Des heurts ont eu lieu hier à Athènes entre les forces de l’ordre et des manifestants anti-austérité. John Kolesidis/Reuters
Vendredi, les quatre ministres d’extrême droite de la fragile coalition gouvernementale ont démissionné après le retrait du soutien de leur parti Laos au programme économique d’austérité demandé à la Grèce par l’UE et le FMI jusqu’en 2015.
Ce programme s’ajoute à tous les précédents plans d’austérité qui se succèdent depuis mai 2010 en Grèce empilant hausses d’impôts, coupes dans les salaires et retraites, au nom du nécessaire assainissement budgétaire et financier du pays surendetté.
Devant être présenté au Parlement en vue d’un vote dimanche ou lundi, ce plan constitue un programme électoral suicidaire pour n’importe quel parti normalement constitué, d’autant que la zone euro exige que les partis de la coalition au pouvoir apportent des garanties écrites sur leur soutien au plan de rigueur.
Dans ces conditions, impossible de se faire élire quand le programme électoral prévoit – gravé dans le marbre – un abaissement de 22 % du salaire minimum, des coupes dans les retraites ou la suppression de 150 000 personnels dans la fonction publique d’ici à 2015, dont 15 000 en 2012.
Dans l’immédiat, « le plan de l’UE et du FMI va être voté, c’est une question de responsabilité, les députés n’ont pas le choix », estime le politologue Ilias Nikolapopoulos. Voter contre le plan serait une façon de dire au reste de l’Europe que la Grèce refuse son aide financière et qu’elle préfère faire faillite, voire sortir de la zone euro.
Un scénario inimaginable, selon la plupart des analystes, car le gouvernement en place, dirigé par l’ex-vice-président de la Banque centrale européenne Lucas Papademos, a précisément été nommé pour éviter ce scénario.
Il disposait jusqu’à la défection du Laos de 252 sièges sur 300. Sans le parti d’extrême droite, la majorité se réduit à 236, ce qui reste confortable.
Un bon nombre des quelque 153 députés Pasok (socialistes) risquent eux aussi de faire défection. « Ils n’ont plus rien à perdre, ils savent qu’ils n’ont aucune chance d’être réélus », analyse M. Nikolakopoulos qui en a déjà recensé une vingtaine.
Quant aux élus de droite de la Nouvelle Démocratie, le parti en tête des intentions de vote dans les sondages, ils semblent désormais contraints de voter en faveur du plan, après que leur chef Antonis Samaras eut fini, du bout des lèvres, par donner son consentement au plan d’austérité.
Reste que ce parti est à son plus bas historique. Et l’effondrement des deux grands partis de gouvernement favorise la remontée d’un bloc solide à gauche (autour de 30 % des intentions de vote) et de l’extrême droite, y compris une formation néofasciste. Dans l’immédiat, un tout petit parti appelé « Gauche démocratique », de centre gauche, monte énormément dans les sondages, attirant tous les déçus de Papandréou et du Pasok, tandis que le Parti communiste KKE, l’un des derniers partis orthodoxes d’Europe, reste solidement arrimé aux alentours de 10 % des intentions de vote.
Selon M. Nikolapopoulos, « tout le système est en train d’imploser c’est sûr ».
« Une grande partie du corps électoral est dans une position d’incertitude complète, car jusqu’à présent on avait un système de deux partis très structuré et on savait pratiquement à l’avance ce que tout le monde allait faire. »
Parallèlement, les syndicats grecs ont lancé hier un mouvement de grève et de manifestations de 48 heures contre les nouvelles mesures de rigueur réclamées de plus en plus fermement par les créanciers du pays, l’UE et le FMI.
En marge d’une manifestation qui a réuni vendredi place Syntagma, au centre d’Athènes, quelque 7 000 personnes contre les mesures d’austérité de ce plan, la police a riposté par des tirs de gaz lacrymogènes à des jets de pierres et de cocktails Molotov d’un groupe de manifestants.
Une manifestation séparée réunissant quelque 10 000 militants communistes du Front des travailleurs Pame à Athènes s’est déroulée dans le calme et la discipline.
Des dizaines d’employés du ministère des Finances ont aussi proclamé une « occupation » des locaux, situés sur la place.
Comme en juin et octobre 2011, le centre d’Athènes était aussi paralysé par les débrayages dans les transports en commun et le fonctionnement au ralenti des services publics.
Quelque 2 000 ouvriers des chantiers navals et dockers ont manifesté aussi au port du Pirée, où la grève bloquait les bateaux à quai.
(Source : AFP)

