Le 15 février, Burhan Ghalioun pourrait perdre la direction du CNS, instance de représentation de l’opposition syrienne, qui selon ses statuts renouvelle sa présidence tous les trois mois. Universitaire exilé en France depuis plus de 30 ans, tenant d’une gauche nationaliste arabe, il avait émergé en octobre comme « la » personnalité capable de rassembler au sein d’un conseil composé de multiples tendances (islamistes, nationalistes, libéraux, indépendants), adoubé par les Frères musulmans majoritaires. Son poste aurait dû être remis en jeu le 15 janvier, mais faute de consensus le vote avait été repoussé d’un mois.
À l’approche de ce rendez-vous, d’autres se positionnent. Deux opposants, dont Georges Sabra (voir par ailleurs), sont ainsi récemment arrivés de Syrie pour se faire porte-parole de la rue syrienne et lui permettre de peser davantage. Souheir al-Atassi est issue d’une grande famille d’opposants sunnites laïques de Homs. Cocréatrice de la commission générale de la révolution syrienne mais non membre du CNS, elle dit être sortie de « la clandestinité à la demande des révolutionnaires » pour passer à « une nouvelle étape ». Rappelons que parmi les exilés de longue date, la libérale Basma Kodmani, porte-parole du CNS passée par la fondation américaine Ford, avait été candidate en janvier tout comme un représentant des Frères musulmans. In fine, « c’est le Qatar, qui avec la Turquie pilote le CNS, qui choisira son chef, une personnalité montrant l’unité de l’opposition », estime Fabrice Balanche, chercheur à la Maison de l’Orient.
En attendant, tous font le même constat. Le CNS a gagné son statut de représentant légitime de la révolution syrienne notamment à l’étranger, jusqu’à l’Arabe saoudite qui pourrait reconnaître le CNS comme « représentant officiel » du peuple syrien, a indiqué Ahmad Ramadan, membre de l’exécutif du Conseil, au journal koweïtien al-Raï. Il n’a pas précisé quand Riyad comptait effectuer cette démarche ni si les cinq autres États membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) allaient lui emboîter le pas. Le CNS reste néanmoins trop déconnecté du terrain avec lequel son action n’est pas assez coordonnée. Il ne fait pas assez pour ces jeunes qui tous les jours affrontent l’armée et la mort, indiquent les opposants du l’intérieur.
En outre, le Conseil souffre de ses dissensions avec l’Armée syrienne libre (ASL). « Nous devons maintenant organiser le travail et la coordination entre tous les acteurs (...), le mouvement révolutionnaire pacifiste, le CNS qui est son visage politique et diplomatique, l’ASL et les soldats qui ont fait défection, et les médias », a ainsi expliqué Mme al-Atassi au site Médiapart. Le CNS, qui voudrait encadrer l’ASL, insiste pour que cette armée libre se cantonne à un rôle de protection des civils quand les officiers déserteurs voudraient être plus actifs. « L’intérieur veut de la protection physique et c’est l’ASL qui assure ce rôle. Les opposants et les révolutionnaires sont reconnaissants à l’ASL avant de penser au CNS », résume Joseph Bahout, chercheur à l’Institut d’études politiques de Paris.
D’autant que les batailles d’ego et de partis, notamment entre islamistes et laïcs, paralysent le fonctionnement du Conseil. « Il n’y a pas de discipline », concède Mme Kodmani.
Le CNS est aussi fragilisé par ses échecs à trouver un accord avec d’autres composantes importantes de l’opposition. Comme avec le Comité national pour le changement démocratique (CNCD), opposé à toute intervention militaire étrangère alors que le CNS appelle à une protection internationale. Ou avec les principales formations de Kurdes (10 % de la population) qui demandent « le droit à l’autodétermination », mais se heurtent à la crainte du CNS de voir « créer un État kurde », selon Abdul Hakim Bachar, président du Conseil kurde syrien.
(Source : AFP)

