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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Un toit

Un cercueil à l’école ! Elle avait 15 ans. Et c’est au-delà de l’imaginable d’imaginer ce cercueil franchissant ce portail derrière lequel n’ont cours que les jours ordinaires, les petits soucis de l’enfance, les joies naïves et les rêves d’avenir. L’idée était pour le moins inédite, discutable certes, mais sait-on ce qu’on fait et ce que l’on décide quand la douleur est au-delà de la raison ? Dans ce cercueil, il n’y avait pas que le corps meurtri d’une adolescente qui n’a pas eu de chance. Dans ces larmes, il n’y avait pas que le deuil d’une famille, d’une classe ou d’un quartier. Il y avait aussi le choc d’une population qui prend conscience de la vétusté de ce qui l’entoure, de la précarité de sa vie dans un pays depuis trop longtemps mal dirigé ou pas du tout.
Un immeuble qui s’effondre, quoi de plus prévisible quand on connaît l’état de délabrement du vieux parc immobilier de Beyrouth. On a beau jeu d’accabler le propriétaire. S’il avait ordonné aux habitants d’évacuer l’immeuble, seraient-ils partis ? On a vu ce qui s’est passé dans la bâtisse mitoyenne, la colère des petits épiciers, la détresse de cet homme qui dort dans sa voiture depuis trois jours. Seraient-ils partis, et où ? Avant la guerre, chacun avait son petit carré de terre dans un village dit natal, inscrit sur sa carte d’identité. On venait à Beyrouth tenter sa chance, mais si la chance tournait, on savait qu’on pouvait encore compter, là-bas, sur un toit, un poulailler, un plan de persil et de tomates et la lune par dessus. Mais il y a eu tant de massacres, tant de sauvagerie, tant de rancune. Le point de non-retour a été atteint.
Paradoxalement, Beyrouth est devenu refuge. Pendant la guerre, ces immeubles dont beaucoup étaient récents, encore un paradoxe, n’ont jamais été entretenus, à quoi bon, puisque les obus pleuvaient et qu’il fallait déjà tous les quelques jours remplacer les vitres. On savait pourtant que l’impact des roquettes ébranlait les structures. Les canalisations vides ont rouillé. La plupart des ascenseurs se sont définitivement arrêtés. Mais la vie continue et les survivants, déjà fatalistes, ont cru pour de bon à leur bonne étoile.
Boukra, maalech, à la nonchalance orientale est venue s’ajouter la lassitude et cet état qu’on ne peut pas encore nommer tant qu’on a une voiture, un travail, des enfants dans une école privée. Tant qu’on a l’amour familial et la solidarité communautaire pour vous faire des murs de chair quand le ciment se lézarde. Mais il y a ce moment incroyable où votre propre maison, ce lieu inviolable, cette forteresse contre l’hostilité du monde s’effondre et vous écrase. On pouvait prévoir qu’il arriverait, mais comment le croire ?
Un cercueil à l’école ! Elle avait 15 ans. Et c’est au-delà de l’imaginable d’imaginer ce cercueil franchissant ce portail derrière lequel n’ont cours que les jours ordinaires, les petits soucis de l’enfance, les joies naïves et les rêves d’avenir. L’idée était pour le moins inédite, discutable certes, mais sait-on ce qu’on fait et ce que l’on décide quand la douleur est au-delà de la raison ? Dans ce cercueil, il n’y avait pas que le corps meurtri d’une adolescente qui n’a pas eu de chance. Dans ces larmes, il n’y avait pas que le deuil d’une famille, d’une classe ou d’un quartier. Il y avait aussi le choc d’une population qui prend conscience de la vétusté de ce qui l’entoure, de la précarité de sa vie dans un pays depuis trop longtemps mal dirigé ou pas du tout. Un immeuble qui...
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