D’où vient ce climat qui sape les fondations de notre société, empêche notre épanouissement et nous rend tributaires des intérêts des autres avant nos propres intérêts nationaux ? D’où nous viennent donc, de temps à autre, ces turbulences sécuritaires ou politiques ?
C’est tout simplement de notre division et de notre manque de loyalisme pour le Liban. Depuis notre indépendance, nous avons toujours été des partis politiques différents et antagonistes, qui se relayaient au pouvoir avec une machine administrative plutôt probe et une assez bonne gestion de l’État, un minimum de respect mutuel et loin des diatribes hargneuses. Jamais comme aujourd’hui les politiciens ne se sont dégradés, ne se sont insultés, se sont montrés aussi irrespectueux les uns envers les autres. Jamais l’administration n’a été aussi pourrie et paralysée. Jamais la situation économique n’a été aussi désastreuse.
Actuellement, les partis politiques en présence gèrent le pays en se coudoyant férocement pour se faire prévaloir auprès de l’opinion publique. Mais en sourdine, un de ces partis domine les autres par la force de ses armes, de son argent, et l’auréole de sa divine victoire sur notre ennemi commun.
Entre-temps, le pays plonge au plus bas de ses performances. Devant les embûches que le gouvernement peine à résoudre, et devant les politiciens prisonniers de leurs positions diamétralement opposées, c’est le statu quo. Il y a lieu de se demander quelle est la solution de ce dilemme que nous vivons, quand et quelle va en être l’issue.
Beaucoup de Libanais se demandent en présence d’un parti politique libanais (tout autant libanais que bien d’autres) fort (tout aussi fort que l’État lui-même) qui tient les brides du gouvernement par ses armes et ses hommes, si l’on peut vraiment s’en débarrasser et l’obliger à rendre ses armes par la force sans risquer de détruire le pays. Il y a quelques semaines, Nasrallah déclarait haut et fort que, « par la force, personne au monde ne peut nous désarmer ».
Profitons de cette brèche qu’il a entrouverte en direction du dialogue. Faisons-lui confiance et trouvons le moyen de dialoguer calmement, non pas à la table traditionnelle du dialogue où chacun des présents veut, par un moyen ou par un autre, enregistrer un acquis aux dépens de l’autre, mais par l’intermédiaire d’un interlocuteur pur libanais, respecté par tous, accepté par tous, pouvant parler avec toutes les composantes du tissu politique et essayer de sauver le Liban. Qui pourrait être cet interlocuteur capable de mener cette mission mieux que le patriarche Béchara Raï lui-même ?
Émile SFEIR
Ingénieur


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