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Cent pour cent toc

C’est à un peu divertissant jeu de chiffres et de lettres qu’invite cette sinistre plaisanterie de référendum organisé dimanche dernier en Syrie, sur fond de bombardements criminels visant, corps et biens, les villes rebelles.

 

Les chiffres d’abord. Une fois n’est pas coutume; dans une puérile tentative de donner un semblant de crédibilité à cette surréelle consultation, l’autorité a fait état d’un taux de participation relativement modeste : 57,4 % seulement, dans un pays où la gloire du tyran a toujours porté les statistiques officielles à allonger scandaleusement la sauce. Toute modestie larguée, le régime se prévaut en revanche de 89,4 % de oui sur l’ensemble des suffrages exprimés, croyant pouvoir trouver un regain de légitimité dans ces chiffres qui ne veulent absolument rien dire pourtant, puisés sans vergogne qu’ils étaient dans un effroyable bain de sang.


Les lettres ensuite. La Constitution prétendument plébiscitée est fort loin de satisfaire les exigences de changement brandies par l’opposition et même les normes les plus élémentaires d’une évolution vers la démocratie. Le parti Baas perd sa prééminence, c’est vrai, mais la clique au pouvoir n’y perd pas au change, puisque les pouvoirs du président s’en trouvent massivement consolidés alors même que sa personne est au cœur du contentieux syrien. C’est ainsi le chef de l’État qui nomme et dégomme le Premier ministre et les membres du gouvernement, mais aussi les hauts responsables civils et sécuritaires. Il dissout souverainement l’Assemblée et n’a pas de comptes à rendre de sa gestion sauf en cas de haute trahison, crime relevant d’une haute cour dont il est seul à avoir désigné les membres.


Le comble cependant, c’est que Bachar el-Assad, président depuis l’an 2000 et dont le second mandat ne s’achève qu’en 2014, a désormais la stupéfiante, l’atterrante possibilité de briguer, en temps dû, non point un mais deux nouveaux septennats, ce qui le rapprocherait du record de longévité au pouvoir détenu par son défunt père et prédécesseur. À l’heure où l’ONU – Conseil de sécurité tout autant que Conseil des droits de l’homme – s’emploie, faute de mieux, à imposer à Damas des restrictions à caractère humanitaire, à l’heure où même ses protecteurs russes conseillent à Assad de coopérer avec la Croix-Rouge internationale, c’est la pérennité de la tyrannie qu’annonce ce referendum aux Syriens.


Last but not least, ce torchon constitutionnel n’est pas l’œuvre consensuelle d’une quelconque Assemblée constituante comme en a produit ailleurs le printemps arabe, mais d’un groupe d’individus acquis au régime et revendiquant – fort abusivement, faut-il croire – la qualité de juristes. Que parmi ces derniers se soit trouvé un de nos concitoyens qui fit partie naguère du Conseil constitutionnel libanais (on tremble rétrospectivement à cette seule idée), est évidemment regrettable. Ce qui l’est encore plus, c’est qu’un portefeuille ministériel – soudain disponible suite à la démission de son non moins controversé titulaire – soit venu récompenser ce personnage de sa brillante prestation. Comme d’ailleurs du zèle qu’il a déployé ces derniers mois aux côtés des détracteurs du Tribunal spécial pour le Liban. C’est bien beau, la reconnaissance !

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

C’est à un peu divertissant jeu de chiffres et de lettres qu’invite cette sinistre plaisanterie de référendum organisé dimanche dernier en Syrie, sur fond de bombardements criminels visant, corps et biens, les villes rebelles.
 
Les chiffres d’abord. Une fois n’est pas coutume; dans une puérile tentative de donner un semblant de crédibilité à cette surréelle consultation, l’autorité a fait état d’un taux de participation relativement modeste : 57,4 % seulement, dans un pays où la gloire du tyran a toujours porté les statistiques officielles à allonger scandaleusement la sauce. Toute modestie larguée, le régime se prévaut en revanche de 89,4 % de oui sur l’ensemble des suffrages exprimés, croyant pouvoir trouver un regain de légitimité dans ces chiffres qui ne veulent absolument rien dire pourtant,...