Minuscule pays, gigantesques problèmes !
Près d’un siècle après la proclamation de l’État du Grand-Liban, le nôtre de pays n’a pas encore réglé une fois pour toutes sa crise d’identité, si ce n’est d’existence. Même s’il aura fallu aller jusqu’à préciser, noir sur blanc, dans le préambule de la Constitution, que c’était là leur patrie définitive, les Libanais demeurent en profond désaccord sur l’appartenance et la vocation de celle-ci. Ils se sont ingéniés à faire de choses aussi vitales que le développement et le mieux-être un des multiples enjeux de leurs rivalités politiques ou d’affaires. Prompts à se griser des vents malins s’engouffrant du dehors, ils sont étrangement insensibles, pourtant, aux relents de pourriture émanant de leur scène intérieure : lesquels ne sont pas dus seulement aux égouts persistant à se déverser dans un fabuleux rivage dont nous firent présent les dieux, et dont nous avons fait une hideuse falaise de béton.
Si nous en sommes là c’est parce que tout au long des années, nous n’avons pas œuvré à édifier un État, nous n’avons pas contrôlé, nous n’avons pas exigé des comptes, nous n’avons pas sanctionné ni agi en toute justice mais nous nous sommes partagé le butin aux dépens du peuple opprimé. Cet atterrant constat, on ne le doit pas à la verve d’un quelconque politicard raccolant des électeurs. C’est le métropolite de Beyrouth qui le dressait, la mort dans l’âme, dans son homélie de la Pâque orthodoxe, dimanche dernier. Ce sont des générations entières de professionnels de la chose publique que le très respecté prélat renvoyait, de la sorte, dos à dos : pieuse sentence résumant bien, ma foi, les diatribes échangées hier à l’Assemblée au premier jour de l’actuel débat de politique générale.
La couverture télévisée en direct aidant, les orateurs inscrits se comptent naturellement par dizaines. Et si les dossiers litigieux sont légion, qui vont de la crise syrienne du budget fantôme à la dégradation de l’état de la sécurité, de la déglingue du réseau électrique au traitement des données du réseau téléphonique, c’est bien la corruption qui, invariablement, sert de toile de fond à la plupart des aberrations, abus et scandales dont souffre un pays livré au népotisme et à la prévarication. Insolentes sont les fortunes amassées à coups de pots-de-vin et de commissions diverses. Nombreuses sont les maisons de verre, pleuvent néanmoins les cailloux. Et si on ne se prive pas de donner des coups sous la ceinture, c’est la poche qui, en réalité, est visée ...
Dans ce tumulte parlementaire, certains, dont le Premier ministre, s’obstinent à voir un signe de santé du système démocratique. De mauvaise santé serait plus exact. Grand brasseur d’affaires lui-même, le chef du gouvernement a pratiquement taxé d’affairisme son propre ministre des Finances, son allié électoral de surcroît, sans que l’incident ait la moindre suite. Et si les accusations de corruption sont souvent étayées de chiffres précis, ce n’est certes pas au ministère de la Justice qu’il viendrait à l’idée de se mouvoir tout seul, sans y avoir été expressément invité.
C’est pour mettre fin à l’impunité des auteurs et commanditaires des assassinats politiques qu’a été créé le Tribunal spécial pour le Liban. Mais qui donc sévira un jour contre les voleurs du temple ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Près d’un siècle après la proclamation de l’État du Grand-Liban, le nôtre de pays n’a pas encore réglé une fois pour toutes sa crise d’identité, si ce n’est d’existence. Même s’il aura fallu aller jusqu’à préciser, noir sur blanc, dans le préambule de la Constitution, que c’était là leur patrie définitive, les Libanais demeurent en profond désaccord sur l’appartenance et la vocation de celle-ci. Ils se sont ingéniés à faire de choses aussi vitales que le développement et le mieux-être un des multiples enjeux de leurs rivalités politiques ou d’affaires. Prompts à se griser des vents malins s’engouffrant du dehors, ils sont étrangement insensibles, pourtant, aux relents de pourriture émanant de leur scène intérieure : lesquels ne sont pas dus...


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