Tout compte fait, il faut bien reconnaître qu’il était injuste de les mettre tous dans le même sac, ces observateurs arabes partis s’assurer que le régime syrien tenait son engagement à cesser de massacrer les manifestants dans les rues, à retirer ses chars des villes et à libérer les milliers de prisonniers politiques subissant d’horribles tortures dans leurs geôles.
Il est vrai qu’en tranquilles (et dociles) ronds-de-cuir soudain parachutés dans le cratère d’un volcan en éruption, nombre d’entre eux s’accommodaient fort bien des molles directives de leur chef : un patron de barbouzes soudanais au passé des plus chargés, et qui représentait dignement son président, lui-même recherché par Interpol pour crimes contre l’humanité commis au Darfour. D’autres observateurs cependant ont retiré leurs billes, prétextant qui une indigestion de barazeq, et qui une grippe, pour se calfeutrer dans leur chambre d’hôtel ou demander à rentrer chez eux.
C’est alors qu’est entré en scène l’Algérien Anouar Malek qui en rendant publiquement son tablier, soulignant qu’il se refusait à jouer plus longtemps les faux témoins, a donné le signal d’une série de défections moins tonitruantes peut-être mais tout aussi significatives : c’est du dedans désormais qu’est dénoncée cette colossale fumisterie qu’était l’envoi sur place d’un corps d’observateurs de fortune mandaté par une Ligue arabe à l’inefficacité tristement légendaire et minée par les divisions. C’est cette même et crasse médiocrité qu’incarnait hier le secrétaire général de ladite organisation quand il s’alarmait de voir la Syrie au bord de la guerre civile, mais sans pour autant se hasarder à se prononcer sur l’évidente mauvaise foi et la cruauté des autorités de Damas.
Mais celles-ci ont-elles encore besoin d’être observées et constatées ? Cela fait plus de dix mois que les témoignages les plus accablants sont offerts à la planète tout entière, à travers ces films d’amateur réalisés au risque de leur vie par les citoyens syriens, qui inondent le web et que relaient sans cesse les stations de télévision satellitaires. En l’absence de journalistes, interdits d’entrée par un régime croyant pouvoir dissimuler l’horreur derrière un rideau de feu et d’acier, ce sont les manifestants qui ont fait office de reporters. Et quand enfin des reporters étrangers sont admis, c’est leur propre sacrifice qui vient cette fois témoigner du permanent et criminel scandale. Emmené dans un quartier de Homs connu des seules autorités et où l’avait inexplicablement précédé la télévision d’État, lâchement abandonné au dernier moment par son escorte militaire, le reporter Gilles Jacquier a été tué dans des circonstances à tel point suspectes que le parquet de Paris a aussitôt ouvert une enquête ; que ses collègues de France Télévisions s’insurgent contre ces éléments troublants ; que l’on parle même déjà de manipulations, visant à faire accuser l’opposition de ce meurtre comme à décourager les candidats au reportage...
En la personne du secrétaire général des Nations unies, c’est un observateur bien averti des convulsions de cette région qui a entamé hier une visite au Liban. Il est significatif qu’outre des questions aussi vitales pour notre pays que la Finul et le tribunal spécial, Ban Ki-moon ait évoqué aussi la crise syrienne ainsi que ses retombées locales. Monsieur ONU est un homme de bon sens, quand il ressasse la nécessité d’une délimitation de la frontière avec la Syrie : laquelle en effet a l’impudence de reprocher à Beyrouth son peu d’efficacité face aux trafiquants et contrebandiers et se permet des incursions militaires en territoire libanais, dans le même temps qu’elle se refuse obstinément à tout tracé frontalier. Ban Ki-moon est aussi, faut-il croire, un homme de tact, quand il trouve nécessaire de rappeler à l’État libanais son devoir d’assistance aux réfugiés syriens fuyant la barbarie : et qu’il le fait en termes aussi diplomatiquement mesurés.
Issa GORAIEB
Le témoignage du sang
OLJ / Par Issa GORAIEB, le 14 janvier 2012 à 01h03


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef