Claude Miller était un cinéaste qui détestait les bons sentiments, fuyait les personnages héroïques et les gens heureux : « La gentillesse m’ennuie », disait-il. François Lo Presti/AFP
Parisien, fils d’un employé du cinéma mythique des grands boulevards, le Grand Rex, Claude Miller, né le 20 février 1942 au cœur de la guerre, de parents juifs, est sorti major de l’Idhec, la grande école du cinéma français où il a appris les techniques du métier et ancré sa cinéphilie. Dans la décennie qui suit, ce savoir-faire lui vaut de travailler comme assistant pour Marcel Carné, Robert Bresson, Jacques Demy, Jean-Luc Godard et François Truffaut – dont il devient le directeur de production et l’ami.
Après avoir exercé à peu près tous les métiers du cinéma, et signé plusieurs courts métrages, il réalise son premier film, La meilleure façon de marcher (1976) avec un Patrick Dewaere porté par sa beauté insolente et virile face à Patrick Bouchitey, encore débutant. Un sujet difficile sur la rivalité malsaine entre deux moniteurs dans une colonie de vacances. Il enchaîne l’année suivante avec Dites-lui que je l’aime (1977 – Gérard Depardieu, Miou-Miou). Mais son premier grand succès vient avec Garde à vue (1981), huis clos sans issue entre Lino Ventura, le flic, Michel Serrault, l’accusé, et Romy Schneider en arbitre. Consécration : le film décroche quatre césars dont celui du meilleur scénario pour Claude Miller et les Américains en tireront un remake avec Morgan Freeman. Il retrouve le polar sombre dans Mortelle randonnée (1983) avec Isabelle Adjani en tueuse et Michel Serrault qui la traque, à la fois flic et ange gardien, pensant avoir reconnu sa fille.
Claude Miller déteste les bons sentiments, fuit les personnages héroïques et les gens heureux : « La gentillesse m’ennuie », disait-il.
Il retrouve le grand public avec L’effrontée en 1985, qui révèle Charlotte Gainsbourg à 13 ans (aussitôt sacrée césar du meilleur espoir féminin), inspiré du Frankie Addams, de l’écrivaine américaine Carson McCullers. Poursuivant alors son exploration de l’adolescence, il retrouve l’actrice en 1988 dans La petite voleuse. Après quelques sorties ratées (Le Sourire, Nana), Claude Miller décroche le prix du jury à Cannes en 1998 pour La classe de neige, adapté d’Emmanuel Carrère. Le réalisateur a très fréquemment adapté des romans (Patricia Highsmith, Ruth Rendell) pour trouver le sujet de ses films, comme pour La Petite Lili avec Ludivine Sagnier (d’après Tchekhov) ou Un Secret (2007), tiré du roman autobiographique de Philippe Grimbert, avec Cécile de France et Patrick Bruel. « J’ai beaucoup de mal à écrire des scénarios originaux. Je sais commencer une histoire, mais cela m’est généralement difficile de la clôturer, parce que la mort est souvent le terme d’un récit », expliquait-il en 2007.
Même s’il est fréquemment maltraité par la critique, il continue d’enchaîner les tournages, parce qu’« en vieillissant, je comprends qu’une des choses qui me fasse le plus plaisir, c’est de tourner des films. (Sinon) j’ai l’impression d’être un peu vacant ». Après Voyez comme ils dansent, un échec en 2011 avec Marina Hands, le cinéaste déjà malade a eu le temps de terminer le tournage de Thérèse D, tiré du roman de François Mauriac Thérèse Desqueyroux, avec Gilles Lellouche et Audrey Tautou. Le film actuellement en postproduction devrait sortir à l’automne prochain.
(Source : AFP)


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