Sensiblement différente de toutes celles qui l’ont précédée était la 7e commémoration de l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons, célébrée hier par le Rassemblement du 14 Mars. Différente d’abord parce que l’on y a vu la révolution du Cèdre renouer en force avec cette impétuosité printanière de 2005 qu’avaient passablement contrecarrée les manœuvres adverses, qu’avaient émoussée, de surcroît, plus d’une erreur commise par ceux qui en assuraient la gestion. Différente ensuite, différente surtout, parce que l’on y a vu s’opérer de la plus formelle et même solennelle des façons la jonction entre Libanais et Syriens faisant face, ici et là, à une même et sanguinaire tyrannie.
Des barrières viennent ainsi de tomber qui, au demeurant, ne faisaient pas trop illusion : ce n’est plus leur seule sympathie en effet, mais leur clair et massif soutien moral et politique, et même leur volonté de coopération que les chefs du 14 Mars se succédant hier à la tribune ont exprimé aux révolutionnaires de Syrie. Amine Gemayel s’est attaché à souligner le rôle pionnier qu’aura eu, dans toute la région, le sursaut souverainiste libanais, en dépit des criminelles atteintes dont il a été l’objet. D’Achrafieh à Homs une seule humanité, une même cause, a asséné à son tour Samir Geagea. Et Saad Hariri qui s’était laissé aller naguère à exonérer gratuitement le régime baassiste du meurtre de son père, Hariri qui, courageusement d’ailleurs, a assumé la responsabilité de toutes ses décisions passées, judicieuses ou non, s’est porté volontaire pour endosser en personne les implications que recèle nécessairement la singulière joint venture, la véritable OPA sur l’avenir qui a été institutionnalisée hier.
De cet avenir, nos rapports avec notre voisin de l’Est constituent naturellement une pièce centrale. Et à cet égard, les engagements contractés par le Conseil national syrien, dans son message au 14 Mars, représentent la plus crédible, la plus réconfortante des déclarations d’intention ayant jamais émané de Syrie depuis la proclamation de l’État du Grand Liban en 1920. Que l’on en juge : priorité sera donnée à un règlement définitif du contentieux historique syro-libanais ; le Conseil supérieur groupant les plus hautes instances des deux pays et qui servait de paravent à la domination des deux régimes Assad sera dissous ; enfin, la frontière sera délimitée une fois pour toutes : à commencer, est-il utilement précisé, par ce secteur de Chebaa au Liban-Sud, dont le statut actuellement flottant sert de mince mais persistant prétexte à l’armement du Hezbollah : incroyable anomalie qui ne pouvait demeurer absente des thèmes évoqués hier par les divers intervenants.
Quoi qu’il en soit, c’est une substantielle part de revanche posthume que tient aujourd’hui l’ancien Premier ministre lâchement assassiné le 14 février 2005. Vivant, Rafic Hariri en était venu à inquiéter jusqu’à l’affolement une implacable dictature. Sa brutale disparition, en jetant les foules dans la rue, avait pour effet quasi immédiat de contraindre l’occupant au départ. Et de ce printemps de la première heure, la révolte de Syrie elle-même n’est pas loin de se réclamer. Plus diligente en définitive que le tribunal Hariri, plus palpable même que la Cour internationale dont l’ONU brandit la menace face aux criminels de guerre s’acharnant sur leurs propres populations, s’avère cette forme de justice que l’on dit immanente.
Des barrières viennent ainsi de tomber qui, au demeurant, ne faisaient pas trop illusion : ce n’est plus...


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