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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Tour de chant

Elle avait servi d’immuable toile de fond à l’interminable guerre du Liban, gagnant en consistance à chaque sanglant épisode de ce conflit. Pratiquée de part et d’autre à coups de massacres entraînant des exodes de populations, l’entreprise de nettoyage s’était soldée par l’apparition de cantons armés. Le calme revenu, le mal, affublé de la peu flatteuse appellation de libanisation, n’avait pas tardé à se répandre ailleurs, notamment dans l’Irak passablement saucissonné d’aujourd’hui.

 

Or la voilà qui revient maintenant, la rengaine de la partition. Et qui donc entonne cette fois l’effarante ritournelle ? Rien moins que le ténor des ténors, le président d’un pays qui, davantage qu’aucun autre, passe pour en connaître un bout sur la question. Sous couvert de lutter contre la partition de facto du Liban, le pouvoir de Syrie n’a cessé en effet, dans la guerre comme dans la paix, de s’y appliquer à diviser pour régner. Et il est de notoriété publique que ce régime minoritaire s’est depuis longtemps ménagé, au double plan défensif et infrastructurel, une possibilité de repli sur une portion du pays, lequel s’imposerait au cas où il viendrait à perdre le contrôle de la totalité du territoire.


Ce plan B, Bachar el-Assad se garde bien évidemment de s’en réclamer haut et clair. Aussi soudainement qu’abusivement, ce sont ses adversaires au contraire qu’il accusait, l’autre jour à la télévision, d’œuvrer à la partition : oubliant apparemment qu’il faut être deux pour l’infernal tango ; et surtout que le plus suspect, le plus expert, le plus enragé des danseurs, c’est bien ce régime qui canarde, canonne et torture son propre peuple, qui se refuse à reconnaître l’ampleur de la contestation qui, avec obstination, pousse lui-même à la roue de la guerre civile.


Le risque de déferlement islamiste, et maintenant celui de la partition : c’est sur deux registres désormais que se décline le chantage des autorités baassistes. Il faut reconnaître que sur le premier de ces thèmes, Damas vient de marquer quelques points : pour le patron du renseignement américain James Clapper témoignant devant le Congrès, l’organisation el-Qaëda a réussi à infiltrer les insurgés de Syrie et est probablement l’auteur des derniers attentats à la voiture piégée. À ce cri d’alarme a fait aussitôt écho celui du chef de l’état-major interarmes US Martin Dempsey mettant au défi quiconque de tracer, à ce stade, un fidèle portrait-robot de l’opposition syrienne. Voilà qui illustrait le plus clairement du monde la vive hostilité des plus hauts responsables militaires et sécuritaires américains à toute forme d’intervention dans ce pays, y compris la fourniture d’armements aux rebelles.


Bien plus dangereux à manier cependant est l’épouvantail de la partition. S’y employer comme le fait déjà le régime syrien, ce n’est pas forcément la conjurer mais au contraire la favoriser ; le chaos irakien montre d’ailleurs à quel point peuvent durer des situations tenues pour provisoires, dans une partie du monde où les frontières étatiques officielles, tracées par les puissances coloniales, n’ont pas encore célébré leur premier centenaire. Les Libanais devraient en être les premiers conscients, qui eurent leur chance en 1920 et qui n’ont cessé, depuis, de s’engouffrer tête baissée, et en rangs naturellement dispersés, dans chacun des grands débats qui ont secoué la région.


Le plus triste dans tout cela, c’est que nous prétendons façonner l’histoire (celle des autres autant et même plus que la nôtre) alors que nous en sommes encore à plancher sur le tout premier chapitre, celui de l’édification d’un État. Ce ne sont pas les événements de Syrie, la dette publique ou le budget qui paralysent depuis des semaines le gouvernement mais les futiles extravagances d’un ministre du Travail décidé à n’en faire qu’à sa tête, et qui se résignait hier seulement à rendre son tablier.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Elle avait servi d’immuable toile de fond à l’interminable guerre du Liban, gagnant en consistance à chaque sanglant épisode de ce conflit. Pratiquée de part et d’autre à coups de massacres entraînant des exodes de populations, l’entreprise de nettoyage s’était soldée par l’apparition de cantons armés. Le calme revenu, le mal, affublé de la peu flatteuse appellation de libanisation, n’avait pas tardé à se répandre ailleurs, notamment dans l’Irak passablement saucissonné d’aujourd’hui.
 
Or la voilà qui revient maintenant, la rengaine de la partition. Et qui donc entonne cette fois l’effarante ritournelle ? Rien moins que le ténor des ténors, le président d’un pays qui, davantage qu’aucun autre, passe pour en connaître un bout sur la question. Sous couvert de lutter contre la partition de...
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