D’un seul coup, la benne à ordures a déversé son trop-plein, le diesel rouge qu’en vain j’ai recherché, m’étant faute de mieux fait refiler du vert à sa place ; l’électricité qui vient sans venir, allant engrosser les poches du prestataire du coin en maugréant, alors que j’aurais de tout cœur, avec mon plus beau sourire, réglé sans broncher la facture de l’État, pauvre miséreux en comparaison.
Puis ce violent appel aux manifestations de rue, les doigts levés en sept qui, il faut le souligner m’en a bouché un coin, quand on sait que c’est précisément les alliés du sept qui ne payent pas l’électricité, les taxes et la TVA, que la jungle qu’ils se sont aménagée est un État dans l’État, les commerçants et autres importateurs réglos pourront écrire des chapitres là-dessus.
Tant de rancœur, de haine à peine déguisée, de jalousies ravalées, peuvent-elles se condenser en une personne censée être un meneur d’hommes ? J’en ai marre de faire revivre le passé, de comparer avec ceux qui ne sont plus, passés maîtres dans l’art des duels à fleurets mouchetés, tombant rarement dans l’excès, maniant le verbe avec circonspection, évitant toujours d’atteindre le point de non-retour.
Ces équilibristes de la parole, on n’en fait plus comme ; peut-être qu’on en fait mieux, qui sait, mais ils n’ont pas voix au chapitre. Alors, à tout le moins que ceux qui se sont placés sur le devant de scène rabaissent leurs prétentions et fassent comme eux. Ce serait tout à leur honneur de plagier les grands, quitte à ne pas faire dans la caricature, c’est déjà assez cocasse ainsi.
Et tout aussi pénible, à défaut d’en pleurer il vaudrait mieux en rire, fort bien, mais à force de se tenir les côtes en s’esclaffant, c’est le tour de rein assuré, les médicaments hors de prix et de quoi faire la fortune des pompes funèbres, bien que des études assurent que le rire prolonge la vie, chez nous il m’a tout l’air de la raccourcir.
Vaut mieux donc, effarés, se taire, admettre l’inadmissible, la gabegie instaurée en politique d’État, le clientélisme à outrance, un gouvernement paralysé par ses propres contradictions, des ministres imbus d’eux-mêmes, qui s’amusent à se faire des croche-pieds, se sabotent mutuellement, tournent autour du pot, et qui, en termes le plus souvent abjects, se mettent, du haut de leur superbe, à donner des leçons de probité, de moralité et d’histoire.
Et voilà que certains, atteints de nombrilisme aigu, vont jusqu’à présenter comme un fait anodin l’assassinat, car il s’agit bien d’assassinats, de nos martyrs, fomentés par ce régime qu’ils ont l’outrecuidance d’appeler ami ou frère.
Nul ne peut prétendre écrire l’histoire ou l’interpréter à sa guise, d’autant plus qu’il s’agit de faits réels, palpables, vécus, avérés ; nul n’a le droit de disculper des meurtriers, notre chair porte encore les stigmates de leur sauvage férocité, nos rêves brisés, notre jeunesse agglutinée aux portes des chancelleries, sont les témoins éloquents des atrocités qui furent commises.
Si la mémoire de certains d’entre nous flanche, qu’ils suivent les journaux télévisés, lisent la presse, ce ne sont ni des photomontages ni des exagérations : les morts au quotidien se comptent par centaines.
Dommage que le discours politique soit tombé si bas, que les valeurs humaines se limitent au nombre d’applaudisseurs, qui sont, soit dit en passant, les premiers à tourner casaque, vous laissant Gros-Jean comme devant, avec vos seuls yeux pour pleurer amèrement les occasions perdues d’être un rassembleur, un bâtisseur, en un mot comme en cent, un homme d’État.
Faut-il attendre une génération de plus pour qu’un homme se présente, édifie un État dans le plein sens du terme, qu’un autre qui n’a pas la langue dans la poche amène les fonctionnaires à plus de serviabilité, de respect, de zèle, appelle à la coordination étatique et fasse, miracle malheureusement éphémère, l’unité autour de sa personne.
Qu’un visionnaire vienne recoller les morceaux d’un pays lamentablement brisé par la guerre des autres, la convoitise effrénée et de ses hôtes et de ses voisins, le relève tel le phénix de ses cendres, le replace sur l’échiquier des nations, redonne corps à sa volonté de vivre en toute fierté et indépendance, loin du suivisme où l’on tente de nous engouffrer.
Que de peines, d’espoirs, de désillusions envolées, pour cause d’égoïsme exacerbé, par ceux qui n’ont pas su assimiler l’histoire. Nul ne peut être et ne sera jamais plus important que son pays. La grandeur est de savoir se mettre à son service, à celui de tous ses habitants.
C’est justement en pensant à ces occasions perdues, à tous ceux qui se sont donnés corps et âme pour le Liban, imaginant qu’ils étaient toujours parmi nous, à ce qu’ils auraient pu réaliser, ce que mon pays aurait été, que j’ai oublié d’écrire.
Georges TYAN


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LA VERITE pour les anti-corrupteurs corrompus c'est CA! BRAVO!
02 h 04, le 02 février 2012