La Dernière

Première ville négrière de France, Nantes assume son passé

Histoire
OLJ
20/03/2012
En inaugurant le 25 mars son mémorial de l’abolition de l’esclavage, Nantes entend assumer son passé de première ville négrière de France, elle qui fut la dernière à armer des bateaux et refuser l’arrêt de la traite au XIXe siècle.
Adossé au quai de la Fosse, bordé de luxueux hôtels particuliers édifiés au XVIIIe siècle grâce à la manne de la traite, le mémorial est un vaste parcours en bord de Loire, tout au long duquel 2 000 plaques de verre, gravées, invitent à un voyage dans le temps. Quelque 1 710 plaques rappellent, avec le nom du navire et sa date de départ, chacune des expéditions négrières armées par des Nantais – 43 % du total des expéditions françaises –, tandis que les 290 autres évoquent les comptoirs négriers, ports d’escale et de vente. Une plaque de verre monumentale, comme jetée en travers du mémorial, symbolise la rupture de l’abolition de l’esclavage dans cette sinistre litanie. Au cœur de l’esplanade, un escalier conduit à un passage souterrain, long de 90 m, tout près de l’eau du fleuve. Selon le souhait du concepteur polonais du mémorial, Krzysztof Wodiczko, « les visiteurs éprouveront l’enfermement que ressentaient les esclaves lors de leur transport maritime ». Ils sont aussi environnés de citations sur l’abolition, l’esclavage, la liberté, destinées à la méditation. Un espace historique leur délivre des repères géographiques et temporels sur l’histoire de la traite.
Néanmoins, le lieu à vocation commémorative ne supplante pas les salles spécifiquement dédiées à l’histoire de la traite et de l’esclavage au sein du musée du château des ducs de Bretagne. Tel un chemin de croix laïc, le parcours de 1,5 km reliant le mémorial au château des ducs a été balisé de onze panneaux signalant des lieux emblématiques, tant pour le fonctionnement de la traite que pour ses retombées économiques. Le député-maire socialiste de Nantes, Jean-Marc Ayrault, principal promoteur de l’idée qu’il avait lancée en 1998 pour les 150 ans de l’abolition, récuse le terme de « repentance ». Pour lui, « la grandeur d’un peuple se mesure à sa capacité à assumer son histoire. Celle d’une société à s’avouer les crimes dont elle porte les traces. Celle de Nantes à avoir su ouvrir les yeux sur son rôle dans l’odieux commerce triangulaire qui fonda une partie importante de sa richesse ».
De 1848 au début des années 1980, Nantes pratiqua pourtant une amnésie active, renforcée par une relative dépression économique, au point que les historiens comme Didier Guyvarc’h parlent d’un véritable « complexe négrier », associant nostalgie d’un « âge d’or » et sentiment de honte. La première tentative de commémoration, avec la création de l’association « Nantes 85, du code noir à l’abolition de l’esclavage », en 1983, avait d’abord suscité la controverse et le refus de subvention de la municipalité d’alors. Les commémorations de l’abolition en France, chaque 10 mai depuis 2006, avec manifestations officielles et « marche des esclaves » – reconstitution costumée d’un défilé d’esclaves dans les îles –, ont peu à peu réinscrit cette histoire dans l’esprit des Nantais.
En décembre 2011, avant que l’inauguration du mémorial ne soit reportée en raison d’imprévus dans les travaux, sur les murs de Nantes, on pouvait lire sur des affiches annonçant le monument : « Le savez-vous ? Au XVIIIe siècle, les expéditions négrières nantaises ont déporté plus de 450 000 Africains. »
            (Source : AFP)

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