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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Protocole compassionnel

Même pas dix ans. Elle pleure dans cet hôpital de fortune, peut-être un appartement ou ça y ressemble. Elle a le bras traversé de part en part allez savoir de quoi, une balle explosive, un shrapnel. Mais elle ne pleure pas pour ça. Elle pleure pour supplier qu’on soigne son frère qui a la même chose à la main et au genou, et ce n’est pas beau à voir. Elle pleure aussi parce qu’elle ne voudrait pas qu’on lui fasse des piqûres. À croire qu’il n’y a que les piqûres qui font vraiment mal aux enfants. Le médecin promet. Il promet aussi des bonbons, il promettrait la lune. Il a la voix étranglée. Il ne pleure pas devant la fillette, mais ses larmes l’étouffent, ça s’entend. Il veut la rassurer avec cette voix qui tremble : Dieu est avec nous. Dieu, ouais, elle dit. La scène se passe en Syrie, parce qu’en ce moment c’est en Syrie que se passent ces choses. Mais on ne compte pas ce qu’ils vivent en Irak, ce qu’ils ont dû voir en Libye, en Afghanistan ou ailleurs. Au Liban pendant plus de 15 ans, puis par intermittence. La guerre d’Israël en 2006, on ne compte plus les enfants qui en ont payé le prix.
C’était bien beau quand l’Amérique des années 60, n’en croyant pas ses yeux d’avoir posé une fusée sur la lune, entrevoyait déjà un futur aseptisé en combinaisons isothermes et soucoupes volantes. Ce futur-là, en 2012, on est en plein dedans, et côté développement, le monde n’a jamais été aussi affamé, surpeuplé, pollué, accablé, et sans doute oppressé, qu’il ne l’est aujourd’hui. Il n’y a pas eu de troisième guerre mondiale, c’est bien, mais la guerre est partout, comment appelle-t-on cela. Étrangement, la guerre, c’est d’abord aux enfants qu’elle en veut.
Le Liban n’est pas une puissance qui compte, mais il a une voix. Qu’attend-il pour la faire entendre, cette voix de la raison et de la compassion, lui qui a connu tout cela ? Nous a-t-on assez seriné qu’avec la Syrie nous étions des pays frères... Pourquoi tout à coup certains Syriens sont-ils moins nos frères que les autres ? Pourquoi, question ingénue, n’envisageons-nous pas de créer un couloir humanitaire pour aider les blessés et acheminer des vivres aux villes assiégées ? Pourquoi ces actes fraternels seraient-ils perçus comme hostiles ou indélicats ? Pourquoi avons-nous porté au pouvoir l’agglomérat de collaborateurs et de tièdes qui nous tient lieu de régime ? Est-ce pour exorciser nos chimères et tenir nos cauchemars à distance que nous leur avons offert de jouer dans cette cour à nos frais et d’incarner le pire de nous-mêmes ? Qui pour nous rendre un peu de panache, de dignité, ou simplement d’humanité dans un pays devenu carrément incorrect ?
Même pas dix ans. Elle pleure dans cet hôpital de fortune, peut-être un appartement ou ça y ressemble. Elle a le bras traversé de part en part allez savoir de quoi, une balle explosive, un shrapnel. Mais elle ne pleure pas pour ça. Elle pleure pour supplier qu’on soigne son frère qui a la même chose à la main et au genou, et ce n’est pas beau à voir. Elle pleure aussi parce qu’elle ne voudrait pas qu’on lui fasse des piqûres. À croire qu’il n’y a que les piqûres qui font vraiment mal aux enfants. Le médecin promet. Il promet aussi des bonbons, il promettrait la lune. Il a la voix étranglée. Il ne pleure pas devant la fillette, mais ses larmes l’étouffent, ça s’entend. Il veut la rassurer avec cette voix qui tremble : Dieu est avec nous. Dieu, ouais, elle dit. La scène se passe en Syrie, parce qu’en...
commentaires (3)

La liberté politique n’est pas un fait, mais une idée. Cette idée, il faut savoir commentl’appliquer quand il est nécessaire.Rendre un peu de panache, de dignité a nos frères est une bonne idée mais quand la liberté est irréalisable, personne ne saura en user avec discrétion. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

08 h 46, le 10 février 2012

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Commentaires (3)

  • La liberté politique n’est pas un fait, mais une idée. Cette idée, il faut savoir commentl’appliquer quand il est nécessaire.Rendre un peu de panache, de dignité a nos frères est une bonne idée mais quand la liberté est irréalisable, personne ne saura en user avec discrétion. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    08 h 46, le 10 février 2012

  • Comment voulez vous qu'un homme aime son pays alors qu'il n'ait pas mis ses pieds depuis 35 ans? Carlos Achkar

    carlos achkar

    06 h 02, le 10 février 2012

  • Cette voix libanaise de la fraternité, vous pouvez l'entendre dans le dernier livre de Dominique Eddé (Kamal Jann) que Zeina Zalzal a présenté dans les colonnes du journal. Je ne résiste pas au plaisir (si on peut dire) de vous livrer un extrait de ce livre très significatif: «Qu'il vienne le jour où nos peuples nous cloueront le bec!» C'est Kamal Jann qui prononce ces mots... Mais le boucher de Damas que soutiennent certains Libanais, en plus des Russes et des Chinois, mais jusqu'à quand, aurait pu les proférer. Quant aux insanités proférée par André Jabbour (à chaque jour son Jabbour et roule tambour !), elles seraient à rire si la situation en Syrie n'était à pleurer! La haine des autres est une conduite suicidaire et irresponsable. Ceux qui persévèrent dans cette impasse doivent d'urgence lire le livre de Dominique Eddé ou suivre une psychothérapie. Les psys (profession d'avenir partout dans le monde) ne manquent pas au Liban. M. Jabbour et consorts, aimez-vous réellement votre pays ? Alors, sauvez-le et n'attisez pas perpétuellement la haine par vos propose. LE LIBAN MERITE MILLE FOIS MIEUX! Sinon, allez vivre ailleurs, en Syrie, par exemple... Nayla Sursock

    Nayla Sursock

    04 h 52, le 10 février 2012

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