...et un autre John. Le Lennon.
Forrest est simple d’esprit, mais il est doté également d’une intelligence qui dépasse les codes sociaux. Il va devenir grâce à la caméra de Robert Zemeckis le témoin des grands changements d’une nation. Pour ceux qui s’insurgeraient en disant comment parler de l’Amérique à travers le regard d’un niais, on pourrait opposer le Candide de Voltaire qui rediscute à sa manière et avec un optimisme béat les grandes questions leibniziennes de bonheur et de fatalité.
Le film de Zemeckis est truffé de clins d’œil et c’est à l’aide d’effets spéciaux que le cinéaste arrive à intégrer son personnage principal dans les images d’archives.
Sa mère l’aurait appelé Forrest à la mémoire de Nathan Bedford Forrest, un créateur du Ku Klux Klan, pour souligner le fait que parfois, dans la vie, « on fait des choses qui n’ont pas beaucoup de sens ». Il raconte cette anecdote à une jeune femme qui attend l’autobus à côté de lui et qui, comble de l’ironie, est noire. Gump alias Tom Hanks (oscar du meilleur rôle) va alors rencontrer Elvis Presley, George Wallace, John F. Kennedy, Lyndon Johnson, Jerry Rubin, John Lennon, Richard Nixon et Abbie Hoffman.
À citer ainsi certains événements qui sont autant d’images impressionnantes. À son retour du Viêt Nam, après avoir retrouvé Jenny, sa bien-aimée, parmi les pacifistes venus manifester à Washington contre la guerre, Forrest Gump rencontre des membres du Black Panther Party, présenté à eux par un étudiant de Berkeley.
Seconde image : en faveur de la détente, les États-Unis ont tenté un rapprochement avec la Chine qui n’a plus d’alliés. La rupture sino-soviétique de 1964 est définitive. Tout débute par des relations secrètes entre Pékin et Washington qui se manifestent par des compétitions de tennis de table dont Forrest Gump est le fervent représentant. Grâce à ses paroles sur un plateau de télévision en rentrant de Chine, il inspirera à John Lennon sa célèbre chanson Imagine.
Ou encore lorsqu’il inspirera – par ses prothèses – à Elvis, qui alors n’est qu’un parfait inconnu, son fameux jeu de jambes pendant que le King joue Hound Dog.
Forrest Gump est aussi l’inventeur involontaire du smiley. Lorsqu’il court à travers les États-Unis, un homme veut le prendre en photo pour le mettre sur ses tee-shirts. Mais une voiture éclabousse les deux hommes qui se retrouvent couverts de boue. Forrest s’essuyant le visage avec le tee-shirt jaune y laisse le dessin mondialement connu. Il s’en va en criant au représentant : « Gardez le sourire ! » Cela évoque par ailleurs le saint suaire du Christ.
Notre héros est également actionnaire d’Apple qu’il croit être une coopérative fruitière, son logo représentant une pomme (Apple en anglais). Lorsqu’il court à travers les États-Unis, un homme lui demande de l’aide pour trouver un slogan pour ses autocollants, mais juste à ce moment il marche dans une crotte de chien et lorsque l’homme le lui fait remarquer il lui répond : « Ça arrive. » Il inspirera ainsi les célèbres autocollants pour voitures « shit happens » ! « Shit happens », grossièrement « la merde, ça peut arriver » en anglais.


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