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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

La fleur et le fusil

12.7, 14.5 : derrière ces chiffres apparemment innocents se cachent, en termes de calibre, deux des armes les plus meurtrières jamais sorties du génie inventif des marchands de mort, qu’ils soient américains, russes, hongrois, autrichiens ou autres. Leur portée exceptionnelle, la vélocité de leurs projectiles, leur force d’impact qui leur permet de percer même des blindages, tout cela desservi par des lunettes électroniques de grande précision, confèrent à ces engins un rôle de premier plan dans les opérations militaires. Y compris dans cette forme de guerre particulièrement sale, livrée par des tueurs au coup par coup que l’on gratifie du nom prestigieux de tireurs d’élite, et qui consiste à éliminer, à distance, une cible humaine de choix.

Déclinés en fusil-mitrailleur ou en carabine de précision, ces redoutables joujoux ne sont livrées en théorie qu’à des armées régulières triées sur le volet. Il reste que dans notre pays ouvert à tous les vents et où les forces étatiques sont loin de détenir le monopole des armes, rien ne peut être exclu. Quoi qu’il en soit, il ressort des indications officielles que l’attentat dont a réchappé de justesse, mercredi, Samir Geagea a nécessité la mise en place d’une imposante équipe de terroristes qui, avec une méticulosité de professionnels, s’est acquittée des travaux de repérage et d’observation, puis de tir à l’aide de superfusils et d’exfiltration.

Claires sont les criminelles motivations de cette tentative miraculeusement déjouée par l’humeur bucolique, ce matin-là, du chef des Forces libanaises, qui s’est baissé pour cueillir une fruste pâquerette à l’instant même où allaient l’atteindre les mortelles balles. Principale composante chrétienne du 14 Mars, dénonçant avec une particulière vigueur les abus du Hezbollah, les Forces libanaises sont aussi la seule formation politique non mahométane de la région à avoir pris fait et cause pour les rebelles de Syrie ; dès lors, et en fait de pâquerettes, Geagea, suivi de ses alliés, n’aura pas fait de fleurs à ses ennemis déclarés, qu’il a accusés en effet, en termes à peine voilés, d’avoir cherché à le supprimer.

Que le spectre des assassinats en série, tels ceux qui se sont abattus il y a quelques années sur le pays, vienne soudain pointer son hideux museau est déjà assez grave comme cela. Non moins désastreuse toutefois est la manière dont certains esprits réagissent à cet inquiétant développement. Ainsi, des amis de la Syrie et de l’Iran n’ont voulu voir dans cette affaire qu’un canular. Pire encore, d’autres en ont minimisé la portée, s’en sont même gaussés, tout comme ils ne cessent d’ironiser sur l’efficacité du Tribunal spécial pour le Liban ou encore sur la réclusion forcée à Paris de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, objet de sérieuses menaces de mort. Ce que traduisent d’aussi indignes comportements, c’est finalement une même et scandaleuse culture de la violence, un même mépris de la vie humaine, quand bien même serait-elle celle d’un adversaire politique. Le temps n’est pas si loin après tout où certains faisaient distribuer des pâtisseries dans les rues pour célébrer, à leur honteuse façon, l’assassinat du jour...

Avec l’actuel débat sur les données des réseaux téléphoniques, on n’a pas fini de nager en plein délire. Ici, des services de police qui se plaignent de se voir dénier les renseignements qu’ils réclament pour mener leurs investigations ; là, un ministère des Télécommunications invoquant les lois en vigueur pour se dire pratiquement non concerné ; et, plus loin encore, un département de la justice avare de ses injonctions alors qu’il est censé trancher et ordonner la remise de tels renseignements à chaque fois qu’il y va, de manière aussi criante, de la sécurité de l’État. Hé, y aurait-il par hasard un responsable en ligne ?

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

12.7, 14.5 : derrière ces chiffres apparemment innocents se cachent, en termes de calibre, deux des armes les plus meurtrières jamais sorties du génie inventif des marchands de mort, qu’ils soient américains, russes, hongrois, autrichiens ou autres. Leur portée exceptionnelle, la vélocité de leurs projectiles, leur force d’impact qui leur permet de percer même des blindages, tout cela desservi par des lunettes électroniques de grande précision, confèrent à ces engins un rôle de premier plan dans les opérations militaires. Y compris dans cette forme de guerre particulièrement sale, livrée par des tueurs au coup par coup que l’on gratifie du nom prestigieux de tireurs d’élite, et qui consiste à éliminer, à distance, une cible humaine de choix.Déclinés en fusil-mitrailleur ou en carabine de précision, ces...
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