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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Issues de secours

De tous les despotes balayés au cours des derniers mois, le Yéménite Ali Abdallah Saleh est finalement celui qui s’en sort au meilleur compte. Au pouvoir depuis 1978, cet ancien caporal rapidement devenu maréchal aura gouverné deux éditions de la République du Yémen, l’une circonscrite à la région nord et l’autre englobant le sud du pays. Corrompu, impitoyable avec ses ennemis (il lui est arrivé de faire exécuter d’un coup une trentaine de ses anciens camarades d’armes accusés de comploter), il n’a pas hésité à faire tirer sur les foules de manifestants en proie à la fièvre du printemps arabe. Il a lui-même échappé de justesse à la mort, lorsqu’une roquette tirée l’été dernier sur son palais lui a occasionné de graves blessures et brûlures.

 

Réaliste malgré tout, le dictateur a âprement négocié son départ, marchandant comme un vendeur de tapis son départ à terme et finissant par décrocher un fort appréciable parachute. Parti à bord d’un jet privé se faire soigner dans une clinique new-yorkaise, il garde intact un faramineux trésor de guerre et obtient, surtout, une garantie d’immunité pour lui et ses proches, solennellement votée par le Parlement : tous avantages dont n’a pu bénéficier le Tunisien Ben Ali planqué en Arabie saoudite et encore moins l’Égyptien Moubarak mis en jugement, pour ne pas parler d’un Mouammar Kadhafi proprement lynché. Tranquille sur ses arrières, l’ancien maître du Yémen aura même fait sensation en demandant humblement pardon à son peuple.


C’est un scénario assez semblable que vient de proposer au président de Syrie la Ligue arabe. Aux termes de ce projet, Assad déléguerait ses prérogatives au vice-président, en prélude à la formation d’un gouvernement d’union nationale et à la tenue d’élections libres. Rejetée avec hauteur par Damas qui y voit une intolérable atteinte à sa souveraineté, qui va même jusqu’à rejeter d’avance toute solution arabe de la crise, la formule n’a guère suscité non plus l’enthousiasme de l’opposition, seuls en effet les Frères musulmans l’ayant jugée digne d’examen. Apparemment mal parti sur place, le projet arabe est néanmoins susceptible de modifier la donne au plan diplomatique et de relancer la recherche d’un consensus international sur la Syrie, évidemment impensable sans l’adhésion de la Russie.


Nul ne peut douter de la relation syro-russe, affirmait hier Walid Moallem en visite à Moscou, capitale qui, de fait, a bloqué un vote onusien condamnant le régime Assad, qui s’oppose farouchement à toute expédition étrangère en Syrie, qui envoie ses navires de guerre mouiller à Tartous et qui continue de livrer des armes à Damas. Or un tel constat d’indéfectible fidélité eut été des plus superflus si certains motifs de doute ne venaient précisément d’apparaître. Le veto de l’an dernier était l’ultime cartouche, Moscou ne peut plus faire grand-chose sur le front diplomatique, Assad doit renoncer à la violence et procéder à des réformes : c’est cet extraordinaire avertissement que lançait lundi, en guise de bienvenue à Moallem, un des plus proches collaborateurs du président Medvedev.


Mais comment le régime de Damas verrait-il aussi loin que les steppes russes quand il n’arrive même plus à déchiffrer correctement ce qui arrive dans son environnement le plus immédiat, à commencer par sa propre scène domestique ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

De tous les despotes balayés au cours des derniers mois, le Yéménite Ali Abdallah Saleh est finalement celui qui s’en sort au meilleur compte. Au pouvoir depuis 1978, cet ancien caporal rapidement devenu maréchal aura gouverné deux éditions de la République du Yémen, l’une circonscrite à la région nord et l’autre englobant le sud du pays. Corrompu, impitoyable avec ses ennemis (il lui est arrivé de faire exécuter d’un coup une trentaine de ses anciens camarades d’armes accusés de comploter), il n’a pas hésité à faire tirer sur les foules de manifestants en proie à la fièvre du printemps arabe. Il a lui-même échappé de justesse à la mort, lorsqu’une roquette tirée l’été dernier sur son palais lui a occasionné de graves blessures et brûlures.
 
Réaliste malgré tout, le dictateur a âprement...
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