C’était ainsi que j’avais remercié Jean-Claude dans la page réservée à cet effet et qui existe dans toute thèse doctorale. C’était en 2008. Je le lui ai simplement dit, quelques mois plus tard. Je n’ai toujours pas changé d’avis sur ce que j’avais écrit.
Je m’appelle Clark, et Jean-Claude m’avait surnommé Clarkobus, sobriquet qu’il n’avait jamais abandonné et qui me faisait souvent sourire.
Oui, j’ai connu Jean-Claude. Enfin, autant qu’on peut connaître quelqu’un quand on travaille avec lui et avec qui on partage beaucoup de choses. Après avoir travaillé dans son agence de publicité, Inter-Régies à l’époque, j’ai continué à le faire en retapant sur mon ordinateur les textes de ses ouvrages, qui ne racontaient pas seulement sa vie, mais aussi une partie de la petite histoire de l’histoire du Liban. J’ai connu avec lui des moments inoubliables à travers ce qu’il écrivait, et ri avec lui sur nombre d’anecdotes qu’il racontait. Je n’exagérerais pas si je disais que, quelque part aussi, je relis l’histoire du Liban à travers lui.
J’ai senti avec lui le sentiment du bâtisseur à travers son premier livre, La Télé, quelle histoire !. Dans ce livre, l’épopée de la communication audiovisuelle libanaise, ses succès, ses échecs et j’ajouterais ses regrets, était étalée sous mes yeux, et j’avais découvert un visage de mon pays que je n’avais jamais imaginé, que je n’avais jamais connu.
Dans le second ouvrage, La Télé, quel enfer, ce sentiment s’est confirmé quand il exposait ses projets, ses difficultés et ses déceptions. Dans ce livre, ce n’était plus le bâtisseur, mais un Don Quichotte qui se lançait au secours d’une télévision qui avait fait l’histoire de la communication au Liban et au Moyen-Orient. Le ton avait changé. Il n’y avait plus l’enthousiasme de la création, mais de l’amertume, de la déception. Beaucoup d’amertume. Beaucoup de déception. Combien l’angoisse, l’inquiétude et la souffrance ont partagé ses nuits et accompagné ses jours ? J’ai ressenti un pincement au cœur et je n’ai pu m’empêcher de penser : « Comme ils sont petits ces gens anticulture, et comme ils sont grands ces Libanais quand ils s’engagent dans une cause à laquelle ils croient et pour laquelle ils vivent. »
À travers ces deux ouvrages, j’avais cru lire l’histoire d’un combattant qui avait mené maintes batailles, qui avait gagné, qui avait perdu aussi, et qui s’était retiré un peu à la De Gaulle, un peu à la Patton. Ce combattant, on l’a rappelé car on avait besoin de lui. C’était l’homme capable. C’était l’homme de la situation. Mais pourquoi l’avait-on rappelé ? Était-ce pour porter l’hallali à un média qui avait donné à la postérité les images vivantes et inoubliables de l’histoire moderne du Liban ? Était-ce pour prouver qu’aucun Libanais n’était digne d’être cité parmi les vainqueurs ? Un piège ! Un piège pour tous ceux qui oseraient prétendre à la renommée, à la réussite.
Et puis, il y a eu Recueils, son troisième et dernier ouvrage, en huit volumes. Quelle différence ! Quelle vérité dans ce que l’on lit ! Quelle finesse aussi dans une présentation qui n’est pas une imposition de quelque chose, d’un point de vue ou d’une opinion, mais d’une vie qu’on a vécue inconsciemment mais que lui avait vécue réellement, qu’il relatait avec tant d’aisance et qu’il nous faisait partager avec un humour dont il avait seul le secret.
Huit livres qui continuaient l’aventure du Liban. Quel plaisir de les composer, de les lire ! Chacun d’entre eux apporte une page de cette aventure.
« Aventure ? direz-vous sûrement. Non ! »
« Si ! vous répondrais-je, car la muse qui a animé sa plume, n’était-elle pas le Liban ? N’est-il pas ce rêve que nous vivons tous ? N’est-ce pas pour lui que nous avons tant souffert ? Que nous avons tant espéré ? N’est-ce pas là la plus belle aventure que l’on puisse vivre ? »
Merci Jean-Claude pour m’avoir fait l’honneur de participer à écrire avec toi ces pages historiques. Je relis avec joie les quelques lignes que j’avais ajoutées ici et là, et qui souvent soutenaient et renforçaient ce que tu avais écrit. Des années plus tard, j’ose encore croire à une certaine complicité entre nous, sinon à une grande amitié. Cet esprit de résilience qui t’animait constamment, beaucoup aimeraient l’avoir. Moi aussi. Je ne regrette pas un instant, pas une seconde, le travail de composition de ces trois ouvrages. Cela a été une remarquable expérience, une merveilleuse aventure. J’en suis sorti plus riche culturellement.
Beaucoup diront que Jean-Claude laisse un vide. Peut-être. Mais ce vide se comblera au fil des ans. Pour moi, il n’y aura pas de vide. Je sais qu’il restera présent dans mes cours, dans mes recherches, dans mes exposés, dans mes conférences, dans mes articles... Je parlerai de lui à mes étudiants.
Merci Jean-Claude. Merci de m’avoir donné l’occasion de travailler et de vivre avec un homme de culture.
Je n’oublierai pas.
Clark KHADIGE
Professeur d’université


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