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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Le souk du dimanche

Retour rapide sur ce singulier dimanche où se sont côtoyées sans incident majeur, dans le centre de Beyrouth, deux manifestations rivales encadrées par la maréchaussée. Interdire les deux démonstrations par crainte de débordements revenait pour l’État à s’oblitérer lui-même ; en les autorisant au contraire après s’être armé d’un luxe de précautions, il aura assumé, une fois n’est pas coutume, le rôle qui est le sien : respect des libertés telles que garanties par la Constitution mais détermination, aussi, à préserver l’ordre public. Que les deux champions du débat national tournant autour de la Syrie (courant du Futur et Hezbollah) aient tiré leur épingle du jeu n’est certes pas étranger à tant de réconfortante assurance. Il n’empêche que le ministre de l’Intérieur a bel et bien gagné son pari ; puisse-t-il faire preuve d’autant d’efficacité face à une criminalité galopante et une sécurité routière carrément inexistante !

Qui se ressemble s’assemble, bien que les tristes vedettes du jour étaient fort judicieusement séparées par des rangs de barbelés. Quel rapport, s’écriera-t-on, entre baassistes laïcs et salafistes sunnites ? C’est simple : à des degrés divers, ils se réclament tous deux du passé, un passé révolu ou en voie de l’être, pour proposer, avec une bonne dose d’insolence, de peu séduisants programmes d’avenir. Dès lors, les uns et les autres font plus de tort que de bien à la cause qu’ils prétendent défendre.

Être salafiste, c’est œuvrer à l’avènement d’une société régie par les mêmes lois qui étaient en vigueur à l’époque du Prophète. Or ce n’est certes pas par des moyens pacifiques qu’un tel objectif peut être atteint, et on ne prendra pas pour argent comptant l’adresse de cheikh Assir aux chrétiens les adjurant de s’accrocher à leur sol libanais. La même règle de puissance vaut d’ailleurs pour un Hezbollah tirant gloire de son allégeance à une médiévale théocratie, et qui jamais n’aurait acquis sa stature actuelle sans le formidable arsenal qu’il détient sous couvert de résistance à l’ennemi israélien. Le plus stupéfiant, le plus grave aussi, est que pour nous forcer à remonter les siècles, les plus remuants des nostalgiques du passé puisent sans vergogne dans cet autre et prodigieux arsenal que met à leur disposition la technologie moderne. Si les amish d’Amérique ne dérangent personne en persistant à préférer la carriole au 4X4 et la lanterne sourde à l’ampoule électrique, le terrorisme est loin de dédaigner Internet, et un Ben Laden a même réussi à transformer en missiles des avions de ligne pour abattre les symboles jumeaux de la puissance économique et financière des États-Unis.

Pas très laïc, dans les faits, est quant à lui ce parti de la Renaissance arabe arraisonné depuis des décennies par une minorité précise monopolisant les principaux leviers du pouvoir. Pas davantage très arabe, ce Baas ne résistant à Israël que par procuration, obnubilé par son rêve de Grande Syrie, persécuteur du Liban comme des Palestiniens, en rupture quasi totale désormais avec son environnement et maintenu à bout de bras par l’Iran et la Russie. Quant aux slogans qu’arbore le régime de Damas, que l’on demande donc aux populations de Syrie quelle autre liberté il leur reste que celle de choisir entre la soumission, les bombes et la torture, quelle sorte de socialisme peut leur procurer la mafia d’affaires gravitant autour du régime.

Que ces deux aberrations, la salafiste et la baassiste, aient eu l’opportunité de s’extérioriser de la sorte – mieux encore, de le faire en même temps et lieu – était, à tout prendre, une aubaine. Ce qu’on a vu là, c’est les deux faces d’une même monnaie qui ne peut – ou ne peut plus – avoir cours, chez nous comme à côté.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Retour rapide sur ce singulier dimanche où se sont côtoyées sans incident majeur, dans le centre de Beyrouth, deux manifestations rivales encadrées par la maréchaussée. Interdire les deux démonstrations par crainte de débordements revenait pour l’État à s’oblitérer lui-même ; en les autorisant au contraire après s’être armé d’un luxe de précautions, il aura assumé, une fois n’est pas coutume, le rôle qui est le sien : respect des libertés telles que garanties par la Constitution mais détermination, aussi, à préserver l’ordre public. Que les deux champions du débat national tournant autour de la Syrie (courant du Futur et Hezbollah) aient tiré leur épingle du jeu n’est certes pas étranger à tant de réconfortante assurance. Il n’empêche que le ministre de l’Intérieur a bel et bien gagné son...
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