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Âge tendre et cœurs de pierre

Il fut un temps où le terrorisme pouvait faire illusion, faire même recette. Des meurtriers de civils innocents ont ainsi pu accéder au statut de héros de légende. Des États voyous n’ont pas craint de financer et d’héberger ouvertement ces sulfureux réseaux. Et en Occident comme en Orient, maints esprits bien pensants, au risque de paraître justifier l’injustifiable, n’ont voulu voir dans cette monstrueuse forme de combat idéologique que le seul moyen laissé aux faibles et aux opprimés. À l’heure où les diverses sociétés constatent avec effroi leur extrême vulnérabilité face à ce fléau, où maints commanditaires d’hier n’échappent pas eux-mêmes aux coups de leurs anciens protégés, on n’entend plus trop souvent de telles hérésies.

 

D’autant plus odieuse est la tuerie survenue lundi dans une école juive de Toulouse que trois de ses quatre victimes étaient des enfants. Qu’il ait été commis par une organisation à motivation religieuse ou idéologique, ou bien alors par un psychopathe raciste ayant déjà à son actif le meurtre, à Montauban, de trois soldats d’origine maghrébine et antillaise, cet acte insensé a été perçu par la France tout entière, avec une spontanéité qui l’honore, comme une tragédie nationale. Encore plus impressionnante cependant que les hommages étatiques rendus aux victimes, et même que la trêve politique décrétée par les principaux candidats à l’Élysée, est la jonction, elle aussi admirable de célérité, opérée entre les communautés juive et musulmane. Un même et immédiat appel à l’unité nationale sera concrétisé dimanche prochain par une marche silencieuse commune dans Paris : salutaire décision, dans un pays où la question de l’immigration figure en bonne place parmi les thèmes sensibles de la campagne électorale. Mieux que les politiques, les responsables religieux auront œuvré pour que soit évitée toute tentative d’instrumentalisation de cette affaire.Mais qui donc, sur terre, est en mesure d’en interdire à Israël la classique, l’inévitable exploitation ?

 

C’est une tempête de protestations qui saluait hier une déclaration de Catherine Ashton déplorant les tragédies qui se soldent, de par le monde, par des morts d’enfants ; la veille au soir, la chef de la diplomatie européenne avait évoqué l’attentat de Toulouse, le massacre perpétré il y a un an par un désaxé en Norvège, l’hécatombe de jeunes Belges victimes d’un accident d’autocar en Suisse, mais aussi ce qui se passe à Gaza, en Syrie et ailleurs dans le monde. Face au tollé, Mme Ashton aura dû faire le plein de ses ressources diplomatiques pour se défendre d’avoir établi un quelconque parallèle entre ces divers et pénibles dossiers. Il n’en reste pas moins indéniable que toute atteinte délibérée à de jeunes vies relève du plus inexpiable des crimes, quand bien même s’abriterait-elle derrière les vicissitudes de la guerre. Il est patent qu’à Gaza comme d’ailleurs au Liban, l’État hébreu n’a jamais fait dans la protection de l’enfance.

 

Et il n’est pas le seul hélas, dans cette partie du monde. C’est la mise à la torture d’enfants coupables d’avoir tracé à la craie des slogans anti-Assad sur les murs de Deraa qui a déclenché la révolution en Syrie. Et durant l’année écoulée, les spadassins du régime ont eu tout le temps de perfectionner leur inhumaine technique. L’entraînement, la pratique quotidienne, c’est pour eux l’enfance de l’art.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Il fut un temps où le terrorisme pouvait faire illusion, faire même recette. Des meurtriers de civils innocents ont ainsi pu accéder au statut de héros de légende. Des États voyous n’ont pas craint de financer et d’héberger ouvertement ces sulfureux réseaux. Et en Occident comme en Orient, maints esprits bien pensants, au risque de paraître justifier l’injustifiable, n’ont voulu voir dans cette monstrueuse forme de combat idéologique que le seul moyen laissé aux faibles et aux opprimés. À l’heure où les diverses sociétés constatent avec effroi leur extrême vulnérabilité face à ce fléau, où maints commanditaires d’hier n’échappent pas eux-mêmes aux coups de leurs anciens protégés, on n’entend plus trop souvent de telles hérésies.
 
D’autant plus odieuse est la tuerie survenue lundi dans une...