Véritablement passionné par Tripoli où il a passé toute son adolescence et qu’il s’enorgueillit à appeler « la ville », « la capitale », le président de l’Université de Balamand et ancien ministre Élie Salem a demandé à l’artiste Mario Saba de brosser le portrait de cette métropole à la fois ancrée dans l’histoire et tournée vers l’avenir. Le résultat est une chronique photographique rassemblant plus de 500 clichés qui claquent comme un étendard en hommage à la ville du Liban-Nord. Ils sont l’œuvre posthume de Mario Saba, décédé un mois avant leur publication.
Loin des images brutales dont les médias nous abreuvent, c’est une ville multiforme, fascinante, où se rencontrent le passé et le présent, le monumental et le quotidien, les choses et les gens, que retrace Tripoli, City of All Eras. Entre la Médina et al-Mina, entre les vestiges d’une histoire millénaire qui lui font un pedigree incomparable et l’urbanisation galopante des nouveaux quartiers ; entre ses maisons patriciennes admirablement entretenues et des pâtés d’habitations dépeuplées ou rongées par la misère ; entre les scènes de cafés et les commerces, les universités et leurs campus, la place du Tell et les jardins publics, c’est la ville dans son ensemble qui s’est abandonnée à l’objectif de Mario Saba. Le Tripolitain qu’il était avait pris le temps d’en saisir les diverses facettes, mettant toute sa sensibilité et sa passion à capturer l’âme des hommes et celle des pierres. Et comme le sujet est inépuisable, « il a ramené des milliers de clichés superbes, nous obligeant parfois à un choix difficile », écrit dans la préface Élie Salem.
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La fabuleuse iconostase de la cathédrale Saint George
Orthodoxe, quartier Zahriah.
L’ouvrage déroule quelque 500 photographies commentées par la professeure de littérature de l’Université libanaise Hind Adib qui expose dans une introduction un aperçu historico-socioculturel et administratif de cette ville détentrice d’un long chapitre de la mémoire du Liban. Tripoli a été jadis le siège d’une confédération phénicienne groupant Tyr, Sidon et Arados, d’où le nom de Tripolis – la ville triple – que lui donnèrent les Grecs et que les Arabes en l’occupant au début du VIIe siècle transformèrent en Trablos. En 1109, les croisés conduits par Raymond de St-Gilles s’en emparent et s’y installent durant 180 ans. En 1289, le sultan mamelouk Qalaoun l’occupe à son tour et fait construire au pied du château de St-Gilles une médina qui fut développée par les Ottomans au XVIe siècle. Le périmètre, qui offre un ensemble urbain exceptionnel, est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Du haut de ses puissants remparts, la citadelle des croisés monte la garde et veille sur des siècles d’histoire. En prime, un florilège d’édifices abritant des mosquées, des madrassas, des bains, des bazars et des halles à marchandises, parfois vieux de 700 ans.
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Vétusté d’un patrimoine architectural qui menace
de s’écrouler.
Dans un chapitre consacré aux lieux de culte, Saba promène son objectif sur les nervures, les muqarnas et l’écriture kufie, entraînant son lecteur de la mosquée al-Mansouri (1314) – dont la porte et le minaret sont datés de l’époque des croisés – à celle de Sidi Abdel Wahid (1305-1306) en passant par la Taylan érigée à l’emplacement d’une église croisée par l’émir Sayfeddine Taynal al-Nasiri, gouverneur de Tripoli (1326 à 1333). La splendeur de son pavement polychrome, son grand portail intérieur aux assises noires et blanches, son mihrab, son minaret à double escalier et la grande variété de ses nombreuses coupoles en font un des monuments les plus intéressants de Tripoli. Arrêt également, quartier Zahriyah, à la très belle cathédrale Saint-Georges des orthodoxes (1873) sur sa somptueuse iconostase de marbre finement sculpté et sa prestigieuse collection d’icônes royales réalisées à l’école de Jérusalem par Mikhaël Hanna el-Qudsi, en 1874. À al-Mina, à l’emplacement d’une église croisée, une autre cathédrale Saint-Georges, édifiée au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, présente de splendides boiseries et une rare iconostase dans le « style mosaïque syro-mamelouk ».
Souks, khans et hammams relatent les temps que le vieux Tripoli a traversés et a vécus. La caméra suit les courbes que dessinent les coupoles de hammam al-Abed (1718), les hautes voûtes, les vastes salles, la fontaine et le sol en marbre polychromé et les belles proportions des volumes que déploie sur 600 m2 le hammam al-Jadid, construit par Assaad Bacha al-Azam en 1740.
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Un style architectural hérité d'une période de l'histoire.
De l’escalier qui relie al-Rifaïya à Abi Samra, où il immortalise la vétusté d’un patrimoine architectural qui menace de s’écrouler, aux abords de la citadelle où se dressent les hideuses constructions de béton, le photographe entraîne le lecteur dans les quartiers bourgeois du centre où tous les styles hérités de différentes périodes de l’histoire constituent un héritage architectural inestimable. À travers ses Portes et fenêtres reliques d’un passé, son artisanat, ses centres culturels, ses scènes de rue et de cafés, son port, sa corniche et la tour des Lions, véritable bastion sur la côte, bâtie au XVe siècle, sans oublier la gare désaffectée et le siège de la Foire internationale œuvre majeure du patrimoine du XXe siècle, dont les plans ont été conçus par le célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer, Mario Saba a immortalisé le Tripoli du XXIe siècle dans toute sa réalité : tour à tour dans sa tradition et sa modernité, dans sa bourgeoisie et son indigence, dans sa grâce orientale et ses multiples appartenances culturelles.
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La couverture de l'ouvrage.
Tripoli, City of All Eras (Tarablous koul al-oussour), publié par l’Université de Balamand, est sans conteste un très bel ouvrage que tout Libanais et tout amateur de photographies se doivent d’acquérir. Mais c’est aussi un document qui permet d’ouvrir les yeux sur la richesse du patrimoine qui, siècle après siècle, a marqué la physionomie de la ville et qui, en l’absence de toute législation, la priverait de sa mémoire et de son identité, de sa qualité spatiale que les transformations urbaines actuelles tentent de lui enlever...
Loin des images brutales dont les médias nous abreuvent, c’est une ville multiforme, fascinante, où se rencontrent le passé et le présent, le monumental et le quotidien, les choses et les gens, que retrace Tripoli, City of All Eras....

