Elle était invitée par une rébellion ployant sous une pluie de bombes à passer de la parole aux actes ou bien alors à se taire, car les creuses déclarations de soutien finissent par faire plus de mal que de bien. C’est sur des paroles soigneusement mesurées, assorties il est vrai de quelques initiatives, que s’est prudemment rabattue néanmoins la conférence des Amis de la Syrie réunie hier à Tunis avec la participation d’une cinquantaine de pays occidentaux et arabes.
Accroître la pression sur Bachar el-Assad mais, dans le même temps, pousser fermement l’opposition syrienne à s’unifier : c’est sur ces deux thèmes qu’aura porté l’essentiel des débats. Si l’idée d’une intervention militaire à la libyenne demeure totalement écartée, si les participants s’en tiennent pour l’heure à une application des sanctions politiques, économiques et diplomatiques déjà décrétées contre le régime baassiste, toute livraison d’armements lourds est tout autant déniée aux révolutionnaires de Syrie. Ceux-ci sont appelés à se doter en grande priorité d’un programme commun pour la période de l’après-Assad ; significative, à cet égard, est la réticence des participants à reconnaître le Conseil national syrien comme unique représentant légitime du peuple syrien.
Si bien qu’en définitive, et à la grande irritation des Saoudiens, c’est sur le terrain strictement humanitaire que se situe la plus explicite (mais non la plus concrète hélas) des décisions adoptées à Tunis, avec l’exigence d’un accès des secours aux zones assiégées... pour peu évidemment que cesse la répression menée de plus belle – on croit rêver – à la veille d’un prétendu référendum sur une nouvelle Constitution ! De ce vaste rassemblement d’amis, on escomptait tout de même mieux qu’une plate émulation avec le Comité international de la Croix-Rouge : lequel attendait toujours hier une réponse favorable des autorités syriennes à sa demande de porter secours à la population de la ville martyre de Homs, pilonnée depuis trois semaines sans interruption par l’artillerie de campagne, comme d’évacuer les héroïques journalistes étrangers qui y ont été tués ou blessés.
Ce criminel mépris de l’urgence humanitaire, nos infortunés voisins de Syrie ne sont pas les seuls à en pâtir cruellement. Pour nous, c’est l’opportunité d’occuper à nouveau une place honorable dans le rang des nations que nous dénie la barbarie. Non point que les Libanais aient précisément vocation de secouristes. Baptisé pays-message par l’immense pape que fut Jean-Paul II, le Liban a plus d’une fois trahi la pieuse appellation, n’offrant aux yeux du monde qu’une piètre image de son pluralisme tant chanté. Comme si les fractures nationales n’étaient pas déjà assez nombreuses comme cela, c’est sur les événements de Syrie et leurs inévitables retombées locales, favorables ou catastrophiques, que sont en ce moment divisés les Libanais, à l’ombre d’une neutralité officielle qui eut été idéale, providentielle, si seulement elle était réelle et effective. Ni base arrière pour les insurgés ni complice actif des atrocités baassistes – options l’une et l’autre impensables –, c’est par une action humanitaire et apolitique en faveur des populations souffrantes d’à côté que le Liban aurait pu, qu’il peut toujours, retrouver son unité. Mieux encore, son âme.
Issa GORAIEB
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