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Liban : Face au désarroi social, une cascade de grèves

La gestion chaotique des affaires publiques désarçonne l’opinion... et au moins un ministre.

Comme autant de sonneries d’alarme, une cascade de grèves déferle sur le pays, donnant la mesure du désarroi social de la population, que ce soit au niveau des professions libérales, la médecine, l’hospitalisation ou le barreau, ou de celui des « petits métiers » que sont celui des enseignants du primaire ou des employés de l’EDL, ou enfin celui des secteurs mixtes où les propriétaires de sociétés d’importation de carburants côtoient les propriétaires de stations d’essence et les propriétaires de camions-citernes.

 

En fait, le désarroi est autant social que politique. « Y aura-t-il implosion du gouvernement? » se demande-t-on, à voir les ministres se tirer dans les pattes.

La population est en effet surprise, voire choquée, par la désinvolture – et la voracité – avec laquelle les affaires publiques sont conduites, notamment le dossier de l’énergie électrique, et les médias qui amplifient les dossiers, les désorientent un peu plus.

 

C’est peut-être ce qui a poussé hier le Premier ministre, Nagib Mikati, et le ministre de l’Énergie, Gebran Bassil, à corriger le tir, et à montrer qu’en dépit des incohérences et des coups bas, une certaine façade politique continue à tenir bon.

 

« Il n’y aura ni escalade politique ni vote » durant le Conseil des ministres, a-t-on fait savoir dans les cercles proches de M. Mikati, à l’issue de cette réunion et des contacts qui l’ont précédée, « et les divergences apparues sur ce dossier ont été aplanies ».

 

Les remarques de M. Mikati sur le projet d’acheminement de centrales flottantes, défendu par M. Bassil, sont purement techniques et n’ont aucun arrière-plan politique, fait-on encore savoir de même source. La question sera examinée mercredi (demain) en Conseil des ministres, et ce dernier aura toute latitude pour choisir la solution la meilleure.

« Puisque tout le monde veut le bien du pays et l’électricité au moindre coût, je ne vois pas pourquoi on devrait passer au vote », aurait encore assuré le Premier ministre, selon les sources citées, qui précisent que le malentendu entre M. Mikati et son ministre des Finances, Mohammad Safadi, aurait également été aplani.

 

On sait que M. Safadi avait placé sa propre offre dans l’affaire des centrales flottantes, alors même que les plis avaient déjà été ouverts une première fois. Pour sa part, M. Mikati dispose d’une offre de « General Electric » pour la construction d’une centrale produisant 400 mégawatts à un prix de 480 millions de dollars, alors que la location de centrales flottantes coûterait facilement le double.

 

Cette foire d’empoigne et l’épouvantail d’un rationnement de 12 heures durant l’été, agité par M. Bassil, ont poussé le ministre de l’Économie, Nicolas Nahas, proche du président de la République, qui ne se ménage aucun effort pour empêcher l’éclatement du cabinet, à rassurer l’opinion.

 

« Nous ne serons pas plongés dans le noir cet été, a-t-il dit. Il suffira de remettre les travaux d’entretien des centrales qui auraient rendu nécessaire le rationnement, à l’automne », a affirmé M. Nahas, pour rassurer les Libanais qui comptent sur une bonne saison touristique pour renflouer leurs petites caisses.

De son côté, M. Bassil a affirmé que sa visite au Grand Sérail, en tenue « sport », n’a rien à voir avec l’électricité. Par la même occasion, M. Bassil a annoncé qu’il exposera aujourd’hui son plan d’approvisionnement du Liban en énergie, comme s’est permis de le faire hier le Premier ministre.

 

Les avocats

Si le récent rajustement des salaires est à la base des conflits sociaux qui sont apparus dans certains secteurs, notamment celui des hôpitaux et des combustibles, c’est l’épreuve de force opposant le chef de l’État au général Michel Aoun, qui proposent deux personnalités différentes pour la présidence du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui vaut au pays la grogne des avocats... et celle du ministre de la Justice, Chakib Cortbaoui, pourtant proche du Courant patriotique libre.

 

Les avocats et M. Cortbaoui, qui est également avocat, s’inquiètent de la poursuite d’une épreuve de force qui vaut au pays une vacance insolite au niveau de la présidence du Conseil supérieur de la magistrature, et qui lui vaudra une vacance totale au niveau du Conseil même, à partir du 5 juin 2012, si rien n’est fait d’ici là.

M. Cortbaoui a tenu hier la première conférence de presse de sa carrière de ministre, pour annoncer avoir « fait son devoir » et cité le nom d’un magistrat qui pourrait présider le CSM, mais que c’est hélas au Conseil des ministres que revient la décision de le nommer.

 

Par ailleurs, il a annoncé qu’en mai prochain, un mois avant l’expiration du mandat du CSM, il signera un décret nommant cinq nouveaux magistrats comme membres du CSM, qui en compte dix.

Ce décret, a-t-il précisé, n’a pas besoin d’être approuvé en Conseil des ministres et doit seulement être signé par le Premier ministre et le président de la République. Sur les cinq membres restants, trois doivent être désignés par le Conseil des ministres (le président, le procureur général et le président de l’inspection judiciaire) et deux autres élus par leurs pairs.

 

Par ailleurs, au nombre des mesures importantes qu’il se propose de prendre pour assainir la justice, M. Cortbaoui a annoncé qu’il compte procéder aux permutations nécessaires entre les justices civile et pénale, dans le respect de la règle qui veut qu’un juge pénal ne peut rester en poste plus de cinq ans consécutifs. Il a également annoncé la création d’un tribunal à Hammana, pour décongestionner celui de Baabda.

 

Comme autant de sonneries d’alarme, une cascade de grèves déferle sur le pays, donnant la mesure du désarroi social de la population, que ce soit au niveau des professions libérales, la médecine, l’hospitalisation ou le barreau, ou de celui des « petits métiers » que sont celui des enseignants du primaire ou des employés de l’EDL, ou enfin celui des secteurs mixtes où les propriétaires de sociétés d’importation de carburants côtoient les propriétaires de stations d’essence et les propriétaires de camions-citernes.
 
En fait, le désarroi est autant social que politique. « Y aura-t-il implosion du gouvernement? » se demande-t-on, à voir les ministres se tirer dans les pattes.
La population est en effet surprise, voire choquée, par la désinvolture – et la voracité – avec laquelle les affaires publiques...
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