Le campus Hadath-Baabda de l'université antonine.
Geste de défi dénué de subtilité, l’acte de provocation mené par un groupe d’étudiants chiites pro-Hezbollah à l’Université antonine est d’autant plus maladroit qu’il exploite la liberté de culte pour imposer une certaine présence. Or si le vivre-ensemble a toujours été problématique au Liban, les détails qui touchent aux pratiques religieuses, dont la prière est l’expression la plus éthérée, n’ont jamais été mêlés aux affronts, même en temps de guerre.
Les 37 étudiants chiites qui ont pris part, dans la cour intérieure du campus de Hadeth-Baabda, à une prière collective devant le parvis de l’église de l’Université antonine cherchaient d’abord à se faire entendre, d’une manière ou d’une autre, dans un espace dont ils ne sont pas maîtres.
Selon le vicaire du comité directeur supérieur de l’Université antonine, le père Antoine Rajeh, interrogé par L’Orient-Le Jour, « chaque année, quelques étudiants chiites portés par un certain extrémisme parviennent à polariser un petit groupe, pour réclamer en vain à l’administration l’édification d’un lieu de culte ».
Or, comme le rappelle, de manière ferme, le communiqué publié mardi par l’Université antonine et l’ordre maronite des pères antonins duquel elle relève, « la directive émanant de la présidence de l’ordre maronite des antonins ne permet pas de négocier l’aménagement, au sein de l’université, d’un lieu de culte ne relevant pas de sa confession ».
Le père Rajeh explique que ce principe est d’abord fondé sur le respect mutuel. Soucieux d’établir régulièrement un dialogue régulier avec ces jeunes, il leur demandait, pour les convaincre de se rétracter au sujet de leur demande, « s’il est possible d’édifier un lieu de culte chrétien sur le campus de l’Université islamique, à Khaldé par exemple ».
La relation de réciprocité ne se traduit pas par la diversification des lieux de culte aux couleurs des 17 confessions, mais par le respect de l’espace de l’autre. Or ce qui échappe à ces jeunes, c’est que cet espace leur est ouvert, au nom de ce même respect. Croire l’inverse, c’est occulter cette sorte d’équilibre des espaces reconnu par tous. C’est donc voguer à contre-courant des intérêts de toutes les parties, y compris – surtout – du Hezbollah.
Le père Rajeh ne dément pas l’appartenance de ces jeunes au Hezbollah, avant de confier néanmoins, sans donner de détails, que le parti de Dieu « s’est excusé après l’incident auprès de l’administration de l’université ». Toutefois, c’est un mutisme total qu’observe le Hezbollah sur l’affaire, et avec lui l’ensemble de ses alliés. L’incident en soi porte un coup fatal à l’image et à la crédibilité des parties qu’elle risque d’impliquer.
C’est dans ce contexte que des sources proches du Hezb soulignent que ce dernier « ne veut pas se prononcer sur l’affaire, pour ne pas donner la fausse impression d’être en confrontation avec la communauté visée ». Rappelant « les bonnes relations du Hezbollah avec le patriarche maronite », les sources hezbollahies affirment que « si ces jeunes s’avèrent être des membres du Hezb et non de simples sympathisants, le parti prendra de fermes mesures à leur égard ».
Si ces jeunes sont effectivement des membres du Hezbollah, c’est toute la question de la maîtrise par le parti de sa base qui se pose. Soit sa raison d’être se minimise progressivement, après qu’elle eut atteint son apogée en 2006, et de ce fait les nombreux jeunes que le parti a recrutés alors se distancient de l’image de discipline accolée à la « résistance » ; soit le Hezb se convainc de l’incompatibilité de sa nature milicienne avec le terrain libanais, et se résigne auquel cas à une reconversion en simple parti politique.
Pour mémoire
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Les 37 étudiants chiites qui ont pris part, dans la cour intérieure du campus de Hadeth-Baabda, à une prière collective devant le parvis de l’église de l’Université antonine cherchaient d’abord à se faire entendre, d’une manière ou d’une autre, dans un espace dont ils ne sont pas maîtres.
Selon le vicaire du comité directeur...


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