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Nos lecteurs ont la parole

Le manque de suivi

Par George SABAT, ACMI
Après mûre réflexion, je pense avoir découvert pourquoi et comment nos gouvernements successifs ont été incapables, particulièrement durant ces deux dernières décenniees, de garantir aux citoyens certains droits essentiels tels qu’un développement économique et social durable, un minimum d’entretien et de réhabilitation de l’infrastructure du pays, l’arrêt de la croissance infernale de la dette publique et l’équilibre annuel des budgets de l’État.
Toutes ces faillites, à mon avis, sont dues à une caractéristique commune à toutes les administrations qui se sont succédé durant ces années. Tous nos déboires à l’heure actuelle, comme par le passé, sont dus au manque de suivi ; en anglais « lack of follow up ».
Plus que la corruption, plus que les luttes confessionnelles et le fanatisme religieux, plus que les influences et les ingérences étrangères de toutes sortes et de toutes origines, le manque de suivi a fait constamment échec aux velléités de bonne gouvernance qui ont animé certaines administrations dans le passé, mais n’ont malheureusement duré que « l’espace d’un matin », pour disparaître rapidement de la mémoire de ceux-là mêmes qui les avaient initiées.
Je pourrais fournir un grand nombre de preuves de cette assertion. Je me contenterai cependant d’en citer celle que je considère la plus convaincante.
À aucun moment, aucun de la douzaine de gouvernements qui se sont succédé ces vingt dernières années n’a été capable d’engager une quelconque réforme qui ait duré au-delà de la période durant laquelle ce gouvernement est demeuré en exercice. Ainsi, toutes les velléités de plans agricoles, industriels, éducationnels et sociaux, ainsi que ceux de l’énergie, des finances et de la réforme administrative auxquels se sont attelés certains ministres durant cette période, n’ont pu survivre après le départ de ceux qui les avaient initiés. Ces plans ont tous abouti, promptement oubliés, dans les archives de l’administration. Pis encore, aucun de ces plans n’a même bénéficié d’un timide début d’exécution de la part de son auteur.
Mais à quoi est dû ce catastrophique laisser-aller ? seriez-vous en droit de demander.
La réponse à cette question se résume en trois mots : manque de suivi.
L’administration libanaise, dans toutes ses composantes et dans toutes ses institutions, est atteinte d’une forme particulièrement avancée d’alzheimer qui la porte à oublier, le lendemain, les bonnes intentions prises la veille. Cette maladie, incurable à ce jour, empêche nos dirigeants de s’assurer que les décisions prises, dans certains cas quelques heures auparavant, ont commencé à bénéficier d’un début de réalisation.
Ainsi donc, comme je l’ai souligné plus tôt, les sept plans de réforme, dont l’étude et l’élaboration ont coûté très cher au contribuable, n’ont abouti, en fin de compte, à strictement rien. À titre d’exemple, je relèverai que des cent treize lacs collinaires prévus dans le plan agricole du ministre Ali Hassan el-Khalil en 2005 pour exécution avant fin 2010, un seul vient d’être achevé l’année dernière. Il y a peu, notre ministre de l’Énergie et de l’Eau nous a fait entrevoir une grave pénurie d’eau en septembre prochain qui, je l’estime, sera due, en majeure partie, à cette impardonnable lacune. Et pourtant, le plan du ministre Khalil, conçu avec l’appui et l’assistance de la FAO, était en tous points admirable. Qu’est-il donc arrivé ? La cause, à mon avis, relève tout naturellement du manque de suivi. À ceux qui seraient tentés d’invoquer en contrepartie le manque de ressources financières, je serais en droit de répondre qu’une pareille situation révèle aussi un manque de suivi. En effet, nul n’est en droit d’ignorer qu’un plan logique et fonctionnel est censé prévoir, à la base, un mode de financement adéquat.
C’est à cause de ce manque de planification et de suivi que nous allons probablement avoir soif l’automne prochain, et que nos fruits et nos légumes vont sécher par manque d’irrigation.
Malheureusement, à ce jour, il semble que nos dirigeants, ceux du 14 Mars comme ceux du 8 Mars, ainsi que les indépendants qui participent au présent gouvernement, n’ont ni compris ni retenu la leçon. Un plan est fait pour être soigneusement étudié puis exécuté et suivi.
Mais qui devrait effectuer ce suivi ? En priorité ceux qui sont le plus concernés, ceux pour lesquels le plan a été originellement conçu, ceux qui devront ultimement passer à la caisse. J’entends par là le contribuable, c’est-à-dire le citoyen. Ce droit de regard lui est dû autant sinon plus qu’à l’État qui est chargé de la supervision du projet, ou les institutions locales ou internationales qui en assument le financement.
Malheureusement, ce citoyen a vu, au départ, ses droits régulièrement ignorés. L’absence de ce suivi, qu’on a refusé aux citoyens, a probablement permis et ouvert la voie à l’irresponsabilité, au laisser-aller et à la négligence dont ont fait preuve les administrations successives au Liban. Ce qui est le plus affligeant, c’est que nous n’avons pas encore retenu la leçon. Nos dirigeants n’ont toujours pas changé d’approche. Quand donc réagiront-ils ?
Après mûre réflexion, je pense avoir découvert pourquoi et comment nos gouvernements successifs ont été incapables, particulièrement durant ces deux dernières décenniees, de garantir aux citoyens certains droits essentiels tels qu’un développement économique et social durable, un minimum d’entretien et de réhabilitation de l’infrastructure du pays, l’arrêt de la croissance infernale de la dette publique et l’équilibre annuel des budgets de l’État.Toutes ces faillites, à mon avis, sont dues à une caractéristique commune à toutes les administrations qui se sont succédé durant ces années. Tous nos déboires à l’heure actuelle, comme par le passé, sont dus au manque de suivi ; en anglais « lack of follow up ».Plus que la corruption, plus que les luttes confessionnelles et le fanatisme religieux, plus...
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