L’opposition syrienne a très lourdement critiqué hier Kofi Annan après ses déclarations sur la non-militarisation du conflit.Amr Abdallah Dalsh/Reuters.
L’émissaire de l’ONU et de la Ligue arabe pour la Syrie Kofi Annan a estimé hier qu’une plus grande militarisation du conflit allait aggraver la situation dans le pays et appelé l’opposition à coopérer avec les efforts internationaux pour parvenir à une solution à la crise.
Arrivé mercredi au Caire, M. Annan, qui a dirigé les Nations unies entre 1997-2006, doit préparer sa première visite à Damas prévue samedi – pour laquelle il sera accompagné par son adjoint, l’ancien ministre palestinien des Affaires étrangères Nasser el-Qidwa – et accueillie favorablement par le régime syrien. « Nous devons faire attention de ne pas recourir à un remède qui soit pire que le mal », a expliqué M. Annan, en s’adressant à des journalistes au Caire après des discussions avec le chef de la Ligue arabe Nabil el-Arabi. L’ancien secrétaire général de l’ONU a donc insisté dans sa mise en garde contre un « possible impact de la Syrie sur la région s’il y avait une quelconque erreur de calcul », soulignant que les efforts diplomatiques devaient se poursuivre. « Nous ferons tout notre possible pour appeler et pousser à la cessation des hostilités et à la fin du bain de sang et de la violence. Le peuple syrien mérite mieux que cela. C’est un peuple ancien et courageux qui est pris au piège », a-t-il ajouté.
Les propos de Kofi Annan ont été lourdement critiqués par plusieurs opposants syriens, pour qui les appels au dialogue ne font que donner davantage de temps à Bachar el-Assad pour mener la répression à son terme. Burhan Ghalioun, le chef du Conseil national syrien (CNS), principal représentant de l’opposition, a ainsi déclaré hier qu’une « solution politique ne saurait être appliquée sans un appui militaire ». « Ça ressemble à un clin d’œil à Assad », a également fustigé un activiste de la province d’Idleb. Et au sein de l’Armée syrienne libre (ASL), un officier estime que les initiatives diplomatiques ont démontré leur incapacité à régler la situation. « Lorsqu’elles échouent, aucune action n’est entreprise contre le régime, et c’est pourquoi l’opposition doit s’armer contre le bourreau », a-t-il dit.
Kofi Annan a aussi eu un entretien avec le ministre égyptien des Affaires étrangères Mohammad Amr. Une « explosion » de la situation en Syrie « n’aurait pas seulement des conséquences internes, mais se propagerait à l’ensemble de la région », a insisté ce dernier selon son porte-parole. M. Amr avait déjà mis en garde mercredi contre une guerre civile en Syrie si des armes étaient fournies à l’opposition, idée à laquelle certains pays arabes comme le Qatar et l’Arabie saoudite s’étaient montrés favorables.
La nuance de Gül
Tout en continuant à écarter une option militaire, le Royaume-Uni n’a pas exclu hier de fournir davantage d’ « aide technique » à l’opposition syrienne, selon le ministre britannique des Affaires étrangères William Hague, même si ce dernier a estimé qu’il y aurait des « difficultés logistiques » à fournir une telle aide à des groupes à l’intérieur du pays et reconnu qu’il y avait un risque de voir les équipements se retrouver entre les mains de combattants d’el-Qaëda. Mercredi, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta avait redit qu’une intervention militaire américaine était exclue en Syrie, tout en indiquant que les États-Unis envisageaient de fournir à l’opposition syrienne une « panoplie d’assistance non létale », en répondant à une question sur la fourniture d’équipements de communication.
Dans ce contexte, le président turc Abdullah Gül, en visite en Tunisie, a par contre déclaré, dans une déclaration hypernuancée et au fond inédit, que son pays était hostile à toute action militaire en Syrie de la part de pays « extérieurs » au Moyen-Orient. Il a de nouveau averti dans la foulée le président Assad qu’aucun gouvernement ne pouvait survivre à l’usage de la force contre son propre peuple.
La Tunisie a fait savoir de son côté qu’elle était prête, le cas échéant, à participer à une force de paix panarabe en Syrie, dont l’idée a été avancée par le Qatar lors de la conférence inaugurale du groupe des Amis de la Syrie, réuni fin février à Tunis. Mais Tunis rejette également l’idée d’une intervention extérieure et Moncef Marzouki, qui a proposé l’asile à Bachar el-Assad, a souligné que la meilleure solution était d’obtenir le départ négocié du dirigeant syrien suivi d’un processus de transition politique, notamment avec l’aide de la Chine et de la Russie.
L’appel de Pékin à Damas
Cette dernière reste toutefois inflexible face aux pressions des pays occidentaux et arabes qui lui réclament davantage de fermeté à l’égard de son allié syrien et elle n’entend pas changer de position après l’élection de Vladimir Poutine au Kremlin.
Cette intransigeance a été réitérée avant une réunion sur la Syrie samedi au Caire où le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov rencontrera ses homologues des pays de la Ligue arabe et dont certains se sont montrés très critiques à l’égard de la position de Moscou sur le conflit syrien. Cette rencontre pourrait être une « importante opportunité de faire une analyse approfondie de la situation » et apporter « d’intéressantes idées qui pourront ensuite être mises en avant dans un contexte international plus large », a estimé M. Lavrov. Mais Moscou a déjà prévenu que le nouveau projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU exigeant un accès humanitaire aux villes syriennes n’était pas équilibré et ressemblait à un précédent document auquel la Russie avait mis son veto, de même que la Chine.
De ce côté, l’émissaire chinois en Syrie a demandé au gouvernement de Bachar el-Assad de mettre immédiatement fin aux violences et d’aider l’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à envoyer de l’aide dans les zones touchées par les combats, apprenait-on hier de source gouvernementale. Li Huaxin a aussi fait part aux autorités de Damas du soutien de Pékin à un dialogue entre le gouvernement syrien et l’opposition sous l’égide de l’ONU et de la Ligue arabe, a précisé un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Une résolution de l’Unesco
Et pour la première fois depuis le début du conflit syrien, l’Unesco, l’organisation culturelle des Nations unies, a fait un geste significatif hier en condamnant la Syrie pour sa répression du soulèvement de l’opposition depuis un an, sans toutefois l’exclure de son comité des droits de l’homme comme le souhaitaient certains pays. La résolution, soumise par l’Arabie saoudite, la Grande-Bretagne et d’autres pays, critique Damas pour sa « violation systématique et à grande échelle des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Trente-cinq pays ont approuvé la résolution, huit ont voté contre, quatorze se sont abstenus et un était absent.
Arrivé mercredi au Caire, M. Annan, qui a dirigé les Nations unies entre 1997-2006, doit préparer sa première visite à Damas prévue samedi – pour laquelle il sera accompagné par son adjoint, l’ancien ministre palestinien des Affaires étrangères Nasser el-Qidwa – et accueillie favorablement par le régime syrien. « Nous devons faire attention de ne pas recourir à un remède qui soit pire que le mal », a expliqué M. Annan, en s’adressant à des journalistes au Caire après des discussions avec le chef de la Ligue arabe Nabil...



La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron