Savent-ils exactement ce qu’ils veulent, ces 83 pays amis de la Syrie qui se retrouvaient pour la deuxième fois dimanche dernier à Istanbul et qui ont réussi seulement à s’attirer, tout à la fois, les sarcasmes du régime Assad et les reproches d’une opposition criant à l’abandon ? Ce qui est chaque jour un peu plus clair par contre, c’est ce dont ces singuliers amis ne veulent pas.
Vient en tête de liste l’option d’une intervention militaire à la libyenne, d’autant plus inopportune que l’Europe se débat dans la crise et qu’une nouvelle expédition est bien la dernière chose qui pourrait séduire les électeurs de Barack Obama et Nicolas Sarkozy. Les Occidentaux, et avec eux les Arabes, s’étaient investis à fond pour éliminer un Kadhafi au passé des plus sulfureux certes, mais qui n’était plus, ces dernières années, qu’un grotesque has been du terrorisme ne menaçant plus en rien leurs intérêts. Les voilà pourtant qui crachent sur l’occasion de priver l’Iran de son seul allié arabe, comme de couper le Hezbollah de sa base de ravitaillement.
Ce que ces tendres amis de la Syrie ne souhaitent pas ensuite, c’est un saut dans l’inconnu. Pour condamné à terme que soit, à leurs yeux, le régime baassiste, c’est un règlement politique ouvrant la porte à une transition pacifique qu’ils favorisent visiblement, par crainte semble-t-il d’une relève islamiste. Ils soutiennent ainsi le plan de Kofi Annan, lequel reprend largement celui élaboré par la Ligue arabe ; mais ils laissent l’émissaire spécial de l’ONU se débrouiller tout seul pour ce qui est de contraindre Bachar el-Assad à tenir pour une fois ses promesses, à faire cesser les bombardements, à désengager son armée des villes syriennes avant la date-butoir du 10 avril. Le triste mais très prévisible résultat en est que non seulement la canonnade se poursuit de plus belle, mais que des renforts militaires étaient acheminés, hier encore, vers les cités rebelles : les autorités de Damas poussant le cynisme jusqu’à négocier dans le même temps la mise en place d’un mécanisme de coopération avec le Comité international de la Croix-Rouge !
Ce à quoi se refusent enfin les amis de la Syrie, c’est d’armer l’opposition syrienne comme le réclament avec insistance les royaumes d’Arabie saoudite et du Qatar, car cela ne pourrait que provoquer une guerre civile généralisée. Le charitable souci que voilà. Mais comment qualifier alors un conflit qui en un an a déjà fait plus de 10 000 morts, en très grande majorité des civils et parmi eux de nombreux enfants, où les forces dites de l’ordre tirent pour tuer et se livrent à la torture et au viol, où les insurgés font eux aussi usage désormais des armes légères dont ils disposent, et se livrent à leur tour – c’était fatal – à des atrocités ? Par sa retenue, la communauté internationale croit conjurer le spectre de la guerre civile. Par son laxisme, elle ne fait en réalité que perpétuer une guerre effroyablement inégale, opposant la fruste kalachnikov aux chars, à l’artillerie lourde et aux hélicoptères.
C’est aussi par omission que peuvent fauter les amis.
Issa GORAIEB
À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb
Prix d’amis
OLJ / le 04 avril 2012 à 01h39


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef