Dans cette photo tirée d’une vidéo YouTube, le quartier de Bab Tadmur, à Homs, paraît dévasté par les combats. Photo AFP/YouTube
Le vice-ministre du Pétrole syrien a annoncé hier sa défection, devenant le premier responsable gouvernemental à rejoindre les rangs de l’opposition en un an de révolte.
« Moi, l’ingénieur Abdo Hussameddine, vice-ministre du Pétrole (...) j’annonce ma démission (...). Je rejoins la révolution du peuple qui rejette l’injustice et la campagne brutale du régime », a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur le site YouTube. L’ancien ministre, passé dans la clandestinité pour sa sécurité, a dans le même temps appelé les autres membres du gouvernement à abandonner « un bateau qui coule », expliquant ne pas souhaiter finir sa vie « au service d’un régime criminel ».
Dans son message, Abdo Hussameddine s’en prend également à la Russie et à la Chine, les accusant d’être « complices des assassinats » de Syriens, étant donné que la Russie, qui fournit des armes à Damas, et la Chine ont bloqué à deux reprises des résolutions de l’ONU condamnant la répression en Syrie.
Burhan Ghalioun, le chef du Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l’opposition, a salué cette démission, appelant lui aussi d’autres responsables et fonctionnaires du régime à en faire de même. Un autre membre du CNS, Samir Nachar, a également salué cette défection, estimant qu’elle représente le début de l’effondrement du régime et que Bachar el-Assad doit « connaître le même sort que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi pour les massacres commis contre les Syriens ».
Washington a de son côté réagi plus prudemment en estimant que l’annonce de cette démission serait « une très bonne nouvelle », si elle était confirmée.
Et en cours de soirée, quatre généraux ont annoncé avoir quitté les rangs de l’armée régulière pour rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL), composée de militaires dissidents.
62 personnes tuées hier
Sur le terrain, plus de soixante personnes ont été tuées hier dans les violences, selon des militants et la chaîne al-Jazira, dont plusieurs familles et 44 personnes exécutées à Homs. Plus encore, un éminent avocat défenseur des droits de l’homme, Omar Qandarji, a été arrêté à Homs, selon des militants.
Une fillette a aussi été tuée dans la province d’Idleb, où une opération militaire d’envergure est redoutée après l’arrivée de nouveaux renforts de l’armée, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Les médias gouvernementaux ont justifié ce déploiement de troupes en évoquant la présence dans la région de « groupes terroristes armés ».
Selon Milad Fadl, un militant local de l’opposition, le régime a en outre appelé les « rebelles de l’Armée syrienne libre à rendre les armes, dans des messages diffusés via les haut-parleurs des mosquées ou par le biais de dirigeants locaux », tandis que de nombreux habitants ont fui les villages de la région. Selon l’opposition, des centaines auraient fui vers la Turquie voisine.
Deux personnes ont d’autre part été tuées lors d’affrontements dans la ville de Mayadine dans la province de Deir ez-Zor, a indiqué Rami Abdel Rahmane, le chef de l’OSDH, alors que les forces de sécurité menaient une campagne de perquisitions et d’arrestations dans cette région, selon l’organisation basée en Grande-Bretagne. Et autour de Rastane, des salves de roquettes auraient été tirées par l’armée loyaliste, ainsi que près de l’hôpital gouvernemental.
À Damas, des dizaines de personnes ont été arrêtées, et certaines molestées, après des funérailles qui se sont transformées en manifestation antirégime dans le quartier de Mezzeh, ont rapporté des militants. Les forces de sécurité syriennes ont alors ouvert le feu, tirant à balles réelles sur le cortège funèbre et faisant trois blessés, ont indiqué des militants de l’opposition.
Dans la province d’Alep, deux bâtiments des forces de sécurité syriennes ont été touchés hier par des explosions dans la ville d’Aazaz, où de violents combats opposent l’armée syrienne et les dissidents, a annoncé l’OSDH. Mohammad el-Halabi, un militant d’Alep, a indiqué que l’Armée syrienne libre était à l’origine des explosions. « Aazaz a subi toute la journée de (mercredi) un bombardement intense des forces syriennes. Les combattants dissidents ont mené des représailles en faisant exploser deux bâtiments des forces de sécurité », a-t-il expliqué. Plusieurs manifestations contre le régime ont eu lieu mercredi soir dans divers quartiers d’Alep, selon M. Halabi, ajoutant qu’hier à l’aube, les forces gouvernementales ont investi certaines parties de la ville pour y arrêter des dizaines de personnes.
Réunion sur l’aide humanitaire à Genève
Dans le même temps, la responsable des opérations humanitaires de l’ONU, Valerie Amos, qui quitte aujourd’hui le territoire syrien, négociait toujours un accès sans entrave aux populations civiles. Mercredi, elle avait pu entrer brièvement dans le quartier de Baba Amro, à Homs, bastion de la révolte pris par les forces gouvernementales le 1er mars après des semaines d’intenses bombardements. Selon Mme Amos, la zone est « totalement dévastée ». Elle a aussi confié avoir été « anéantie » par ce qu’elle a vu à Baba Amro. « Les dégâts sont considérables, ce quartier de Homs est complètement détruit et je m’inquiète de ce que sont devenus les gens qui y vivaient », a-t-elle ajouté.
Parallèlement, une réunion de coordination sur l’aide humanitaire internationale pour la Syrie s’est ouverte hier à Genève. La réunion est présidée par le directeur de la division et de la coordination de l’aide humanitaire de l’ONU John Ging, et elle regroupe les représentants des États membres, des organisations régionales, telles que la Ligue arabe et la Commission européenne, des ONG, dont le CICR, et des agences de l’ONU, comme le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).
Les États-Unis ont annoncé que leur contribution passait de 10 à 12 millions de dollars. La France également a décidé de « consacrer un million d’euros supplémentaires au fonds d’urgence humanitaire pour la Syrie, qu’elle a créé le 14 février », a annoncé hier le ministère français des Affaires étrangères. Cette aide, qui veut répondre à « la gravité de la situation humanitaire en Syrie », vient s’ajouter au million d’euros déjà dégagé au moment de la création du fonds, qui vise à financer les actions de l’ensemble des organisations et associations voulant venir en aide au peuple syrien. « L’accès humanitaire aux populations civiles victimes de la répression constitue un impératif », a ajouté dans une déclaration le porte-parole du ministère Bernard Valero.
Toujours sur le plan humanitaire, les Nations unies sont en train de constituer des réserves de nourriture suffisantes pour aider un million et demi de Syriens dans le cadre de leur plan d’urgence, a-t-on appris hier auprès de l’ONU.
15 000 « terroristes » étrangers en Syrie, affirme Moscou
Notons par ailleurs qu’un diplomate russe, Mikhaïl Lebedev, représentant adjoint de la Russie à la mission de l’ONU à Genève, a affirmé hier que le président Bachar el-Assad « lutte contre des terroristes soutenus par el-Qaëda, dont au moins 15 000 combattants étrangers qui n’hésiteront pas à s’emparer des villes syriennes si l’armée s’en retire ».
Prenant la parole lors du forum humanitaire consacré à la Syrie, il a indiqué que « les rebelles s’étaient récemment livrés à de nombreuses attaques contre des infrastructures syriennes, notamment des écoles et des hôpitaux ». Il n’a pas précisé si les autorités russes fourniraient à l’ONU la preuve de ses accusations selon lesquelles des rebelles pratiqueraient des actes de torture.
Signalons enfin que le Premier ministre libyen Abdel Rahim el-Kib a assuré hier ne « pas être au courant » de l’existence d’un camp d’entraînement pour des rebelles syriens dans son pays, comme l’avait affirmé la veille l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, qui avait accusé mercredi le gouvernement libyen d’abriter un tel camp d’entraînement.
« Moi, l’ingénieur Abdo Hussameddine, vice-ministre du Pétrole (...) j’annonce ma démission (...). Je rejoins la révolution du peuple qui rejette l’injustice et la campagne brutale du régime », a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur le site YouTube. L’ancien ministre, passé dans la clandestinité pour sa sécurité, a dans le même temps appelé les autres membres du gouvernement à abandonner « un bateau qui coule », expliquant ne pas souhaiter finir sa vie « au service d’un régime criminel ».
Dans son message, Abdo Hussameddine s’en prend également à la Russie et à la Chine, les accusant d’être « complices des...

