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À La Une - L'orient Littéraire

Pour une "intifada de la paix"

Samir Frangié

«La crise, c’est quand l’ancien se meurt et que le nouveau peine à émerger. » Cette citation d’Antonio Gramsci résume bien la situation que nous vivons : un monde ancien qui s’effondre avec le printemps arabe et la révolution syrienne, et un nouveau monde qui ne parvient pas à naître.

 

Et cette crise est d’autant plus difficile à gérer qu’elle a pris tout le monde au dépourvu. Personne ne pouvait prévoir que la victoire de la Syrie et de l’Iran, marquée par la chute du gouvernement de Saad Hariri, allait être d’aussi courte durée. Les dirigeants syriens qui voulaient venger l’humiliation que les Libanais leur avaient fait subir le 14 mars de l’année 2005 se retrouvent le 15 mars de l’année 2011 confrontés à un soulèvement populaire sans précédent dans l’histoire de la Syrie. L’Iran qui œuvrait à devenir le représentant du monde musulman dans le nouvel ordre mondial n’est pas dans une meilleure situation, miné de l’intérieur par des conflits au sein même du pouvoir et marginalisé à l’extérieur par un printemps arabe qui rejette toute forme de tutelle.

 

Le Hezbollah qui avait, avec la formation du gouvernement de M. Mikati, considéré avoir, enfin, atteint ses objectifs et pris le contrôle de l’État se trouve forcé de financer un tribunal qu’il considère être un instrument aux mains d’Israël et qui, de surcroît, a inculpé quatre de ses membres dans l’assassinat du président Hariri. Quant à son allié, le général Michel Aoun, qui avait pourtant annoncé la fin de la révolution en Syrie, il ne peut pas accomplir son pèlerinage annuel à Alep et se retrouve forcé d’assister à la messe de la Saint-Maron, comme tout le monde, à Beyrouth.

 

Un monde ancien se meurt, c’est évident, mais que faire pour faire émerger un monde nouveau ? En d’autres termes, comment mettre fin au cycle de violence que le régime syrien a initié et entretenu depuis des décennies et jeter les bases d’un « autre » Liban, un Liban de paix, moderne, ouvert sur le monde, capable de renouer avec son rôle historique dans le monde arabe ? Comment contourner les blocages communautaires et mobiliser la société civile pour préparer le terrain, après « l’intifada de l’indépendance » de 2005, à une « intifada de la paix » en 2012 ?

 

Pour mener la bataille de la paix, plusieurs conditions sont requises :

 

La première est de ne pas répéter les erreurs du passé et de faire assumer à une communauté la responsabilité des erreurs commises en son nom par un parti politique. Cette identification est dangereuse et débouche nécessairement sur de nouvelles violences. Les expériences passées sont là pour le montrer. Pour éviter ce danger, il nous faut avoir le courage de reconnaître notre responsabilité commune dans la guerre qui a ravagé notre pays, ayant tous, à un moment ou à un autre, eu recours aux armes et recherché dans les guerres que nous nous sommes livrées l’aide de forces extérieures, renonçant de ce fait à notre indépendance et à notre souveraineté.

 

La deuxième condition est de refonder notre vivre-ensemble aux conditions de l’État et non aux conditions d’une communauté, d’un parti ou d’une milice. Il nous faut pour cela réhabiliter notre État en lui redonnant le monopole de la force qu’il a perdu depuis 1969, avec l’accord du Caire, et en le libérant du carcan communautaire qui l’étouffe. Il devient impératif à la lumière de nos expériences passées de jeter les bases d’un État civil où l’individu n’est plus réduit à sa seule dimension communautaire, et où la religion n’est plus instrumentalisée à des fins politiques.

 

La troisième condition est d’inverser notre rapport actuel au monde arabe pour cesser d’être un simple réceptacle des conflits de la région et devenir acteur dans la bataille engagée pour un « autre » monde arabe, un monde arabe démocratique et pluraliste.

 

* * * * *

 

En 2005, les Libanais ont, avec le « printemps de Beyrouth », initié la bataille pour la liberté dans le monde arabe qui a conduit au printemps arabe. Il leur faut aujourd’hui compléter cette bataille par une autre bataille, celle de la paix. Cette bataille est essentielle pour eux, car la paix est aujourd’hui une condition à leur survie. Elle est également essentielle pour le monde arabe sur lequel plane la menace de conflits communautaires, ethniques et tribaux. Elle est enfin essentielle pour lever l’obstacle que représente le conflit israélo-arabe et ouvrir la voie à une normalisation des rapports entre le monde arabo-musulman et l’Occident.

 

 


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«La crise, c’est quand l’ancien se meurt et que le nouveau peine à émerger. » Cette citation d’Antonio Gramsci résume bien la situation que nous vivons : un monde ancien qui s’effondre avec le printemps arabe et la révolution syrienne, et un nouveau monde qui ne parvient pas à naître.
 
Et cette crise est d’autant plus difficile à gérer qu’elle a pris tout le monde au dépourvu. Personne ne pouvait prévoir que la victoire de la Syrie et de l’Iran, marquée par la chute du gouvernement de Saad Hariri, allait être d’aussi courte durée. Les dirigeants syriens qui voulaient venger l’humiliation que les Libanais leur avaient fait subir le 14 mars de l’année 2005 se retrouvent le 15 mars de l’année 2011 confrontés à un soulèvement populaire sans précédent dans l’histoire de la Syrie. L’Iran...
commentaires (4)

En vérité, en vérité on vous le dit, et nul besoin d’un Petit coq qui chanterait trois fois… n’est-ce pas : il n'y a surtout que le Grand Hamid Frangiéh et son fils Samir qui sortent véritablement du lot.

Antoine-Serge KARAMAOUN

09 h 34, le 04 mars 2012

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Commentaires (4)

  • En vérité, en vérité on vous le dit, et nul besoin d’un Petit coq qui chanterait trois fois… n’est-ce pas : il n'y a surtout que le Grand Hamid Frangiéh et son fils Samir qui sortent véritablement du lot.

    Antoine-Serge KARAMAOUN

    09 h 34, le 04 mars 2012

  • - - Certains ICI pensent toujours qu'il faut être fils de .. pour avoir les manettes du pouvoir , c'est exactement ce qui a ruiné notre pays . Ils ou elles n'ont rien compris à la démocratie ! d'ailleurs la citation d'un marxiste résume à elle seule la vision du pouvoir intellectuel dont rêvent certaines personnes qui donnent raison à ce proverbe Français qui dit ; ceux qui se ressemblent s'assemblent . Je rafraîchi la mémoire à certains ICI qu'il faut d'abord se faire élire pour arriver au pouvoir .

    JABBOUR André

    00 h 41, le 04 mars 2012

  • Monsieur Frangié, Dommage que vous ne soyez pas aux manettes du pouvoir! Car c'est dans la mise en pratique d'un tel langage que le Liban évoluera... ainsi que certains Libanais! Comme vous devez le savoir, la citation de Gramsci – «La crise, c’est quand l’ancien se meurt et que le nouveau peine à émerger. » – peut s'appliquer à beaucoup de pays européens... Vous me direz que ce n'est pas une consolation car c'est le Liban en priorité qu'il vous faut sauver. Viendra le jour où vos enfants et petits-enfants vous demanderont des comptes.

    Nayla Sursock

    15 h 02, le 03 mars 2012

  • - - Ce monsieur Frangieh " Samir " est en mal de leadership Maronite que ça soit chez lui à Zghorta ou bien sur le plan national , où trône actuellement son cousin Suleimane , comme l'ont été son illustre père Hamid que nous respectons tous ainsi que son illustre oncle et ancien président , Suleimane le magnifique , qui eux , étaient de vrais leaders qui ont fait leurs preuves sur le plan local ou national . Je me souviens d'une de ses nombreuses prédictions " comme il aime faire " quand il avait prédit avant les élections de 2009 , que GMA n'aura aucun député et ne sera même pas élu lui-même , que c'était la fin du CPL ..... On connaît le résultat et la suite où lui-même n'avait pas été candidat chez lui à Zghorta ou trouvé une place sur la liste d'al-moustakbal à Tripoli pour se faire élire .... Il avait fait cette déclaration du temps où l'opposition de l'époque avait érigé quelques milliers de tentes de contestations au centre ville , contre l'illégalité du gouvernement du très contesté PM Fouad Siniora ...

    JABBOUR André

    08 h 15, le 03 mars 2012

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