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À La Une - Liban

EDL : faut pas rêver

Aux prises avec le mécontentement populaire, l’EDL rappelle ses défaillances que seul l’exécutif peut surmonter. En se résignant face à la mainmise politicienne, l’office oublie l’existence des contribuables qui ne se font plus d’illusions devant les vélléités affichées de réforme.

L’Électricité du Liban souffre de problèmes techniques complexes, sur lesquels viennent se greffer de sournoises considérations politiciennes. Autant le rappeler. Pris entre la mainmise des pôles du pouvoir et le mécontentement citoyen grandissant, cet établissement public tente de trouver un équilibre qui puisse prendre en considération les intérêts de l’exécutif et répondre aux droits élémentaires des contribuables. Or, pour contrer « le risque d’une catastrophe » au niveau de ce secteur, l’EDL se confine dans un travail technique réfléchi et assidu, sans se mêler ouvertement des clivages politiques. Si cette stratégie non provocatrice (c’est le moins que l’on puisse dire) à l’égard de la caste politique sied à des pratiques clientélistes qui irriguent l’exercice public libanais, elle demeure inapte à servir le citoyen.

 

Toutefois, les arguments habituels invoqués par l’EDL pour justifier l’étisie de son rendement s’efforcent de valoriser les points positifs de cette approche technocrate. D’abord, celle-ci est un défi, dans un domaine qui souffre de la vétusté de ses centrales de production et de ses réseaux de transport, de pertes techniques corollaires, d’un déficit lié à un écart grandissant entre la demande et les quantités produites, doublé d’une tarification désuète du pétrole (principal combustible utilisé). Font face à ces considérations, quelque 1 721 employés, dont la moyenne d’âge est au moins de 56 ans, formant les seuls effectifs humains d’un établissement qui compte pourtant 5 000 postes.

 

La situation s’empire

À l’heure actuelle, la situation semble se compliquer encore plus. En effet, le semestre qui précède la période estivale, lorsque la demande en électricité augmente, est habituellement réservé aux maintenances cycliques, de manière à optimiser la production en été. Or cette année, l’arrêt de l’alimentation à partir de l’Égypte et de la Syrie à cause des bouleversements régionaux, a ôté à l’EDL les « renforts » qui lui permettaient habituellement d’effectuer ses travaux en hiver sans que le rationnement en soit affecté. C’est pourquoi celui-ci est particulièrement irrégulier depuis plusieurs semaines, stimulant une grogne populaire croissante.

 

Des « efforts » non communiqués

Mais la légitimité de cette grogne semble occultée par l’EDL, qui préfère critiquer les reproches dont l’accablent les Libanais, « comme s’ils n’avaient d’autre cible que cet établissement », estime une source proche du dossier. L’EDL serait le maillon le plus visible d’une chaîne pernicieuse, entretenue par une entité mystérieuse qu’on appelle « volonté politique », qui dilapide le quotidien des citoyens. Aussi louables que puissent être « les efforts des employés de l’EDL, pour laquelle certains se dévouent du matin jusqu’au soir », comme le laisse entendre cette même source, des progrès doivent être réalisés au niveau de la communication externe. Puisque l’EDL ne peut rien pour redresser un secteur qui s’enlise depuis trente ans dans un déclin qui n’en finit pas de s’aggraver, autant faire part de ses griefs au citoyen.

 

Nécessité d’un programme de rationnement

Il en est ainsi, par exemple, de la question du rationnement irrégulier, aux conséquences désastreuses pour le confort élémentaire du citoyen et l’entretien des appareils électroménagers. Pourquoi l’EDL ne publie-t-elle pas un programme qui précise, du moins approximativement, les heures de rationnement, dans un communiqué qui soit diffusé au grand public ? Certes, l’EDL publie de pareils programmes sur son site Internet. Mais combien de personnes sont-elles au courant de ces publications électroniques ? Par ailleurs, l’EDL renvoie les coupures imprévues de courant, ou encore les alimentations qui ne durent parfois que quelques minutes, à des problèmes propres au quartier concerné, liés soit au vol de courant – face auquel l’office invoque son impuissance –, soit à une détérioration du transformateur local. « Les gens savent tout ça, à quoi bon le rappeler ? Et à quoi bon donner des programmes qui risquent de ne pas être respectés ? » estime la source.

 

« Impossibilité » de la réforme

Le citoyen serait-il donc invité, avec l’EDL, à se résigner face au déclin de ce secteur ? Pour la source précitée, il est impossible pour cet office d’entreprendre une quelconque réforme sans l’aval du ministre, et plus largement du pouvoir exécutif. Ainsi, augmenter d’une heure le rationnement de la capitale (qui n’est que de trois heures) nécessiterait une décision en Conseil des ministres.

Pareille réponse n’assouvit pas les attentes du public. Si l’EDL est, comme elle l’affirme, une institution soucieuse des doléances citoyennes, qu’elle assume alors ce statut et prenne des initiatives plus audacieuses qui serviraient de modèle de lutte contre la paralysie provoquée par des intérêts privés. En réponse à cet appel, utopique peut-être pour ceux qui se résignent au statu quo dans lequel est plongé le pays, la même source se contente de rappeler que le directeur général de l’EDL Kamal Hayek a initié la politique de « la transparence sans fausses promesses, et donc sans paroles gratuites ». Une transparence qui se rapproche plutôt d’un confort moral...

L’Électricité du Liban souffre de problèmes techniques complexes, sur lesquels viennent se greffer de sournoises considérations politiciennes. Autant le rappeler. Pris entre la mainmise des pôles du pouvoir et le mécontentement citoyen grandissant, cet établissement public tente de trouver un équilibre qui puisse prendre en considération les intérêts de l’exécutif et répondre aux droits élémentaires des contribuables. Or, pour contrer « le risque d’une catastrophe » au niveau de ce secteur, l’EDL se confine dans un travail technique réfléchi et assidu, sans se mêler ouvertement des clivages politiques. Si cette stratégie non provocatrice (c’est le moins que l’on puisse dire) à l’égard de la caste politique sied à des pratiques clientélistes qui irriguent l’exercice public libanais, elle demeure...
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