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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Couloirs de crise

Tout le monde s’en fait pour l’infortunée Syrie, tout le monde a des idées pour la Syrie. Et pendant ce temps, la Syrie brûle.

Des observateurs inexpérimentés encadrés par les autorités et donc incapables d’observer là où il le fallait, une répression chaque jour plus féroce, de fausses promesses de réforme : du plan de sortie de crise (bien mal) préparé par la Ligue des États arabes, le régime de Damas n’aura fait qu’une bouchée. Faute de mieux sans doute, nombre de puissances ont feint d’y prêter intérêt. Des projets de résolution à l’ONU y ont même fait référence, ce qui ne leur a guère épargné toutefois le couperet du veto sino-russe.

Après coup, le Kremlin a trouvé moyen de réclamer une relance du plan arabe mais en faisant évidemment l’impasse sur un de ses points essentiels, à savoir une délégation des pouvoirs présidentiels au deuxième personnage de la république baassiste Farouk el-Chareh qui, au fait, a totalement disparu de la circulation. Comme pour se défendre contre tout reproche d’obstruction, les Chinois, eux, s’apprêtent à lancer une vaste mission d’information et de conciliation. Les Turcs se proposent d’accueillir chez eux une large conférence arabo-internationale. Les Occidentaux enfin semblent miser surtout sur l’impact qu’auront, à plus ou moins long terme, les sanctions économiques frappant le régime Assad. Dans l’intervalle est exclue toute expédition à la libyenne, de même que toute zone d’exclusion aérienne. On ne parle presque plus de zone-tampon à la frontière turque, on fait l’impasse sur la nécessité, chaque jour plus évidente pourtant, de fournir à la révolution les moyens de se défendre contre la plus impitoyable des répressions. C’est tout juste si est évoqué un recours à des couloirs humanitaires, entreprise qui nécessiterait forcément le concours de l’un ou de l’autre des pays limitrophes de la Syrie.

Le Liban se trouve être l’un de ces voisins-là. Mais qui donc songerait sérieusement à confier à un grand malade – un malade qui de surcroît ne se décide pas à se soigner – une mission de secouriste ou d’ambulancier ? Rescapé malgré lui de la noble corvée humanitaire, ce sont des tâches moins admirables et plus scabreuses que d’aucuns voudraient assigner à un pays divisé sur la question syrienne comme sur presque tout.

Face à ceux qui se montrent plus baassistes que le Baas, face aussi à ceux qui prônent au contraire aide et soutien aux révolutionnaires syriens, c’est une fausse tangente qu’a pris un gouvernement miné par ses propres contradictions internes. C’est une mensongère tenue à distance (c’est là le terme consacré) que pratique en effet la diplomatie libanaise quand, dans les faits, elle prend parti pour la tyrannie. Et c’est une indigne conception de la sécurité nationale (et par-dessus le marché de la souveraineté) que reflètent les mesures prises sur le terrain au Liban-Nord où un brusque regain de tension était signalé hier entre les quartiers sunnite et alaouite de Tripoli. Autant en effet peut se justifier la lutte contre le trafic d’armes vers la Syrie, autant est scandaleuse l’inertie officielle, et même parfois la complicité dont se rendent coupables certaines officines sécuritaires, face à la traque d’opposants et de réfugiés à laquelle se livre l’armée syrienne sur notre territoire.

Des idées pour la Syrie ? Le drame c’est qu’il y en a beaucoup trop sur notre modeste lopin de terre. Et qu’il en existe bien peu pour le Liban.

Issa Goraieb

igor@lorient-lejour.com.lb

Tout le monde s’en fait pour l’infortunée Syrie, tout le monde a des idées pour la Syrie. Et pendant ce temps, la Syrie brûle.Des observateurs inexpérimentés encadrés par les autorités et donc incapables d’observer là où il le fallait, une répression chaque jour plus féroce, de fausses promesses de réforme : du plan de sortie de crise (bien mal) préparé par la Ligue des États arabes, le régime de Damas n’aura fait qu’une bouchée. Faute de mieux sans doute, nombre de puissances ont feint d’y prêter intérêt. Des projets de résolution à l’ONU y ont même fait référence, ce qui ne leur a guère épargné toutefois le couperet du veto sino-russe.Après coup, le Kremlin a trouvé moyen de réclamer une relance du plan arabe mais en faisant évidemment l’impasse sur un de ses points essentiels, à savoir...
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