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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Qui verra vivra

Crise financière internationale, débandade annoncée des forces alliées en Afghanistan, risques accrus de conflagration militaire à propos du nucléaire iranien, faillite du processus de paix au Moyen-Orient, périlleuses incertitudes charriées par le printemps arabe, et on en passe : pour des milliards d’humains, l’année nouvelle a décidément mal débuté, et c’est un tableau bien sombre de l’état du monde que brossait hier Nicolas Sarkozy dans son traditionnel discours de vœux au corps diplomatique accrédité en France.

De cette guigne planétaire nous avons amplement eu notre lot, hélas, avec le meurtrier effondrement d’un vieil immeuble d’habitation à Achrafieh. Tout aussi atterrante que le bilan de ce désastre aura été la mise à nu de la médiocrité et de l’insouciance des responsables, tant étatiques que municipaux, dont les actuelles gesticulations médiatiques ne peuvent plus tromper personne, et surtout pas les familles sinistrées. Mais, assez paradoxalement, notre petit et fragile pays paraît relativement épargné (croisons vite les doigts !) par les dommages collatéraux d’une actualité géopolitique des plus turbulentes.

C’est de deux talons d’Achille qu’est affligé le Liban, perpétuellement en butte aux menées, ingérences et agressions caractérisées de ses voisins du Sud et de l’Est. Mais pour s’en tenir aux convulsions du printemps arabe, la démocratie libanaise, pour fragmentaire et approximative, pour noyautée de l’extérieur qu’elle soit, se porte bien mieux aujourd’hui que ce système fondé sur la force brute et la terreur dont s’est doté son tourmenteur syrien. Au pays des aveugles, il est tout de même réconfortant de constater qu’au final, les borgnes demeurent rois.

Composante essentielle de l’actuel gouvernement, le Hezbollah a tempêté contre la toute récente visite au Liban du secrétaire général de l’ONU. Ban Ki-moon n’en a eu cure, trois jours durant il a eu droit, comme de juste, aux honneurs de la république. Et c’est de Beyrouth, capitale alliée à Damas, à la traîne de Damas, qu’il a martelé avec une rare vigueur ses griefs contre le régime de Bachar el-Assad. C’est de Beyrouth encore que ce thème a été largement développé par le ministre des Affaires étrangères de Turquie sans que personne, une nouvelle fois, n’y pût rien.

Le Liban vit sans budget depuis des années, son économie a connu des jours meilleurs, le courant électrique y fait désespérément défaut et les empoignades politiciennes y entretiennent le malaise social : au nom de quelle logique en effet c’est le ministre du Travail en personne qui s’entête à entraver un accord sur la majoration des salaires conclu entre patronat et syndicats ? Plus que jamais, cependant, davantage encore qu’à l’époque où il vivait avec insolence son âge d’or, notre pays suscite, en ce début d’année, l’envie ancestrale de son puissant voisin syrien. En butte à une contestation chaque jour plus active et néanmoins considérée avec un féroce mépris, le pouvoir baassiste ne peut plus faire autrement désormais que d’accuser le(s) coup(s). La livre syrienne a perdu plus de la moitié de sa valeur sur le marché des changes et pour la première fois, le régime reconnaît l’effet désastreux sur son économie (deux milliards de dollars de pertes à ce jour) qu’ont eu ces mêmes sanctions internationales dont il feignait de se gausser il y a quelques mois.

Pour la toute première fois surtout, l’impitoyable machine de répression s’est trouvée contrainte ces derniers jours de composer, de négocier avec ceux qu’elle n’a cessé de qualifier de terroristes manipulés par l’étranger, de se plier à leur exigence d’un retrait de l’armée de la ville de Zabadani, quasi totalement contrôlée par l’opposition : résultat que n’ont jamais pu obtenir les observateurs arabes dépêchés en Syrie et dont nul n’attend plus rien, même si la Ligue devait en décupler le nombre.

Fidèle ami de Damas, le président de l’Assemblée n’a pas manqué de surprendre ses visiteurs hier en plaidant pour une prudente neutralité positive du Liban par rapport à ces événements. Surprise plutôt agréable en vérité, quand on pense à l’attitude carrément indigne du Liban officiel face aux incursions syriennes en territoire libanais et à la mortelle traque visant des réfugiés de l’opposition.

C’est quand ils soignent ce qui leur reste de vision qu’au pays des aveugles les borgnes sont véritablement rois.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Crise financière internationale, débandade annoncée des forces alliées en Afghanistan, risques accrus de conflagration militaire à propos du nucléaire iranien, faillite du processus de paix au Moyen-Orient, périlleuses incertitudes charriées par le printemps arabe, et on en passe : pour des milliards d’humains, l’année nouvelle a décidément mal débuté, et c’est un tableau bien sombre de l’état du monde que brossait hier Nicolas Sarkozy dans son traditionnel discours de vœux au corps diplomatique accrédité en France.De cette guigne planétaire nous avons amplement eu notre lot, hélas, avec le meurtrier effondrement d’un vieil immeuble d’habitation à Achrafieh. Tout aussi atterrante que le bilan de ce désastre aura été la mise à nu de la médiocrité et de l’insouciance des responsables, tant...
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