé Ali Fayad. Il a appuyé son argumentaire par la question des frontières maritimes, en dénonçant « l’atermoiement du précédent gouvernement sur le dossier des gisements d’hydrocarbures ».

 

Il va sans dire en outre que le député du Baas Ghazi Zeaïter, énumérant les attaques israéliennes contre le Liban depuis 1978, a appelé le gouvernement à « cesser la politique de distanciation, en appliquant les accords bilatéraux avec la Syrie ». C’est la position contraire que le député du bloc du Futur Antoine Abou Khater a exprimée, affirmant qu’il n’est « pas permis pour le gouvernement de s’écarter d’événements qui visent ses propres citoyens ».

 

« Résistance » et « ouverture »...

De son côté, Nawaf Moussaoui a rappelé que « pour nous, la route pour la libération est la résistance », avant de demander : « Quelles alternatives proposent ceux qui ne veulent pas de cette résistance ? » Une question imprégnée toutefois par une attitude d’ouverture, non de provocation. « Nous tenons à écouter les points de vue de nos partenaires, et notre comportement a été, depuis le début, fondé sur l’acceptation de l’autre », a-t-il précisé. Ajoutant que « c’est la sagesse de notre camp qui préserve le pays d’une discorde, depuis 2006 », il a été interrompu par l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, le blâmant de n’avoir laissé aucun point en faveur de l’opposition. Le président de la Chambre Nabih Berry est intervenu immédiatement, soucieux d’absorber les polémiques. « Nawaf Moussaoui a ouvert une porte qui fonde le partenariat », a-t-il assuré. On devait apprendre ensuite que les deux députés Siniora et Moussaoui se sont réunis dans une salle annexe pour résoudre la mésentente.

 

Assouad-Fatfat

C’est d’ailleurs un appel au dialogue que Berry semblait adresser depuis le début de la séance, notamment pour arrêter l’altercation entre les députés Ziyad Assouad (bloc du Changement et de la Réforme) et Ahmad Fatfat (bloc du Futur), survenue lors de l’intervention, particulièrement virulente, du premier, qui dénonçait « la débauche » des révolutions arabes et celle, financière, du mouvement du Futur. C’est moins son discours agressif que le timbre élevé de sa voix qui a agacé l’audience, comme l’a tenté de le signaler, en vain, le député Robert Fadel. Toutefois, lorsqu’il s’en est pris nommément au courant du Futur, l’accusant d’être impliqué, par le biais de son vice-président Samir Doumit, dans un marché lié à l’électricité, le député Ahmad Fatfat l’a immédiatement interrompu, en lui rappelant « l’argent du Casino », dans une allusion claire à l’épouse de Assouad. Notons que, selon l’opposition, celle-ci touche un salaire du Casino alors qu’elle n’est pas en droit de cumuler cet emploi et sa profession d’avocate, ni n’assure d’ailleurs sa présence au Casino. « Mon épouse travaille depuis 16 ans au Casino, elle est digne fonctionnaire avant toi et moi », a répondu Assouad, secouru par ses collègues du même bloc, Simon Abiramia et Alain Aoun. « Ce ne sont que des paroles, montrez-nous des documents ! » ont-ils lancé à Fatfat. Berry a tenté dès le début d’interrompre l’altercation, en rappelant à Assouad qu’il « n’est pas en droit de lancer pareilles accusations nommément contre un parti politique ». C’est avec ce même argument qu’il a clos le débat.

 

S’agissant par ailleurs du dossier des dépenses extrabudgétaires, récurrent dans les discours, le député Ali Fayad a affirmé que « l’ouverture d’un crédit après l’écoulement de l’exercice est illégale », tandis que le député du bloc du Futur Jamal Jarrah a estimé que « le gouvernement est incapable de voter le budget de 2012 et n’a aucune intention de réformer les finances publiques ».

 

Éviter la discorde

S’il y a un point sur lequel les deux camps se sont entendus, c’est la crainte d’une éventuelle discorde, dont la menace se profile déjà, selon eux, à l’horizon. Le 8 Mars a prévenu ainsi de l’insécurité qui prévaut aux frontières et de ses répercussions internes. Du côté de l’opposition, le député du bloc du Futur Ammar Houry a dénoncé avec insistance « les convocations par le tribunal militaire de 16 habitants de Tarik Jdidé qui doivent comparaître vendredi devant l’instance, sur fond des incidents de l’Université arabe advenus il y a cinq ans ». Houry a prévenu de la réouverture « délibérée et dangereuse » de ce dossier. Il s’est lancé en outre, avec ironie, dans le rappel de déclarations, prononcées par d’actuelles figures du 8 Mars (dont Nabih Berry), contre le chef du bloc du Changement et de la Réforme, le député Michel Aoun. Le député du CPL Ibrahim Kanaan a rompu alors l’atmosphère faussement paisible de la salle, pour saluer « le général Aoun dont les accomplissements sont dignes de fierté ». Mais il est tout de suite interrompu par Nabih Berry. « Ammar Houry m’a cité, je te rappelle », a-t-il lancé à Kanaan, sans se démonter, avant de répondre à l’intervenant en termes conciliateurs. « Nous avons tous dit des choses les uns contre les autres, mais il faut aller au-deçà des paroles et résoudre les litiges ici, non dans les médias », a déclaré le président Berry. « Ceci est au cœur des accords de Taëf », a signalé Houry, tandis qu’Ahmad Fatfat reprochait au président de la Chambre de « ne pas avoir fait taire les attaques répétées » contre « le martyr Rafic Hariri », la veille.

 

C’est dans ce cadre d’apaisement que le député aouniste Nabil Nicolas a pris la parole, mais uniquement pour insister, de nouveau, sur « les marchés conclus » par le camp de l’opposition, « et dont ils veulent se libérer en accusant les autres d’en être les courtiers ».

 

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