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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

La revanche du symbole

Il n’est rien de plus entêté – et entêtant – qu’un symbole. Même fracassé, il n’en devient parfois que plus emblématique car il confine alors à la légende, et peut encore rebondir et finir par vous éclater, tôt ou tard, à la figure. C’est à cette catégorie de mythes increvables qu’appartient le réduit de Baba Amr dans la cité martyre de Homs, assiégé et bombardé sans répit depuis près d’un mois et pris d’assaut jeudi par les spadassins du régime baassiste.

Aux plans militaire et stratégique, ce développement est incontestablement un coup dur pour l’opposition au régime de Bachar el-Assad. Avec la chute de ce bastion de la révolution, toute voie de communication passablement sûre se trouve en effet sectionnée entre les diverses zones rebelles, notamment entre les deux importants foyers d’Idlib et de Deraa. Il reste que dans tout conflit interne, la supériorité militaire, pour criante qu’elle puisse être, ne suffit pas toujours pour clore le débat. Toute rébellion ou révolution recèle une bonne part d’irrationalité : celle-là même qui porte les opprimés à décréter que c’est assez comme cela et à descendre dans la rue pour y affronter dans un premier temps matraques, grenades lacrymogènes et canons à eau avant d’en venir un jour aux canons tout court car au point où en sont arrivées les choses, il n’ y a plus beaucoup à perdre. Baba Amr n’avait pas fini de brûler, les perquisitions s’y poursuivaient encore à la recherche des déserteurs de l’armée qui s’y étaient retranchés (et qu’attendent probablement d’inhumaines tortures) que par milliers les manifestants en colère défilaient dans les rues, bravant une meurtrière pluie de balles et de roquettes.

Les aléas de la confrontation plutôt que la certitude d’effroyables représailles futures : ce seuil de non-retour qu’a franchi la révolution n’est pas à vrai dire un fait nouveau, et le sanglant épisode de Homs, aggravé par le criminel acharnement visant les journalistes étrangers, n’aura fait qu’en confirmer l’opiniâtre réalité. Vainqueur d’un jour sur la scène militaire, le régime essuie néanmoins des pertes substantielles sur deux autres tableaux, non moins importants.

 

L’irruption sur la scène des opérations de Maher el-Assad, frère cadet du président syrien et commandant de la tristement célèbre 4e brigade, n’a pas seulement forcé l’issue de la bataille : à la faveur d’un sinistre flashback, elle a ravivé dans la conscience collective des Syriens le syndrome de Hama, cette ville que rasait, il y a exactement 20 ans, Rifaat el-Assad, lui aussi frère à tout faire du président de l’époque et chef des non moins célèbres Brigades de défense.

Dix mille, vingt mille, trente mille tués ? On ne le saura sans doute jamais car c’est en vase clos, faute de circulation instantanée de l’information, qu’avait eu lieu, en ce temps-là, le massacre. Or, avec la profusion de témoignages vidéo, ce n’est plus guère le cas pour les héritiers, qui sont déjà en mesure de revendiquer vaillamment un score de plus de 8 000 morts. Bien sûr, ce grave problème d’image n’ôte guère le sommeil à la présente génération de gouvernants syriens. Mais pour un Occident qui semble plus enclin à discourir qu’à agir, et même pour certains amis fidèles du régime, un autre seuil est en voie d’être atteint : celui de la tolérance. L’Union européenne en est à réclamer une intervention de la justice internationale pour crimes de guerre, et pour la première fois depuis la crise de Suez de 1956, la France a fermé son ambassade à Damas. De leur côté, la Russie et la Chine, ces deux invétérés manieurs de veto, n’ont pu que souscrire ainsi à la résolution de l’ONU appelant les autorités syriennes à autoriser une aide humanitaire.

L’humanitaire, c’est bien connu, les bourreaux de Homs n’y comprennent goutte. Ils n’ont pu pourtant que s’incliner bien qu’en traînant les pieds. En bloquant les secours, hier, aux portes de l’infortuné Baba Amr.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Il n’est rien de plus entêté – et entêtant – qu’un symbole. Même fracassé, il n’en devient parfois que plus emblématique car il confine alors à la légende, et peut encore rebondir et finir par vous éclater, tôt ou tard, à la figure. C’est à cette catégorie de mythes increvables qu’appartient le réduit de Baba Amr dans la cité martyre de Homs, assiégé et bombardé sans répit depuis près d’un mois et pris d’assaut jeudi par les spadassins du régime baassiste.Aux plans militaire et stratégique, ce développement est incontestablement un coup dur pour l’opposition au régime de Bachar el-Assad. Avec la chute de ce bastion de la révolution, toute voie de communication passablement sûre se trouve en effet sectionnée entre les diverses zones rebelles, notamment entre les deux importants foyers...
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