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Lifestyle - Réserve De Kalahari

La cité perdue des derniers Bushmen San aux dents « Colgate »...

L’image stéréotypée du petit chasseur musclé en pagne, aux aguets avec sa flèche ou sa sagaie pointée sur le gibier, a fait long feu.

Tout outil ou vêtement traditionnel est devenu objet de marchandise. Stephane de Sakutin/AFP

Après quinze ans d’une bataille sans merci entre les Bushmen San et l’État du Botswana, l’eau commence à revenir dans le Kalahari. Mais ce mince filet de vie n’est pas près d’inverser l’exode d’un peuple, dont la légendaire civilisation du désert semble appartenir désormais au passé.
La plupart habitent désormais aux portes de la réserve, dans des villages neufs semblables à toutes les communes rurales du Botswana, peuplés d’ânes, de poules, équipés d’écoles, de bâtiments administratifs mais pas d’électricité. La pénurie d’eau et le manque d’emplois y sont les deux principaux problèmes. Quant à ceux qui vivent encore en brousse, les huttes de branchages en forme d’igloo végétal témoignent par contre de la survivance de techniques d’habitat ancestral.
Mais l’image stéréotypée du petit Bushman musclé en pagne, aux aguets avec sa flèche ou sa sagaie pointée sur le gibier, a fait long feu. Et s’ils servent encore d’ambassadeurs touristiques sur les dépliants édités par les hôtels ou l’office du tourisme national, aucun des San dans la réserve ne risque de confondre une bouteille de coca avec un objet divin, comme dans le sympathique film à succès de 1980 Les Dieux sont tombés sur la tête.
À Molapo, l’un des fiefs du mouvement de libération bushman situé au cœur de la réserve, la sédentarité est la règle, et la collection de jerricans en plastique entreposés sur place donnerait le tournis à quiconque croirait encore que les San recueillent l’eau dans des œufs d’autruche. Moins d’une dizaine de familles vivent là, avec basse-cour, ânes, chèvres, chevaux et petites plantations de maïs, en haillons, pieds nus ou chaussés de vieilles sandales, accablés d’ennui et de chaleur, otages des sables et d’un combat qui n’est plus le leur.
Interrogé pour savoir pourquoi ils sont ici, et non dans les trois villes nouvelles bâties par le gouvernement, Joginah, une adolescente, commence par répondre, comme sur commande : « Parce que c’est la terre de nos ancêtres. » Mais elle avoue ensuite qu’elle « n’aime pas être ici, il y a des sorcières et des esprits ». Elle est l’une des rares qui parlent anglais et concède que l’école lui manque, même si elle a souffert des préjugés tenaces à l’encontre des San. « Ici, en brousse, on travaille », dit-elle.
Loin de nobles considérations sur la terre sacrée ou les ancêtres, Rebecca, chef du village par intérim, explique très prosaïquement que vivre dans le Kalahari permet de trouver de tout, sans dépenser un pula, et d’être au calme. « À Ghanzi, il y a de la bagarre et de la boisson, tandis qu’ici, il n’y a pas de bruit », dit-elle. Quant à son mari, Roy Sesana, l’homme à la coiffe d’oryx qui parcourait le globe dans les années 2000 pour défendre le droit de rester dans le Kalahari, il est tout simplement devenu un intermittent de la cause.
Les limites de la réserve ont été tracées en 1961 par les Britanniques, alors fascinés par ces descendants des premiers habitants de l’Afrique australe dont le mode de vie semblait à la fois si proche de l’âge de pierre et si subtilement adapté à l’environnement semi-aride de la zone et riche de spiritualité. Mais qui peut dire qu’il sait encore équarrir une bête à la pierre taillée ? Les plus âgés seulement, répond une chercheuse de l’université sud-africaine de Wits, Lucida Backwell. À Molapo, d’une hutte à l’autre, ce qu’il reste de vêtements ou d’outils traditionnels est devenu marchandise : flèche de chasse, tabliers de peau brodés de perles, grelots de pied en cocons de papillon de nuit emplis de graines, coiffes en peau, colliers en perles d’écaille d’œuf d’autruche. Tout ce bel artisanat ne sert plus à se faire beau ou à rehausser des danses nocturnes au coin d’un feu, mais à gagner l’argent indispensable à d’autres besoins et sera vendu à des échoppes touristiques.
La pharmacopée à base de plantes semble aussi un lointain souvenir pour les jeunes mères interrogées, que l’idée d’accoucher sans médecin et selon des méthodes naturelles n’effleure pas. Toutes vont à l’hôpital hors de la réserve. L’une montre fièrement sa cicatrice de césarienne. Quant à leur secret pour garder les dents blanches, Rebecca indique, laconique, c’est « Colgate »...
(Source : AFP)
Après quinze ans d’une bataille sans merci entre les Bushmen San et l’État du Botswana, l’eau commence à revenir dans le Kalahari. Mais ce mince filet de vie n’est pas près d’inverser l’exode d’un peuple, dont la légendaire civilisation du désert semble appartenir désormais au passé.La plupart habitent désormais aux portes de la réserve, dans des villages neufs semblables à toutes les communes rurales du Botswana, peuplés d’ânes, de poules, équipés d’écoles, de bâtiments administratifs mais pas d’électricité. La pénurie d’eau et le manque d’emplois y sont les deux principaux problèmes. Quant à ceux qui vivent encore en brousse, les huttes de branchages en forme d’igloo végétal témoignent par contre de la survivance de techniques d’habitat ancestral.Mais l’image stéréotypée du...
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