Militante libyenne ayant joué un rôle actif lors de la révolution qui a évincé le colonel Mouammar Kadhafi, porte-étendard de la défense des droits de la femme arabe, Fathiya Hajjaji a été invitée à apporter son témoignage au cours du meeting organisé samedi dernier par les Forces libanaises au BIEL pour la commémoration de la dissolution du parti des FL, en 1994.
Dans le sillage de sa participation au meeting des Forces libanaises, elle a accordé à L’Orient-Le Jour une interview dans laquelle elle a commenté et analysé les défis spécifiques au terrain libyen. Elle souligne d’emblée que « ce n’est pas la crainte de la montée des islamistes qui est le premier obstacle à l’aboutissement de la révolution ». « Les Libyens sont des pratiquants modérés de l’école malikite, connue pour son ouverture et sa souplesse, déclare Mme Hajjaji. Ils résisteront à toute émergence islamiste. » Qu’est-ce qui caractérise donc ce peuple, dont le caractère tribal véhicule de prime abord une image d’archaïsme ? « Les Libyens sont de braves gens, qui ne savent rien de la politique », explique-t-elle. Elle confie une pensée intime qui la tracasse, celle de savoir si cette absence de culture politique « est favorable à la réforme, ou bien un élément qui retarde sa mise en place ». Sans trancher la question, elle se montre optimiste. « La non-politisation à la base permet de construire une démocratie plus sûre, à condition que le peuple ne soit pas entraîné dans l’engrenage d’un agenda qu’il n’a pas désiré », estime-t-elle.
L’éveil citoyen est donc un enjeu essentiel, que la révolution aura seulement ébauché. Un éveil dont les femmes libyennes promettent d’être les instigatrices.
Un décor, une fausse image...
« Les femmes sont la première étincelle de la révolution libyenne », affirme Mme Hajjaji. Elle rappelle en effet la marche de contestation qu’elles ont effectuée en 1996, après que 1 270 détenus eurent été tués de sang-froid dans la prison d’Abou Salim à Tripoli. Les Libyens avaient alors osé, pour la première fois, s’exprimer, parce que, comme l’explique Mme Hajjaji, « la dictature ne tait pas la pensée, mais c’est la peur qui l’empêche de s’exprimer ». Les Libyens se sont enlisés dans un mutisme, une trappe qui les a « isolés » du reste du monde, précise-t-elle. Elle replonge alors dans les récits sans fin de l’oppression, entretenue au fil des quarante ans du règne de Kadhafi.
Elle témoigne notamment de son activisme qu’elle a dû abandonner sous la dictature. « La protection de la femme n’est qu’un décor, une fausse image que le régime a voulu donner de lui-même », martèle Mme Hajjaji. La preuve de cette propagande est l’expérience qu’elle a vécue au sein de la délégation qui devait représenter la Libye à la conférence de Pékin sur les droits de la femme en 1995. « La pression du régime sur chaque décision que nous devions prendre était telle que je me suis retirée de la délégation », souligne-t-elle.
Psychologue de formation, elle s’est vu confier le soin des célibataires enceintes, dans un centre de maternité. Toutefois, « ces jeunes femmes étaient éventuellement déférées à la caserne locale, où les agents de l’ordre les violaient », ajoute-t-elle, non sans émoi.
Violées devant leurs proches
« J’étais déchirée entre ma volonté d’aider ces femmes et ma contribution indirecte à leur remise aux autorités », confie-t-elle. Ceci l’a poussée à démissionner et à s’investir dans une activité qui la distancie du régime, à savoir l’organisation d’événements. Elle demeurait toutefois attentive aux atteintes continues à la dignité des Libyens, « aux viols des filles, mères et sœurs devant les yeux de leurs proches ! » dénonce-t-elle.
Cet état des lieux n’a pas entamé l’ambition des jeunes, notamment les filles, dans la poursuite de leurs études. Mme Hajjaji affirme que « le taux d’éducation des femmes en Libye est important, mais il reste faible au niveau des hommes, dont le maintien dans un état d’ignorance renforçait la dictature ». Aujourd’hui, la militante libyenne œuvre avec un groupe de femmes à asseoir les bases fermes de leurs droits, parallèlement à la rédaction de la nouvelle Constitution. Une lutte qui vient soutenir « le gouvernement transitoire, encore faible, dans la gestion de la corruption laissée par l’ancien régime ». Une autre lacune que les Libyens devront combler est celle de leur histoire, « longtemps limitée à l’héroïsme factice de Kadhafi ».
Dans le sillage de sa participation au meeting des Forces libanaises, elle a accordé à L’Orient-Le Jour une interview dans laquelle elle a commenté et analysé les défis spécifiques au terrain libyen. Elle souligne d’emblée que « ce n’est pas la crainte de la montée des islamistes qui est le premier obstacle à l’aboutissement de la révolution ». « Les Libyens sont des pratiquants modérés de l’école malikite, connue pour son ouverture et...


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